Théo

 

White Belly ( Sioux )

Un charmant lutin, espiègle, gai comme un pinson, sombre comme ses démons. Théo. Théo a 7 ans de moins que moi. C’était il y a bientôt trois ans. J’ai 34 ans, il en a 27. C’est éphémère, il le sait et je le sais. Nous nous plaisons, ce n’est pas le problème. Il n’y a pas la petite étincelle qui met le feu aux sentiments. Nous vivons une aventure de quelques semaines et nous nous séparons en bons termes bien que je n’ai pas été très claire.Théo me reprochera plus tard le fait de l’avoir quitté pour quelqu’un d’autre. J’ai juste cessé d’appeler, je crois.

 

Il est resté dans ma vie à défaut d’être resté dans mon lit. Il la traverse de temps en temps. C’est une météorite. J’aime savoir qu’il va bien. Il aime savoir que je vais bien. Ce n’est pas un ami, ce n’est pas tout à fait un petit frère. Ce n’est plus un amant. Ce ne sera jamais mon homme. C’est un satellite dans mon univers. Comme plein d’autres que j’aime comme ça. À distance.

 

Mas que nada. C’est Théo. Nous dansons ensemble. C’est gai. C’est pétillant comme les coupes de champagne que nous enfilons au cours de soirées. Celle de Meetic par exemple. Théo est beau. Très beau. Pour ceux qui avaient suivi, j’ai fait enrager “mon tango à contretemps” avec Théo à mon bras. Je quittais la fête et j’ai croisé le regard de “mon tango” et je l’ai allègrement snobé, quoique’il se soit levé pour me dire bonsoir. Je ne sais même pas pourquoi j’ai agi de la sorte. Parce que je suis la reine des emmerdeuses probablement. Il a vu Théo, extrêmement décoratif. Et n’a pas osé me choper en me demandant “Pour qui tu te prends ?!”, ce qui n’aurait été que justice. Soirée au palais de Tokyo. J’ai passé mon temps à faire chier la sécu en allumant clope sur clope. Ils ont failli me mettre dehors ! Et nous dansons ensemble avec Théo. L’idée m’effleure par moments de recoucher avec lui. Seulement effleurer. C’est un bel endroit. Paris à nos pieds. Je m’étourdis. Avec Théo, je n’ai que des souvenirs légers. Légers comme un souffle d’air printanier.

 

Mais Théo se perd. Il couche au final avec n’importe qui. Il perd son temps dans de longues nuits alcoolisées avec de jolies inconnues. Il n’y a aucun sentiment. Je lui ai parlé hier soir au téléphone. Il a rencontré son double au féminin. Il me dit qu’il se laisse approcher affectivement. Pas par elle, justement. Mais en la regardant faire et étudiant son comportement en effet miroir, il s’aperçoit de ses carences. Je dois déjeuner avec lui lundi. Je lui secoue les bretelles de temps en temps. Je lui demande des nouvelles de sa mère, que j’ai rencontré. Ça le fait rire. Je lui demande s’il est enfin divorcé. Car Théo a fait un mariage d’amour avec une belle Argentine, una señorita timbrée, qui lui a brisé le coeur il y a longtemps. Cela fait des années que c’est terminé mais un divorce entre deux personnes ne vivant plus dans le même pays est un sacré casse-tête. Théo était le dernier romantique de cette planète et une jeune femme probablement cinglée a anéanti cela. C’est dommage.

 

Il était en Argentine, il travaillait, je crois. Il a rencontré cette señorita, le coup de foudre. Il s’est marié dans la foulée, fou amoureux de la femme de sa vie de ses vingt-cinq ans. Tant qu’à faire, il s’est mis dans un genre de totale, est parti au fin fond de l’Argentine, vivre chez son beau-frère, filant un coup de main au cabinet comptable familial. Il était prêt à tout encaisser par amour pour sa belle. Et cela a bien évidemment tourné au carnage. Il est rentré en France, le cœur en miettes. Il se cherche depuis et se perd souvent.

 

Je sais que je compte pour Théo. Je ne l’ai jamais jugé. J’ai supporté ses attitudes incohérentes, certes, pendant un laps de temps très court. Il basculait sans cesse entre des démonstrations d’affection merveilleuses et des fuites ambivalentes. J’ai un peu la même fonction dans sa vie que lui dans la mienne. Un satellite. Il m’envoie des textos, à moitié bourré, plein d’amour. Je réponds toujours sur le même ton. Il me fait penser au « chéri » de Colette. D’ailleurs, je l’appelle ainsi parfois. C’est un « Chéri », beau comme un Dieu, capricieux, insupportable et infiniment attachant.

 

Mas que nada. Je redanserais bien avec Théo. Parce que c’est un des rares mecs que je connaisse qui danse bien. Pour la légèreté et les bulles de champagne. Parce que c’est mon « chéri »…

 

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