De la rumeur

 

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La rumeur, cette vérité qui se promène comme un mensonge, qui ne fait pas réfléchir les gens, qui passe comme un soupir au-dessus du vent.

 

Résumé des faits : suite à un twitt en forme d’allusion d’un journaliste, la rumeur court à propos d’une éventuelle liaison entre Carla Bruni et Benjamin Biolay. Le Président se consolerait soi disant avec Chantal Jouanno. Mensonge ? Vérité ? On s’en fout, ce n’est pas ce qui est intéressant dans cette affaire. Pourquoi vais-je en parler ? Mais parce que j’ai que ça à foutre, moi, contrairement à d’autres… Et puis, je suis une blogueuse. Je n’ai pas de carte de presse, je ne suis pas journaliste, je n’ai pas à respecter une quelconque déontologie, moi (Entendons nous bien, je me dois d’obéir à la loi mais le reste..) C’est ça qui est formidable ! En même temps, je comprends que ça agace, hein ?

 

Retour sur la fameuse rumeur concernant Carla Bruni, Nicolas Sarkozy, Benjamin Biolay et Chantal Jouanno. Je ne m’attarderai pas sur cette dernière, elle ne m’intéresse carrément pas. Benjamin Biolay ? Silence radio à l’heure à laquelle je vous écris. Je fais le pari que ça le fait ricaner et qu’il ne pouvait pas rêver mieux comme exposition médiatique pour la promotion de son album, suite à sa victoire de la musique. Bingo, jackpot et « haut la superbe ! »

 

Revenons donc à nos deux principaux protagonistes : Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Oh mon Dieu, quel scandale, l’affreuse rumeur, bouh qu’internet est méchant !! Môômâân, le web, y fait rien qu’à m’embêter !!!

 

Soyons sérieux, deux petites minutes.

 

Première réflexion. Est-ce que sincèrement vous pensez que nous aurions pu avoir le même genre de phénomène avec Bernadette et Jacques Chirac ? Okay, je vous accorde que le potentiel glamour de Bernadette est moindre. Mais je suis convaincue que ce n’est pas le problème. Celui-ci est simple : le retour du bâton. Le retour de manivelle. Nicolas Sarkozy dès le début de son aventure avec Carla a usé et usé des médias. Remplir à fond l’espace jusqu’à ce que la légitimité soit obtenue. L’image « choquante » devient une image d’Epinal à force d’être vue partout. Le coup de Disney Land. L’Egypte avec la fameuse photo de « j’expose le fils de Carla mais je le protège quand même, voyez comme je suis formidable ». La suite ? Et que le couple convie des nanas de « femmes actuelles » à rentrer chez eux, et que je me fais prendre en photo par ci et que j’existe dans les médias en exposant my brand new happyness par là. Internet y est pour beaucoup. Omniprésent dans la vie des Français, Nicolas Sarkozy s’est largement servi du web pour exister. Alors, venir pleurer maintenant sur la lie des médias, je trouve ça extrêmement gonflé pour ne pas dire irrecevable. C’est l’histoire ancestrale de « à force de crier au loup ». Bilan : Souvent Sarkozy varie, bien fol qui s’y fit (proverbe du XXIe siècle)

 

Seconde réflexion. Ils ont commis la pire erreur sur internet. Menacer les internautes. Si vous voulez survivre dans cette communauté, ne jamais se lancer dans ce genre de trip, c’est l’explosion assurée. Oui, il y avait des twitts mais pour ce que j’en ai vu, le phénomène s’est amplifié dès lors qu’il a été question de l’avocat de Carla Bruni qui menaçait d’un procès tous ceux qui relayaient la rumeur. Vous pouvez être sûr, mais alors sûrs de chez sûr, que c’est l’ouragan garanti. Pourquoi ? Parce que ça fait marrer tout le monde. Oui, internet, c’est le monde sulfureux des petits poneys crétins. Remarquez, en ce moment, c’est salutaire parce que l’ambiance avec le chômage, la crise, les réformes en panne… c’est pas top moumoute ! (Oui, c’est le grand retour de « top moumoute », c’est de l’expression vintage). Oui, ça fait rire les internautes, ça fait chanter twitter, ça chasse les nuages et fait ricaner la blogosphère. Une rumeur sur internet si vous ne bougez pas, elle meurt d’elle-même. Car dès lors qu’elle n’est pas alimentée par « le monde extérieur », elle agonise car tout va très vite.Tu ne nourriras pas le troll, 1er commandement de la déclaration universelle du web. Celui-ci a la mémoire courte, digère très vite et a très faim.

