Une icône française

 

« L’archétype d’un sujet donné se fonde sur une image représentative forte, caractérisée, reconnaissable » (wikipédia)

 

Extrait de la définition du mot « icône ».

 

J’ai déjeuné avec la réalisatrice du documentaire auquel j’ai participé. Au cours de notre conversation, elle me parle des icônes françaises, sujet qui l’interpelle. Quelles sont les icônes françaises aujourd’hui ? De celles qui frappent l’imaginaire collectif, de celles qui sont connues même au fin fond de la France, de celles qui font réagir ? La réponse n’est pas si évidente que cela.

 

Il semblerait que quand on pense icône française, on revienne 50 ans en arrière : Catherine Deneuve, Edith Piaf, Brigitte Bardot etc. Dès le départ, cet archétype est muet. Pas d’engagement. Ne vous y trompez pas, Brigitte Bardot ouvrira la bouche bien après. Elle se comportera de manière libre, représentant une révolution féminine en marche. Mais pas vraiment de verbalisation. Du temps de leur sacre, aucune cause à l’horizon. Par exemple, tournez-vous vers les Etats-Unis, vous tomberez nez à nez avec Jane Fonda, Audrey Hepburn. Plus près, c’est Angelina Jolie. Enragée, celle-ci force le respect à force d’engagement. Elle n’est pas qu’une carrosserie qui fait rêver ces messieurs, elle pose, pierre après pierre, enfant après enfant, une certaine vision du monde qui plaît ou ne plaît pas, ce n’est pas le fond du problème, le truc, c’est qu’il y a de la consistance.

 

Revenons en France. Je lance un petit sondage rapide. Les réponses sont quasi d’outre-tombe. Et puis des noms tombent. Charlotte Gainsbourg. Vanessa Paradis. Marion Cotillard. Allez, à la limite Laetitia Casta.

 

Auteur non identifié

Prenons les deux premières. Charlotte, pour ma part, je suis au bord de ne plus supporter de la croiser. Après l’avoir adoré. Tu brûleras ce que tu as adoré, c’est bien cela ? Vanessa, j’aime toujours autant pour l’instant. Mais qu’ont-elles en commun, ces deux prénoms, en premier cités ? Elles ne chantent pas, elles murmurent. Elles flottent comme deux gentils fantômes, graciles et fragiles. Des petites choses. Si l’on dérive sur le terrain de l’icône comme archétype de la femme française incarnée, alors, vous serez ravies d’apprendre, mesdames, que nous sommes supposées être des jeunes femmes au bord du déséquilibre en permanence. Qui parlent, comme ça, doucement. Autant dire que je dois être d’un autre pays, née quelque part, ailleurs, puisque dans la vie, je fais tout, sauf murmurer. Autre chose, elles sont toutes les deux délicieusement minces. Vraiment minces. Entendons-nous bien, je serais sacrément gonflée de hurler avec les loups, étant donné que je suis de nature plutôt svelte. Mais ça me fait marrer quand même. Nous sommes dans le registre de la féminité sans attributs, sans reliefs, qui ne s’impose pas, quelque chose de vaguement androgyne.

 

Et surtout, surtout pas l’ombre d’un engagement fort à l’horizon. Je ne les soupçonne pas de ne rien faire. Je pose juste le problème de la médiatisation. Quand on représente quelque chose d’aussi fort et par pitié qu’on m’épargne le couplet de la fausse modestie, n’est-il pas de son devoir, à un moment donné, de crier « Voilà, ça, ça me révolte ». De faire corps avec une cause quelle qu’elle soit ? Je ne sais pas, je pose juste la question. Au lieu de chuchoter trois fois par an « Ha, ça c’est vraiment mal »… Autre facteur, ces dames sont fidèles et sont engagées auprès du même homme depuis des années. Je ne fais que constater. Ce n’est en aucun cas, un jugement de valeur. Nous avons d’un côté le syndrôme équipe avec Charlotte & Yvan. De l’autre, l’adoration dévôte de Vanessa envers Johnny Depp.

 

Auteur non identifié

Des icônes comme des fantômes. C’est ça la femme française ? Une certaine idée de la France ? Est-ce pour cela que Vanessa et Charlotte le sont devenues ? Précisément avec cette attitude de balbutiements, presque d’excuses. Je prends le moins de place possible, surtout ne faites pas attention à moi, voyez comme je suis discrète et douce ? Hum… J’imagine que c’est un genre de fantasme qui se heurte, qui se fracasse à la réalité chaque jour. Dommage messieurs. Dommage mesdames car, oui, nous les choisissons nous aussi.Ca doit correspondre à un rêve secret. Un jour, nous serions très calmes, comme ça, mesurées, de la grâce et du silence. Des demi-sourires comme notre plus célèbre réfugiée, la Joconde. De la tempérance…

Ou alors, c’est la faute du sens premier du mot « icône » : Je cite ce cher wikipédia à la section icône religieuse « En devenant objets de vénération pour les fidèles, les icônes ont été soumises, dès le VIIIe siècle, par l’Église orthodoxe, à de sévères contraintes artistiques (sources d’inspiration stéréotypées, rigueur du trait, jeux des couleurs). Jusqu’à nos jours, ces canons se sont perpétués, assurant l’étonnante continuité de cette peinture dédiée à la gloire de Dieu. »

 

Auteur non identifié

Bon, ben voilà. La France a dû rester coincée au VIII siècle. On pense que nos icônes sont infiniment modernes. Je crois, bien au contraire, qu’elles sont la continuité d’une tradition invisible. Un mythe de plus en plus éloigné de la réalité. Et qui, du coup, n’en prend encore que plus de force.

 

 

Auteur non identifié

 

 

 

 

 

Crédit Photo Flickr

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