Ava

Et le mythe de « la fille formidable » fut. Il naît avec elle et mourra avec nous.Ava. Un prénom de légende pour une personne qui l’est tout autant dans mon monde. La légende d’une fille formidable devenue une femme formidable. Je ne me rappelle pas d’où ça sort. Je crois que c’est moi. Qui lui ai dit : « On est des filles formidables quand même » ou quelque chose dans ce genre.

 

C’était un personnage déjà avant de la connaître. Belle, spectaculaire, vivante, terriblement vivante. Une carte postale d’elle circulait. Une ravissante mannequin roulant en Harley davidson à travers Paris avec sa chienne toute blanche, la bulle, qui grimpait sur la moto et la suivait partout. Je l’ai vu débarquer un soir. C’était la fille la plus rock’n roll que j’ai jamais vue. Je l’admirais mais je n’ai jamais vraiment souhaité lui ressembler. Impossible, elle est unique. Nous sommes devenues copines rapidement.

 

Je l’ai connue mannequin. Mais c’était insuffisant pour elle. Si certains pensaient qu’elle se résumait à ça, c’était une lourde erreur. Elle était et elle est beaucoup plus profonde que cette mascarade. J’ai continué à partager avec elle alors qu’elle amorçait un virage dans sa vie. Elle voulait devenir photographe et prenait de très jolies photos. J’aimerais récupérer d’ailleurs des portraits qu’elle a faits de moi. Il y en avait un que j’aimais beaucoup. Elle était maquée à un pote, Nils, sur lequel j’écrirais aussi probablement un jour.

 

Et puis du jour au lendemain, elle est partie. Elle a coupé court. Plus de nouvelles ou très peu. Des rumeurs. Des racontars. « On » pensait qu’elle avait fait une terrible erreur. « On » ne supportait pas qu’elle ne fasse pas ce qu’ « on » attendait d’elle. Notre entourage peut être parfois tellement toxique. Je m’inquiète. Mais non, elle va bien. Même très bien.

 

Je pars vivre quelques mois à New York. Elle vit à Miami. Je vais la voir. Et j’adore ! J’adore toujours autant ce qu’elle est, j’adore sa maison, un déluge de couleurs, j’adore les trois chiens, les trois chats et le joyeux bordel qui règne. J’adore ! Je retourne la voir à Miami même après mon retour en France. Je me sens bien auprès d’elle et chez elle. Ava ne juge pas. Elle s’agace mais en fin de compte, ne juge pas vraiment. Ava est fiable. Ava est un être de confiance. Et Ava est follement gaie.

 

Je n’ai que des souvenirs lumineux avec elle. Mon regard ravi de constater qu’elle a gardé mes tous mes cd d’acid jazz plus de dix ans après. Des fous rires pendant ma période « je couche avec des mecs que je mets systématiquement à la porte le lendemain ». De la musique à fond dans sa caisse américaine mystique ! « Morra bella » de comptoir sud-pacifique, cette odeur divine dans laquelle je pourrais me noyer. (Si vous voulez me faire plaisir, vous savez ce qu’il vous reste à faire ;). Son expression à hurler de rire quand elle découvre que sa soi-disant meilleure amie lui a offert pour son anniversaire un service à café motif “vache”, elle si chic, et qu’elle se tourne vers moi, ahurie en me demandant ce qu’elle a bien pu faire pour mériter un cadeau pareil. C’est mon premier tatouage, ivres toutes les deux, le mec qui essaye tant bien que mal de bosser et nous de nous marrer comme deux débiles. Ce tatouage bleu sur l’omoplate qui me fait penser à elle régulièrement et que je refuse catégoriquement de restaurer, car c’est un témoin du temps qui passe. Il vieillit, il se patine, comme moi et avec moi.

 

Nous n’avons eu, je crois, qu’un seul clash. Loco. « Fou » en espagnol. C’était son chat. Elle déménageait à New York et ne pouvait pas emmener toute la smala. Je me suis pris de passion pour ce chat. Et je n’ai pas su lui rendre quand elle est rentrée en France des mois après. Loco était un chat très particulier. Un chat extraordinaire. Ça me déchirait le cœur de lui restituer. Et ça a dû déchirer le cœur d’Ava de ne pas pouvoir le récupérer. Je le reconnais. Mais c’était tout bonnement impossible pour moi. Loco est parti un jour, il n’est jamais revenu. Ou il est mort, je n’ai jamais su. J’ai eu mal très longtemps. Et il me manque encore aujourd’hui.