 

Troisième réflexion ; la communication post-rumeur de Carla. Nous noterons qu’elle s’est engagée sur la fidélité de son mari de manière concrète mais que la concernant, elle a juste expliqué que le mariage supposait la monogamie. Joli… Pour ma part, j’ai (bêtement, hein ?!) tendance à penser que ça en dit long. Pourquoi ne pas s’engager clairement sur la sienne ? « Oui, je suis fidèle ». Affaire classée. Je ne dis pas qu’elle se tape Biolay (Grand bien lui fasse si c’est le cas), je souligne simplement la signification des propos. Le tour de passe passe. Le triple salto arrière verbal.

 

Quatrième réflexion. La théorie fumeuse, comme quoi, ce serait pour atteindre Sarkozy au moment des régionales par le biais de sa femme. Mouais. C’est accorder un degré de réflexion que twitter pour l’instant ne possède pas. Ou alors, si j’accordais un quelconque crédit à tout ça, l’opposition se serait servi de deux ou trois journalistes, qui auraient plaisanté sur le sujet en priant très fort que certains RT (de retwitter) et aurait tablé sur la connerie des twittériens pour déstabiliser l’Etat Français. (Sur le dernier point, remarquez, ils n’avaient pas tout à fait tort. Je parle de la connerie…). Marrant comme la théorie du complot s’immisce toujours dans ce genre de rumeurs. Tant qu’à ergoter sur des hypothèses farfelues, j’en ai une autre. Et si, c’était Nicolas Sarkozy et Carla Bruni qui avaient lancé cette rumeur pour détourner l’attention de l ‘état apocalyptique de notre beau pays ? Hein ? Elle n’est pas crédible celle-là pendant qu’on y est ? Détournement d’attention assuré et victimisation remportée.

 

Cinquième réflexion. Les journalistes sont outragés. Mais quelle blague ! Pour quiconque a lu le billet de Jean-Michel Apathie que, jusque-là j’appréciais beaucoup, c’est la crise de rire assurée. Globalement ? Les internautes sont des crétins et c’est vraiment mal de répandre ce genre de rumeurs. Nan ?! Jure ?! Mais M. Apathie, que faites vous exactement en traitant le sujet sur votre blog ? Vous l’ alimentez. Vous nourrissez le troll. Vous écrivez à ce propos. Vous avez perdu 10mn de votre précieux temps pour remonter les bretelles de ces vilains garnements d’internautes, qui ne comprennent rien, bien sûr, à votre billet. Vous vous mettez au même niveau que des débiles mentaux, les hordes décérébrées de la blogosphère. Et vous faites de l’audience… Les journalistes ont accompli une prouesse sur ce coup-là. Surtout on ne se mouille pas, on ne traite pas le sujet, on traite autour du sujet et l’on génère de l’audimat. Bravo. Nous noterons la sublime performance du JDD qui a inventé le journatwitt, à savoir tu publies des articles litigieux, tu laisses monter et tu t’empresses de dépublier quand ça commence à sentir le sapin. Elle est belle la déontologie. Vous pouvez expliquer que vous êtes sérieux, vous… Donc internet va au carton et les médias se font du blé. Tactique n°1 : « analysons le phénomène et la responsabilité de twitter. » Tactique n°2 : « Sarkozy balaie la rumeur en expliquant qu’il a autre chose à foutre ». Mais vous pouvez retourner le problème dans tous les sens, en expliquant que non, non, non, un journal ne s’abaissera pas à traiter cette info, rumeur, ragot, il n’empêche que vous en avez tous parlé. Votre problématique ? La course au scoop. Internet va beaucoup plus vite que vous. Cela vous permet de prendre la température du « peuple » (je ne suis pas sûre que les peuplades virtuelles en fassent vraiment partie mais bon..). A quoi les gens s’intéressent-ils ? Donc, qu’est ce qui fait vendre ? Les temps sont tellement difficiles pour les médias classiques…

 

