Retour à « Givernie »

 

Fonds Trutat - Photographie ancienne

Les oiseaux chantent et je n’entends qu’eux. Je n’aurais jamais osé espérer revenir en ces terres un jour. Sur la route, les Pyrénées se déployaient. Et Givernie apparut. Intacte. Un miracle.

Les jours passent. J’écris ce soir face au verger.Nous nous sommes accrochés ce matin. Il a été stupide, j’ai été encore plus con. Ceci dit, à ma décharge, il avait fallu, la veille, supporter son humeur maussade déclenchée par son anniversaire. J’avais fait preuve, me semble t il, de tact et de compréhension. Le problème, dans cette affaire, c’est que nous n’avons pas le temps pour ses accrochages de type quotidien. C’est ce que je lui ai expliqué. Nous avions fait l’amour fâchés, juste avant. Une grande première. C’est moi qui l’ai souhaité. Je ne voulais pas d’une discussion stérile. Les discussions stériles, c’est bon pour les couples qui vivent ensemble. Pas nous. Nous voulons de l’exceptionnel, pis nous exigeons de l’exceptionnel, de l’inhumain, de l’admirable. Alors pour couper court à cette dispute tellement banale, j’ai voulu faire l’amour. Et ensuite signifier que je ne voyais pas l’intérêt de lui expliquer à quel point il peut être crétin parfois, et à quel point, je peux faire preuve de mauvais caractère. Je le sais et il le sait. A quoi bon ? Nous partagerions le même lit soir après soir, ça m’amuserait peut être de lui déployer une rhétorique brillante afin de le convaincre du bien fondé de ma colère. Ça le soulagerait peut être de me faire la gueule pensant que je suis la reine des chieuses et que j’exagère au point que ça en devient lassant. Mais le temps continue de passer et il nous est compté.

 

Et j’ai bien fait au final. Ça ne nous a pas empêché de nous séparer pour passer l’après midi comme nous le souhaitions, lui à la peche, moi à la piscine. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de l’accompagner. C’est juste que me rendre à la piscine du voisin constitue à mes yeux un luxe inouï. Je m’explique. Je ne suis pas éblouie ni par la jolie maison, ni par la ravissante piscine en pierre. Je suis séduite par ma solitude inoccupée. C’est un moment de grâce car j’y suis seule et que je n’y ai strictement rien à faire. Je ne sais etre oisive. Et même à Givernie, qui n’est pourtant pas ma maison, je me trouve des occupations : ranger machinalement, laver, jeter un coup d’oeil à mes mails. Chez le voisin, la maison est fermée et il n’y a que moi, mes livres et la piscine. Je m’y installe. Je m’empare du filet pour nettoyer à la surface la piscine et je m’y emploie consciencieusement. Je nage. Je m’étends sur une serviette et je ne fais rien. Absence totale d’activités. Je lis un peu. Je marche sur les pierres autour de la piscine lentement. Je me concentre pour bien poser mes pieds sur chaque pierre, veillant à ne pas mordre la ligne. C’est idiot. Mais j’adore. Ça me rappelle mon enfance où je passais des heures à déambuler en suivant des règles connues de moi seule. Je me chauffe au soleil et c’est bon car l’eau n’est pas loin.

 

Je lis. Beaucoup. « Les égarés » de Frederick Tristan que je recommande chaudement. C’est brillant, c’est intelligent et c’est toujours d’actualité. C’est fascinant.

 

« C’est la mise en évidence que Dieu est minuscule, si minuscule qu’il passe à travers les mailles de tous les filets, si minuscule que nus sommes dans l’incapacité de le discerner, lui qui est tapi dans la plus infime parcelle de nous mêmes. La grandeur infinie de Dieu est dans son infinie petitesse, parce qu’il loge infiniment dans le détail et dans l’ensemble, lui qui est toujours à l’intérieur du plus intérieur, étant le centre de tout. Aussi, nommer Dieu est une manière de vouloir le saisir, et alors que son nom est imprononçable pour nos levres, inaudible pour nos oreilles, imperceptible comme il l’est dans les abîmes les plus abyssaux du silence, si bien que tenter d’approcher de sa présence est s’engager sur le chemin de l’absence. »


« Or dans le salon de Stockholm ou ces faux étaient exposés, ce fut l’image de notre civilisation qui me sauta au regard. Jamais les hommes ne surent si bien copier la nature mais ils en méconnaissent le langage. Notre science sera peut être capable de créer la vie et de ressusciter les morts mais elle ignorera toujours le sens de la vie et de la mort. Autrement dit « A quoi ca sert ? ». Là réside l’erreur de la démarche occidentale, son suprême aveuglement. Plus nous avançons, plus nous diminuons notre marge de conscience ».


« Qu’importe le boitement du monde pourvu qu’à travers les pires ténèbres, il ne cesse de marcher vers la lumière. Puis je l’écrire ? Nous (les humains) sommes prédestinés au bonheur. Tandis que tout prouve le contraire, j’ose penser que nous sommes prédestinés pour le bonheur. Alors que des millions d’hommes meurent et vont mourir dans la honte et le mépris, voici la seule chance de survie qui nous reste : tendre une main de refus et d’affirmation face aux fusils qui nous visent et répéter jusqu’au dernier souffle, fut ce sous la torture, que l’Homme est prédestiné au bonheur ».

 

1 commentaire sur “Retour à « Givernie »

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