Yvan

 

(Il était une fois un héros de la vie quotidienne. Bon père, bon mari, bon ami, bon travailleur, bon fils.« Yvanhoééééééééé, héros de la vie quotidienne » comme je lui chante au téléphone. Celui que je considère comme mon frère. Et pourtant… J’ai 19 ans et je démarre une école privée de communication qui ne me mènera nulle part. Nous sommes la nouvelle promo et, du coin de l’œil, les « anciens » nous observent. Dans le tas, un mec, à l’allure improbable. Le cheveu long, très long, la rock attitude, santiags et moto.

 

Durant toute notre scolarité, nous ferons plus ou moins partie de la même bande mais pas de là à créer la moindre intimité. Je l’aime bien. Il m’aime bien. Point. Un des derniers souvenirs que j’ai de cette période, c’est une fête à la maison, une spéciale John Lennon, une fête dont ni Adriana ni moi n’aimons particulièrement nous rappeler tant nous étions ivres…Et je dansais avec Yvan sur John Lennon.

 

Je n’en finis pas de danser avec Yvan. C’est mon partenaire de danse préféré. Il est devenu mon ami, mon frère avec le temps. Parce qu’il a été là. Parce qu’il est venu à l’hôpital quand je suis allée un peu trop loin. Parce qu’il sait. Parce que c’est le parrain de ma fille et que ça leur va bien à tous les deux. Il est issue d’une famille étrange, un défi aux statistiques. Trois frères, rock ‘n roll, vivant dans un village paumé, tous venus sur Paris, tous en couple depuis des années et des années. Quasi adolescence, jeunesse, début de maturité, toutes ces étapes traversées avec la même compagne. 15 ans, 20 ans, 12 ou 13 ans, on ne sait plus. Ces trois frères là sont les équivalents des quatre filles du Docteur March. Ils construisent leurs couples, année après année, malgré les difficultés et les états d’âme. Un challenge hallucinant. Et j’aime voir Yvan aussi amoureux de sa femme après tant de temps. Et elle pareil. Je crois sincèrement à leur couple, je crois que c’est possible, quand je les vois, d’aimer toute une vie une seule personne. Ce sont les seuls auquel je crois avec Laurent & Marion. C’est possible. Ça existe. Ils le font. Et j’espère, comme si ça pouvait racheter l’humanité toute entière de ses errances, j’espère que ce sera pour toujours.

 

Quand j’ai été invitée à leur mariage, Yvan et sa femme l’ont organisé dans la maison de famille de Bourgogne. Baraque sublime, ancien presbytère, immense, caché derrière une porte ne payant pas de mine. J’éprouve une véritable aversion pour les mariages. Je m’ennuie généralement copieusement. Je les fuis, et rares sont les invitations à de tels évènements acceptées. J’oppose un refus quasi systématique. Mais je garde un excellent souvenir de cette union, cette officialisation tardive, unissant l’Angleterre et la France. C’est son père qui m’embarque pour cueillir des fleurs au milieu de la campagne, un moment magique hors du temps auquel je pense régulièrement avec beaucoup de tendresse . C’est les ricanements avec le reste de la bande au fond du jardin pendant la soirée. C’est Jules, Baptiste, Rose et Charlotte qui courent partout. C’est son témoin de mariage qui range tout à 5h du mat. Et les éclats de rire collectifs qui ont ponctué la cérémonie. C’était d’une gaieté folle.

 

Biarritz. Le château de princesse sur un terrain glissant…métaphore de ces vacances. Une baraque de rêve, des vacances présumées géniales, déception à la clé. Un été. La tentative d’Yvan & Harry de réunir pour un temps les “avec enfants ” et les “sans enfants”. Les “disciplinaires” et les “laxistes”. Tentative qui a failli tourner au carnage et les amitiés qui auraient pu en souffrir à coup d’incompréhension mutuelle. Je crois que j’ai bien joué mon rôle sur ce coup là. Concensuelle. Je fais tampon. Je m’active. “Ça” se plaint des uns des autres. “Ça” s’engueule. “Ça” se juge. “Ça” se trouve inadmissible. “Ça” se trouve insupportable. Une faille dans des amitiés de 20 ans. Oui, comme cette maison sublime construite sur une falaise qui va, implacablement, s’effondrer, si des travaux ne sont pas rapidement entrepris. Mais malgré tout, je ne garde que d’excellents souvenirs de ces vacances là.

