Joan Didion, et l’âme de l’Amérique

Auteur non identifié

Bret Easton Ellis, Jay McInerney ou encore Donna Tartt la vénèrent. La romancière, scénariste et journaliste, Joan Didion, figure de proue des intellectuels américains s’est fait remarquer dans les années 60 et 70 avec ses romans à la cruauté épurée et stylisée sur la faune dorée (et déchue) d’Hollywood ou de New-York ou encore de la jet set littéraire… Retour sur le parcours d’une grande dame des lettres américaine, référence et inspiratrice de la littérature américaine d’aujourd’hui.*

 

Je ne m’en vais pas faire un retour sur la vie de cette grande dame du journalisme américain. Je vais juste parler de mon coup de foudre. J’ai trouvé une nouvelle copine ! Elle me parle… Mais elle me parle… Je viens de commencer son recueil, tout juste paru, « L’Amérique ». Recueil de ses chroniques à partir de 1969. Et je n’ai pas terminé que je vous en parle déjà. Pour un chapitre. Ou deux. Parce que les bouquins? comme la musique, il me faut peu de temps pour déterminer si c’est ma came ou pas. Exception faite de « Cent ans de solitude » mais ceci est une autre histoire.

 

« Un joli minois de fennec, les nerfs à vif, toujours en alerte ». Voici les premiers mots du livre en introduction par Pierre-Yves Petillon.

 

Je me reconnais. Le coup de foudre commence. Les nerfs à vif, toujours en alerte, si on ne l’est pas, on ne sait pas à quel point c’est épuisant. Surtout pour soi.

 

© Ted Streshinsky/CORBISJe me reconnais. Le coup de foudre commence. Les nerfs à vif, toujours en alerte, si on ne l'est pas, on ne sait pas à quel point c'est épuisant. Surtout pour soi.

 

« Dans sa prose laconique, sèche, à la fois lyrique et cruelle, elle a enregistré avec acuité toutes les fêlures d’une époque qu’elle a, dit-elle, traversée comme un somnambule, dans un état presque second – faisant scrupuleusement tous les gestes du rituel social, mais en fait, absente, ailleurs, aux aguets des infimes craquements qui ne font pas la une des journaux, mais qui, de proche en proche, finissent par bouleverser de fond en comble un paysage social. » Pierre-Yves Petillon trouve les mots justes. C’est toujours le geste le plus léger qui est le plus lourd de conséquences. C’est une chose que je me dis souvent. Dans ce livre « l’Amérique », nous croisons les grandes figures emblématiques : Jim Morrison, les Black Panthers, Sharon Tate. Mais c’est surtout un regard américain que l’on rencontre. Celui de Joan Didion. Elle observe la société avec une telle lucidité. Là où tout le monde voit « le cool », elle verra l’enfer. Là où est soi-disant le monde meilleur, l’horreur.

 

Le chapitre sur les hippies est un monument du genre. Elle traîne dans leur quartier, à San Francisco, dans Haight Street : « Une jolie petite nana de 16 ans issue de la classe moyenne arrive dans le quartier de Haight pour voir de quoi il retourne et se fait ramasser dans la rue par un dealer de 17 ans qui passe la journée à la bourrer de speed encore & encore, avant de lui faire avaler 3000 pilules & de mettre à la loterie son corps temporairement inutilisé pour le plus grand gangbang dans Haight Street depuis l’avant dernière-nuit. La politique et l’éthique de l’ecstasy. Les viols sont aussi fréquents que la connerie dans Haight Street. Des gamins crèvent de faim dans la rue. On mutile des esprits et des corps sous nos yeux; un Vietnam à échelle réduite. »

 

Plus je lis de bouquins sur les années 60, en particulier en Amérique, plus je me mets à détester cette époque. J’en reviens de mon jugement naïf. Parce que je ne lui pardonne pas de s’être planquée sous le pire des masques. Celui de la bonté et de l’ouverture d’esprit pour mieux retomber dans les pires travers humains : la manipulation et la cruauté envers ses semblables. Une gamine de 5 ans sous acides…

 

Joan Didion ne fut pas dupe. Elle ne l’est toujours pas. Si elle examine sans concessions ce qui se passe autour d’elle, elle en fait tout autant vis-à-vis d’elle-même. Elle perd pied même. C’est ce qui fait la particularité de ce livre. Ce n’est pas seulement la journaliste qui parcourt sa société, c’est aussi l’être humain qui parle de ses propres failles.

 

Elle a 75 ans cette année. Je crois que si un jour, j’ai une seconde fille, son second prénom sera Joan…

 

Après une enfance en Californie, à Sacramento, Joan Didion part étudier l’anglais à l’université de Berkeley où elle gagne le prix de Paris Award sponsorisé par le magazine Vogue pour un de ses essais. Engagée par le magazine, elle passera les huit prochaines années de sa vie à New York. Son premier roman ‘Run River’ paraît en 1963 et l’année d’après elle épouse John Gregory Dunne, écrivain, avec qui elle retourne s’installer en Californie. Elle est surtout connue pour ses deux recueils d’essais ‘Slouching toward Bethlehem’ (1968) et ‘The White Album’ (1979), dans lesquels elle observe la culture et la politique américaines et les changements de cette période-là, dans un style journalistique mélangeant ses réflexions personnelles et l’observation sociale. ‘Political Fictions’ (2001) rassemble des essais publiés dans le New York Review of Books et son récit ‘Where I Was From’ (2003) analyse sa relation avec sa Californie natale ainsi que celle avec sa mère. ‘The Year of Magical Thinking’ (2005), qui revient sur la maladie de sa fille et la mort soudaine de son mari en 2003, est récompensé par le National Book Award. Ses autres romans sont ‘Play it as it Lays’ (1970), ‘A Book of Common Prayer’ (1977), ‘Democracy’ (1984) et ‘The Last Thing He Wanted ‘( 1996). Figure de proue des écrivains des années 1970, le livre de Joan Didion ‘L’ Année de la pensée magique’ est traduit en 2007 en français.**

 

* Source : buzz littéraire

** Source : Evene

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