Ras la ronde !

Je mange ce que je veux, je ne grossis jamais, ou très peu. Je suis une erreur de la nature, limite à finir chez « Freaks ». Dès qu’on aborde le sujet épineux de mon poids, je deviens agressive. Pourquoi? Parce que les rondes, sans s’en apercevoir, briment les minces. Elles se posent sans arrêt en victimes, nous regardent de travers, nous lancent des phrases assassines  » elle doit être anorexique », nous soupçonnent d’être malades, de ne pas être normales.

 

Qui des deux catégories est, a présent, la victime de l’autre ?

 

Autant les rondes ont acquis le droit de gémir toute la journée, autant les minces (et plus particulièrement les très minces, maigres, bouh! vilain! Pas bien! Très méchant) autant les minces, donc, ont juste le droit de fermer leurs gueules. Nous sommes censées être le nec plus ultra de la beauté, pourtant on nous rabâche que les hommes préfèrent les rondes. Ils exhiberaient une mince pour la reconnaissance sociale mais n’aimeraient que les rondes. Vous n’avez pas l’impression qu’il existe comme un paradoxe? Trouvez vous vraiment vraiment hyper cool que nous soyons réduites au même statut qu’une montre ou une bagnole?

 

Quand j’arrive dans une bande de filles, je suis devenue, à force, très craintive. Parce que je sais, par expérience, que certaines ne me supporteront jamais. Par préjugé. Parce que mince= pétasse. La profondeur à la rondeur, la superficialité à la minceur. Si vous avez le malheur de conjuguer deux tares, à savoir, minceur & blondeur, c’est le pugilat assuré!

 

Ça commence à l’école. Oui! Les enfants se moquent des grosses! Mais aussi des maigres. Parce que, si à présent, je suis « le prototype du corps à la mode », je vous garantis que c’était pas le cas à l’école. Envie de me cacher. « Mais qu’est ce que t’es moche! ». Envie de disparaître. « Ma mère, elle a dit que tu sortais d’un camps de pénétration ». Concentration! Crétin! Grosses & maigres, même combat! Quand les mannequins expliquent que c’était l’enfer à l’école, je confirme!

 

Dans ma famille, j’étais la moche. Ohhhh, rien n’a été dit. La beauté, c’était ma soeur. Un jour, pourtant, un ami de la famille a dit  » Vous verrez, en grandissant , ce sera la plus belle ». Et je me suis prise à espérer. La bonne blague! A l’adolescence, c’est le choc! Après qu’on se soit foutu de ma gueule pendant une bonne dizaine d’année, les mecs me regardent tout court et les files me regardent de travers. Je ne comprends rien. Suis je moche? Suis je bonne? (parce que , ne vous leurrez pas, c’est ce qu’on entend la plupart du temps). Je deviens, du jour au lendemain, un objet de désir après avoir été un objet de rejet. Ça pourrait être agréable sauf que personne ne me laisse en profiter.

 

Et maintenant? Mes amis m’aiment mais ne me loupent pas. Personne n’ose dire « oh! mon dieu que t’as grossi! » . Ben, moi, je me prends très régulièrement dans la figure « oh! mon dieu! que t’as maigri! ». Ben, non! Je suis juste comme tout le monde. J’ai des variations de poids (2,3 kg) sauf que, chez moi, c’est spectaculaire. Il m’arrive d’être triste et de moins manger. C’est tout. Pourtant, je dois me justifier en permanence. il m’arrive de m’empiffrer exprès devant des gens pour qu’ils cessent de me soupçonner d’anorexie. Avec le temps, je suis devenue agressive sur le sujet. Je sature face aux regards assassins ou les remarques désobligeantes. Ou je me justifie en faisant de l’humour: « je fais beaucoup caca, c’est pour ça »

 

Dans un monde « we are the world, we are the children » , je vous expliquerais qu’il y a de la place pour tous, gros, minces, blonds, bruns, de la place pour la différence, le respect et la tolérance. La beauté n’est ni a l’extérieur ni a l’intérieur mais dans l’attitude, la confiance en soi.

 

En attendant ce monde idéal, je remets les choses en place. Pendant des siècles, vous, les rondes, vous avez été à la mode. Le nec plus ultra de la beauté. Être mince était non seulement laid mais considéré comme un signe d’appartenance à une classe sociale inférieure. Les critères de beauté étaient gros cul, gros seins, de la chair et des rondeurs. Les années 20. C’est notre tour! Victoire! Ça fait juste 90 ans que la minceur est à la mode. Alors merde! les rondes, vous m’excuserez, j’ai envie d’en profiter. Et en plus, j’ai le culot de souhaiter que ça dure!

Le jour où nous serons à égalité en matière de temps, vous aurez le droit de vous plaindre. En attendant, si certaines pouvaient cesser de vomir leur mal être sur les minces, ça nous ferait des vacances, merci!!

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