Bobo de merde ?

Colette, 1ère bobo de merde ?

Edito à l’origine publié chez Bobo de merde

Plutôt bourgeois que bohème, comme le démontre l’ordre des premières syllabes de bourgeois-bohème, le bobo aime l’actualité mais la tient à distance. Parfois certains s’engagent, beaucoup se contentent de regarder du haut de leur petit confort. Que rien ne vienne heurter ce rythme de vie si agréable.

L’affaire du week-end, c’est le crash de l’avion présidentiel polonais avec à son bord l’intelligentsia du pays concerné. On s’émeut, en oubliant que c’était juste un eurosceptique car largement homophobe. Nationaliste, conservateur, et pourtant incorruptible et démocrate convaincu au vu de son parcours de lutte aux côtés de Lech Walesa. Un homme ambigu. Peut-être contradictoire. Certains ont peur. On se rappelle de Sarajevo. Curieux que l’est de l’Europe effraie encore en termes de déstabilisation démocratique. Personne n’y a intérêt. Et il y a des méthodes moins spectaculaires pour arriver exactement au même résultat… Voire l’organisation actuelle de la Russie respectée par un silence quasi religieux par toutes les nations européennes…. Allons, allons, du haut de nos jolis appartements, un peu de franchise, la Pologne… On s’en tape un peu, non ?

Ça me fait penser à ma jeunesse, un temps où le monde était divisé en deux, à l’est et à l’ouest et où nous nous contentions de cet état de fait. Je me souviens d’un monde où il n’était pas envisageable que les Etats-Unis soient attaqués, toute puissance rayonnante, à l’abri, colosse qui ignorait ses pieds d’argile. Dimanche dernier, le consulat américain de Pershawar était l’objet d’une attaque revendiquée par des talibans pakistanais. Le bloc soviétique s’est effondré et le monde, aveugle pendant l’euphorie post chute du mur, s’est redivisé en deux. Les occidentaux, s’agrippant à leur cher niveau de vie et ceux qui n’ont plus rien à perdre et qui croient hystériquement. Ça me fait penser que c’était Pâques. Et que c’est devenu plus synonyme de chocolat que de résurrection. Je réfléchissais au sort du monde en même temps que je me dirigeais vers la maison de Pierre Hermé. Je choisissais distraitement des chocolats. C’est peut-être cela être bobo. Être préoccupé en permanence par l’humanité. Distraitement…

Ce qui nous a, par contre passionné, c’est l’affaire de la rumeur ! Quels couacs de communication ! On hoche la tête désolés de cette incompétence. On sourit ironiquement en pensant à sa copine attachée de presse qui aurait fait quarante fois mieux que ces crétins de conseillers en communication de l’Elysée. Est-ce vrai ou faux ? Peu importe, même si cela nous amuse, nous désapprouvons ces dérives anglo-saxonnes en ayant une pensée émue pour les règnes précédents, où tout le monde avait le bon goût de fermer sa gueule. Franchement, est-ce qu’on clame sur twitter que Paul se tape Clémentine dans le dos de Sabine ? Hein ? Non, non, aucun ricochet dans la vie lisse des bobos… Après tout, nous sommes tellement bohèmes…

C’est peut-être pour ça que la mort de Malcom McLaren nous a tant touché. Le soi-disant pape du punk, qui aurait créé de toutes pièces le groupe emblématique des Sex Pistols, plutôt génie de la communication, un peu Andy Warhol sur les bords, homme de contradictions. Nous saluons une dernière fois une escroquerie. Un peu comme nous, en sommes. Nous communiquons essentiellement sur notre présupposée bohème, nous vivons grassement dans la bourgeoisie. C’est un tour de passe-passe de vocabulaire. La gauche caviar revisitée.

Qu’on ne se méprenne pas, je n’ai rien contre. La gauche caviar a cet avantage qu’elle souhaiterait ce qu’elle vit à tous. Pas plus. Pas moins. Elle est partageuse si elle n’est pas privée. Mais insidieusement, le temps passe et rares sont ceux qui le restent. Ils gagnent de mieux en mieux leur vie et sont de moins en moins solidaires. Les bobos sont un trip de jeunes. Le bel âge prolongé de 15 à 45 ans. On peut le lier à la dictature du jeunisme, d’ailleurs. Les clés de la société, les schémas ne sont plus les mêmes. Le No futur fut le mantra de notre jeunesse, ou les années 80, ou le grunge. Tout peut nous échapper. Nous le savons. Être bobo, c’est maintenir une certaine insouciance en dépit du temps qui passe. Une illusion. Aller chez Naturalia et habiller ses enfants chez Bonpoint. Trier ses déchets et circuler toute la journée en taxi. Dîner à l’Arpège en dissertant sur le génocide rwandais. Déclarer sa nounou au black et faire un prélèvement automatique de 20 euros à médecins du monde. La bonne conscience à bas prix. Le refus de trancher car c’est renoncer, éternels enfants gâtés. La parenthèse enchantée juste avant de vraiment choisir son camp. Ceux qui auront renié leur jeunesse ou ceux qui y resteront fidèles.

Juste avant de devenir vraiment vieux…

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