 

Mais ce n’était pas les meilleures. Les meilleures c’est en Avignon, l’année suivante. Une association parfaite. Une pleine lune irréelle. La douceur de vivre tangible. Les déjeuners, le rosé qui coule, les rires des enfants, la piscine, les deux piscines (!!), les garçons qui font les courses, les filles le reste. Comité restreint suite à Biarritz. Mais, jolie bande quand même. L’organisation fluide où tout le monde trouve sa place et participe. La préparation des repas dans la cuisine, la musique en fond, et les apéros qui n’en finissent pas. Et toujours ma complicité évidente avec Yvan. Et le temps qu’il passe avec mes enfants. Ils l’adorent, image de remplacement du père. Si le leur est déficient, j’ai su, je crois les entourer de figures masculines rassurantes. Mon amoureux & Yvan sont les seuls hommes que je connaisse totalement impliqués dans leur rôle de père. Changer les couches, se lever au milieu de la nuit, laisser la mère dormir pour tout prendre en charge le matin, jouer, beaucoup jouer. Yvan est un père formidable. Imparfait, certes mais formidable. Et je ne doute pas que les difficultés qu’il traverse avec ses enfants rentreront dans l’ordre, un jour.

 

Voilà, je l’aime mon Yvanhoééééé, héros de la vie quotidienne. Je sais qu’il a des défauts. Je sais qu’il a des mouvements de colère et que, parfois, il ne se contrôle pas assez. Les murs en prennent peut-être un peu trop plein la gueule…Il a longtemps pratiqué la boxe, installant un sac au milieu de son ancien loft, tapant dedans comme un sourd quand la tempête arrive. Il explose. Mais c’est l’homme le plus gentil que je connaisse. Le plus fiable. Je sais que si je me ramasse, il sera là pour me soulever. Et Sly aussi.

 

Nous sommes tous les trois, Yvan, Sly & moi, régulièrement en train de ricaner au comptoir d’un bar. Mojito styyle. Je suis peut-être la fille de la bande qui en sait le plus sur eux. Car nous en sommes à un stade, où nous avons fait tellement de conneries, que nous osons tout nous dire. Et quand c’est pas le cas, il y en a forcement un qui fait une gaffe au bout de trois verres. Et voilà que ça râle, Sly ou moi, comme lors de notre dernière soirée, on engueule Yvan en lui disant “Mais Bon Dieu, tu peux pas te taire !”, “Ben quoi ! J’ai rien dit !”. Et d’éclater de rire. Car nous savons que nous sommes en terrain de confiance. De telles gaffes n’arrivent jamais en dehors. Nous sommes des tombes. Avec Seb, aussi maintenant. Trio devenu quatuor. J’aime bien l’image des mousquetaires. “Tous pour un et un pour tous”. Avec le temps, nous deviendrons de vieux mousquetaires ricanant ! 😉 (Je vous préviens, les mecs, c’est moi qui fait D’Artagnan). Oui, des mousquetaires s’appuyant les uns sur les autres, frères d’armes de la vie.

 

La terre tremble pour Sly & Seb. Sly vit, après une période difficile, une parenthèse enchantée. C’est probablement la dernière fois de sa vie qu’il est libre de tout. Pas d’enfants, pas de nana, une amoureuse lointaine, une sécurité financière et le choix de son avenir professionnel. Oui, une parenthèse enchantée dont il a le droit de profiter. Un peu ivre de liberté. Seb et son désarroi. Ses questions. Il a droit à l’errance. Il a droit au doute. Il a droit au temps. Il a droit à tout. Son problème est de ceux qui changent votre vie à jamais. De ceux que je ne souhaite à personne. Il peut bien se perdre un peu, alors. Et la réponse viendra d’elle-même. Seb, le plus secret d’entre nous, ses troubles et ses incertitudes. Ces deux-là me bouleversent en ce moment. Je les aime.