Sixième réflexion, l’origine du mal : les journalistes ont-ils le droit de déconner sur twitter ? Pour l’instant, les pauvres, je leur déconseille. Je crois que c’est ingérable. Parce qu’au final, les journalistes à l’origine de cette grande déconnade n’ont rien fait de plus que d’habitude. Dans les dîners en ville, vous ne pensez quand même pas qu’ils se privent ?! Remettez toute cette petite histoire dans le contexte d’un repas, les conséquences seront les mêmes sauf que ça ne sera que de l’oral. Est-ce qu’on est dans la sphère publique ou privée en sachant qu’on ne connaît pas intimement tous les convives ? La force de frappe de l’écrit est terrible et n’est pas vécue de la même façon.Une fois que ça se matérialise en lettres, cela devient presque vrai, cela devient réel. Vous pouvez lâcher une petite allusion à votre voisin, un bon mot à propos de… ce n’est pas grave parce que les personnes qui l’ont entendu et ne manqueront pas de le répéter, déformer, diffuser, vous ne les voyez pas ! Vous ne les entendez pas ! Alors, bien sûr, ce n’est pas pareil… Ben voyons.

 

Ce qui m’amène à la réflexion suivante : Les journalistes ont écrit une monumentale idiotie en parlant de réseau d’informations à propos de Twitter. C’est un réseau SOCIAL. Pas plus. Pas moins. On ne communique pas là-dessus comme on communique sur un média traditionnel. Aucune information, aucun scoop diffusé sur cette plateforme ne peut être considéré comme de l’info, tant qu’elle n’est pas vérifiée à l’extérieur. C’est au mieux un reseau de tendances. Parce que sinon, c’est de la conversation de comptoir. C’est comme si, vous décrétiez que toutes les conneries sorties accoudés à un zinc doivent être considérées comme crédibles. « Marcel » serait une source. Twitter, manœuvré intelligemment, ça sert à faire du buzz, ce phénomènal levier à médiatisation. Ca marche comme un bistrot. Tout est mis sur le même niveau. Des gens vous unfollow parce que vous détestez Lady Gaga et personne ne parle des propos scandaleux de Jean-Marie Le Pen. Gardez-vous de trop prendre la tête des gens. Soyez fun ! Et oui, relayer cette rumeur, ça nous a tous fait marrer. Plus ça grinçait des dents, plus twitter se déchaînait. Je ne crois pas qu’aucun d’entre nous ait réellement quelque chose à foutre de tout ça. Et surtout, nous prêter l’intention sérieuse de déstabiliser le gouvernement français est complètement abérant. Twitter, c’est une gigantesque cour de récré mondiale. Il y a ceux, sérieux, qui bouquinent, ya ceux qui échangent comme des malades leurs « cartes pokemon », ceux qui gossip à mort etc. C’est un espace dans une société très lissée, très, finalement, contrôlée où les gens ont l’impression de pouvoir exercer leur liberté. Ce qui est un leurre, j’en conviens.

 

La leçon de tout ça ? Notre société est dirigée à des niveaux très différents par des gens qui ne comprennent strictement rien au monde parallèle du web. Chaque jour, nous pouvons constater le divorce générationnel. Le web fonctionne exactement comme un village. À la différence près qu’internet fait peur car ce sont des milliers de personnes qui en font partie. Leur puissance de frappe est pourtant limitée. Pour l’instant. Car la majorité des gens ne maîtrisent pas ce média ou ne s’en servent pas à cet usage. Conclusion ? Une minorité a créé un phénomène. C’est peut-être ça qui exaspère tout le monde. L’envie de claquer le beignet à ces ptits cons de twitter que l’on soupçonne d’être des vecteurs d’influence. Mais ce sont les médias, le monde politique qui nous surcôtent ! Pourquoi ? Parce qu’ils n’y comprennent rien. Et c’est toujours la même rengaine. La même mécanique face à la peur de la différence. Le rejet. La peur. Jean-Michel Apathie, homme mesuré, est tombé à pied joints dedans. Pour les leçons de modération, il repassera. Merci. Surtout, je crois que ce qui fait le plus peur, c’est que pour la plupart, les internautes exercent gratuitement. Ils font ce qu’ils veulent. Ils ne dépendent pas d’un patron, ils côtoient rarement le monde du pouvoir, ils peuvent ouvrir leurs grandes gueules quand ils veulent, comme ils veulent. Et ça, ça ne plaît pas. Ils sont incontrôlables…

 

« Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits. » [Jim Morrison]

C’est bien là le fond du problème. Internet est un média. Incontrôlable et incontournable… Courage, avec un peu de bol, une police virtuelle sera créée. Et tout ce petit monde fermera sa grande gueule. Enfin..

Crédit photo Flickr

Un commentaire


  1. ·

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