 

Ava m’a pardonné. Ava ne connaît pas l’amertume, la rancœur, la mesquinerie. Toutes ces notions lui sont étrangères. C’était une fille formidable devenue une femme formidable. Elle s’est mariée, a eu deux merveilleuses petites filles. Elle vit en France, pas très loin de moi. Je lui ai rendu visite avec mes enfants. Et j’adore ! J’adore toujours autant ce qu’elle est, j’adore sa maison gentleman farmer, j’adore ses filles, son mari drôle et chaleureux, les chiens, les chats, les chevaux et le joyeux bordel qui règne. Et surtout elle a trouvé son chemin. Elle est psychanalyste. Je donnerais cher pour voir la tête de certains patients quand elle ouvre la porte. Les a-prioris ont la dent dure. Mais, pour moi, c’est une évidence. C’est son métier. Ava a eu une enfance très particulière, une adolescence très particulière. Il lui a fallu beaucoup de recul, de travail sur elle-même pour digérer tout ce paquet de merde. Et elle l’a fait. Elle était certainement prisonnière de son physique, joli cadeau empoisonné, qui peut te pourrir la vie si tu ne le déposes pas à côté de toi. C’est ce qu’elle a fait. Elle l’a pris pour ce que c’était : un plus, un luxe mais ce n’est pas quelque chose qui la définissait. À 20 ans, elle aurait pu vivre une vie luxueuse, avec un joli mariage, de l’argent, jouer les maîtresses de maison joliment habillées. Elle s’est révoltée parce qu’elle estimait qu’elle méritait mieux que ça. Et elle avait entièrement raison. Elle est beaucoup plus intelligente que belle. Et c’est rien de le dire !

 

Je l’aime et je l’aimerais toujours. J’ai besoin de savoir qu’elle va bien. Nous nous croisons de temps en temps. Mais ce n’est pas parce que nous nous voyons peu que nous nous balançons les versions officielles de nos vies. Je lui dis vraiment où j’en suis et elle pareil. Ava est un honnête homme. C’est suffisamment rare pour être souligné. J’ai la faiblesse de croire que moi aussi. C’est une belle amitié, de celles qui te tirent vers le haut, de celles qui te rendent la vie plus belle. Une relation équilibrée.

 

Peu de gens se permettent de me faire part de leur opinion contradictoire sur ma vie ou sur mes enfants. Parce que, quelque part, je fais un peu peur. Ava ne s’est jamais gênée. En douceur mais franchement. À propos de mon fils que j’avais du mal à laisser grandir. Et je lui serais éternellement reconnaissante de m’avoir ouvert les yeux.

 

Elle fait du bien. Et elle me fait mourir de rire. J’ai un exemple en tête. Nous roulons dans sa voiture à Miami, j’allume une clope. Ava ne fume pas. C’est quelqu’un de très sain. Pourtant elle me réclame une cigarette. « Ben pourquoi ? tu fumes pas ! ». « Oui, je sais, mais je vous envie, je trouve que le geste est super classe ». Elle se l’allume et s’étouffe avec et moi, je m’étouffe de rire. Voilà, ça c’est elle. En plus de tout ce qu’elle est, elle est classe.

 

Elle est parfaite et elle existe vraiment. Ce n’est pas de la fiction. Elle serait parfaite si elle ne portait pas, en elle, toute l’humanité du monde. Ce qui fait qu’elle n’est jamais intimidante. En tout cas, pas pour moi. Elle restera toujours cette ravissante jeune femme, souriante et énergique, qui enfourchait son harley, sifflait la bulle, qui la rejoignait et posait ses deux pattes sur le guidon. Cette jeune femme qui démarrait sa moto, nous saluait gracieusement de la main pour dire au revoir et filer vers d’autres aventures. Car elle n’avait pas besoin de nous.

 

Et je lui dédis cette chanson, rock’n roll comme elle

 

À elle, son parcours, sa vie et ce qu’elle est.

 

« Sometimes they can’t forget

Forget just what you’ve got

But don’t ever be no, no

Somebody that you’re not

When there’s a choice you’ve got to make

Do what you feel, don’t hesitate

You know I will never, never forget what a friend said

Her words keep ringing in my head

She said :

Don’t stop doing what you believe in

Don’t let them put you on a shelf

You’ve got to move by yourself, »

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