Film culte : Easy Rider

Auteur non identifié

« Mais, c’est ça le western moderne, deux potes chevauchant leur bécane à travers le pays ».

 

Et quel western ! En définitive, « Easy rider » signera l’arrêt de mort d’un certain Hollywood, celui des producteurs tout puissants au profit de celui des réalisateurs. La nouvelle vague américaine.

 

1968

Ce projet est mal barré. Des rencontres improbables, quelques mensonges et l’entêtement de certains sauvent le film. Si Peter Fonda possède une certaine crédibilité, c’est loin d’être le cas de Dennis Hopper. C’est pas compliqué, de l’âge de 12 ans ( il commence par la bière) jusqu’aux années 80, il se défonce. La découverte des acides en 1966 finit de l’achever. Il est complètement cinglé. Tout son entourage intègre l’idée qu’il peut parfaitement buter quelqu’un lors d’une crise de paranoïa ou de folie. Autant vous dire que personne n’ose le contredire. Enfin, si ! Une personne ! John Wayne, allez savoir pourquoi, tient Dennis Hopper pour personnellement responsable de toutes les manifestations pacifistes, hippy, communistes aux États Unis. Il n’hésite pas à affréter son hélicoptère personnel pour pourchasser Hopper avec son colt 45 sur les tournages…

 

Ambiance, ambiance… Ambiance Western…

 

Lorsque Peter Fonda a l’idée originale d' »Easy rider « , la seule personne capable de la comprendre, c’est bien Dennis Hopper. Celui ci rêve de devenir réalisateur. C’est parfait. Dans leur délire, il est rapidement question de transport de cocaïne pour leurs héros. Ce qui n’est pas du goût du producteur initial.

 

« Mais vous êtes malaaaadeeuh ! Le public n’acceptera jamais ça ».

 

« Nous, on emmerde ce qui se fait et ce qui ne se fait pas ! Les règles font chier ! »

 

Le problème, c’est que même les règles techniques d’un tournage les font chier. Et Bert Schneider s’en aperçoit rapidement.

 

Bert Schneider de BBS accepte de financer le film. Ce type est un dandy hippy d’Hollywood, vivant  » à fond  » la période. Il connaît le succès en produisant « The Monkees  » à la télé. Premier constat: toute l’équipe du film , du haut jusqu’en bas est défoncée. C’est déjà un exploit que ce film voit le jour !

 

Une première session de tournage a lieu pendant la période de Mardi Gras. Évidemment, c’est le très grand n’importe quoi ! N’importe qui s’improvise chef opérateur. Un détail important : il n’y a pas de scénario. Du coup, personne ne sait à quel stade en est l’histoire lors du tournage. Un bordel innommable ! Les conséquences sont prévisibles : démission en cascade des membres de l’équipe et détérioration des rapports Hopper/Fonda.

 

Comme Peter Fonda a donné sa chance à Dennis Hopper en tant que réalisateur, celui ci fait sauter les limites de sa mégalomanie: c’est « son film » ! Constatant l’absence de scénario, Bert Schneider fait intervenir Jack Nicholson, à l’époque scénariste. Il est également chargé d’empêcher, et ce n’est pas une image, Hopper & Fonda, de s’entre-tuer !

 

Ambiance…. Western !

 

Le tournage a lieu. Orson Welles se serait suicidé sur un plan pareil ! Hopper & Fonda décrètent que telle personne rencontrée dans la rue est cameraman, improvisent les dialogues, tournent le début d’une scène de jour et la finissent de nuit. Si c’est flou, c’est « une allégorie de cinéma vérité ». Jack Nicholson bat son propre record de pétards fumés dans une seule journée. et Dennis Hopper a en permanence des flingues sur sa table de travail.

 

Dieu seul sait comment ils bouclent ce tournage et la phase de montage commence. Comme Dennis Hopper estime qu’il est le plus grand réalisateur de tous les temps, il se trouve qu’il est également le plus grand chef monteur de tous les temps. Le problème, c’est que sa maitrise technique date des années 50.. et nous sommes fin 60..Il compense cela grâce à une grande inspiration liée aux acides.. D’après lui, le générique sera mieux si il se déroule à l’envers. Pendant des mois, Hopper s’enferme. Il organise des projections, le film durant des heures. Mais comme tous ceux qui y assistent sont défoncés, tout le monde trouve ça génialllll ! C’est un carnage ! Il pond une version finale de 4h30. Personne n’ose rien dire. Dennis Hopper est un psychopathe et susceptible de tirer sur le premier opposant..

 

Ambiance western ?

 

Bert Schneider contourne le problème en expédiant Dennis à Taos. En cachette (!!), une équipe de montage remonte le film. Finalement Hopper ne tue personne, et impose que le crédit du scénario et de l’idée originale lui soient attribués en toute simplicité.

 

Grâce à son prix de la « meilleure première oeuvre » à Cannes, « Easy Rider » sort à New York le 14 juillet 1969. La direction du cinéma retire les portes des toilettes pour empêcher tout le monde d’aller fumer de l’herbe ! C’est un carton ! Toute la génération de la contre culture se reconnaît dans le film. « Easy rider » coûte 501 000 dollars et rapporte 19,1 millions de dollars. Une belle opération ! Cela devient un film culte, un film symbole.

 

Ceci dit, à la décharge de Dennis Hopper, le tournage fut une grande souffrance pour lui. Et pour cause ! Il détestait les motos !!! Comme si John Wayne avait détesté monter à cheval !

 

Vous avez dit western ? !!

 

Source Le Nouvel Hollywood (Broché)

de Peter Biskind (Auteur), Alexandra Peyre (Traduction)

 

 

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