 

L’amitié suppose l’inconditionalité et l’intimité. Je les ai avec ces trois là. C’est fondamental. Car “I don’t believe in friends who don’t show secret feelings ” (”Leave me alone”, Revolver). Inconditionnalité et intimité, les deux pierres fondatrices d’une amitié. Car l’une ne va pas sans l’autre. Vous ne pouvez tester, vraiment, l’inconditionnalité d’un pote sans être intime avec lui. Prendre des risques, dire la vérité nue, ne pas se planquer sous une façade lisse. Et vous ne pouvez être intime avec quelqu’un sans espérer l’inconditionnalité. Sinon, vous avez trop peur d’être jugé. Et si vous avez peur de celui qui est en face, comment être amis ? Ces deux notions marchent main dans la main. Et si un secret est avoué avec une réaction de rejet à la clé, si l’intimité pulvérise l’inconditionnalité, c’est la fin de l’amitié. Ça ne peut pas marcher autrement, testé et archi approuvé. Je t’aime en dépit de tout. Tant que tu n’es pas bêtement sadique. Malgré tes erreurs. C’est ainsi.

 

Yvan, Sly, Seb & moi, nous prenons toujours le temps lors de soirées d’ échanger tous les quatre. Même si un gros différend politique nous a, pour un temps devenu du passé, séparés avec Sly, la confiance est là. Et je crois que le parti pris de cette amitié là, c’est “and if someone cares for me, i hope that this someone ‘ll see the better side of me” (Sophie Delila “Better side”). Sans nier notre coté sombre, nos défauts et nos fêlures, nous nous focalisons uniquement sur ce qui fait que nous sommes des humains dignes de ce nom. Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Nous choisissons la moitié pleine, laissant la vide. Très peu pour nous, nous préférons voir ce que nous sommes plutôt que de se concentrer sur ce que nous ne sommes pas. Comme Ben Harper, “I’d rather find out who you are than who you’re not”…

 

Seb, Sly & Yvan. Je les adore. Avec une tendresse particulière pour Yvan, devenu dans mon coeur, Yvanhoééééé, héros de la vie quotidienne.

 

Parce qu’il m’épate. Parce qu’il me fait rire. Parce que j’adore qu’il s’écroule, dans mon canapé, le dimanche après-midi, comme une merde. Parce qu’il revient toujours amôché par le rugby. Pour ses imitations navrantes, en particulier celles de Sarkozy. Parce qu’il est aussi ami avec mon amie d’enfance. Parce qu’il ressemble à Docteur Mamour dans Grey’s anatomy de manière assez frappante. Et que ça me fait rire quand je regarde cette série, car mes copines me disent que Meredith Grey, c’est un peu, beaucoup, moi. Et que, si nos doubles à l’écran vivent une histoire d’amour compliquée, nous, dans la vraie vie, c’est une belle histoire d’amitié simple et reposante. C’est même mieux que ça. C’est mon frère.

 

J’ai choisi Ben Harper parce qu’Yvan est aussi classe que lui, pour la boxe, pour le blues et le rock, pour son soutien sans failles. Parce que, malgré le fait qu’il ne comprend pas toujours mes choix, il me suit. Parce qu’encore une fois, il regarde plutôt ce que je suis plutôt que ce que je ne suis pas.

 

Parce qu’il pourrait me chanter “don’t let them take the fight outta you”…

 

Seb & Sly aussi ..accoudés au comptoir d’un bar, refaisant le monde, le nôtre, picolant un mojito digne de ce nom à Oberkampf 😉

 

 


Ben Harper – Fight Outta You
envoyé par thatsfunny. – Regardez la dernière sélection musicale.

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