Live and give

 

 

Rev. N.L. Williams playing blues guitar while "Blind" Johnny Brown plays a resonator guitar

 

Ce joli titre pour parler de concerts mais pas que. J’ai assisté à quatre, avec des résultats assez contrastés et j’ai trouvé intéressant de poser la question de la générosité à travers ces lives.

 

C’est compliqué le passage studio- scène. Dans le premier on a droit à plusieurs tentatives, des arrangements, des prises, des « on la refait ». Le concert, c’est sans filet et quelque soit l’artiste, il déboule avec une folle envie de partager. Partager du plaisir, de l’émotion, son travail, sa sensibilité, soi.

 

Premier concert, l’artiste dont je tairai le nom par délicatesse et parce qu’on a fait largement le tour de la question ailleurs, a couvé son dernier album pendant l’hiver, un hiver apparemment ponctué d’évènements qui le mettent à mal. Une cocotte-minute qui n’en finit pas de bouillir et qui explose en plein vol. Un sentiment de malaise, de gêne. Il donne tellement qu’il finit par ne rien donner en fait. C’est un suicide en direct et j’assiste à cette débâcle. Il a tellement de choses en lui à offrir que tout transpire, tout déborde, nous voilà aspergés d’émotions trop à vif. Et nous n’étions pas tous prêts à recevoir aussi violemment.

 

 

Crédit photo adnsound

Second concert : Fortune

Premier album, peut-être pas le premier concert mais on sent le début. Ambiance « time to pretend ». Ils n’étaient peut-être pas assez aguerris mais ce fut un excellent moment. Energique, fun, léger. Ils étaient là avec nous. Générosité ? Oui, comme des jeunes chiens fous qui dispersent leur énergie aux quatre vents. Non, parce que ça manquait forcément de profondeur. Ils se donnent comme à la jeunesse, un peu ivres de liberté, surexcités car ça commence là, maintenant. Now !

 

 

 

 

Crédit photo : Karine Pujol

Troisième concert : Smooth

Musicalement une tuerie. Le son irréprochable. Esthétiquement, impeccable avec trois fois rien. Et pourtant. Techniquement obligés de se voir, cette contrainte devient un frein. Syndrôme de l’Égyptien, Smooth est en permanence de profil. Le public aurait pu danser, moi la première, être entraînée et je suis restée au bord de la route. Regardez-nous ! Je vois bien que vous prenez votre pied à être sur scène mais vous êtes entre vous ! Pas avec nous. Faussement généreux malgré une performance enthousiasmante.

 

Au bout du chemin

 

Quatrième concert : Josh Rouse/folk pop

 

J’aime bien Josh Rouse mais pas de là à le vénérer. Et pourtant, il fut de loin le meilleur concert. Simplicité, charisme, générosité, tout y était. Ce type pourrait réconcilier Israël et la Palestine en un seul concert. Il débarque, souriant. Heureux d’être là, avec nous comme dit la chanson. Celui qui l’accompagne a la tête improbable de Rodolphe des pubs free. Mais qu’il est excellent ! Piano, guitare, toute toute petite guitare, il passe de l’un à l’autre avec aisance. Josh Rouse plaisante, chante, joue, je suis charmée, émue, enchantée. C’est pour ces petites minutes de grâce que l’on se déplace à un concert. Donner simplement.

 

Tout ça pour dire, que je vais me lancer dans la comparaison périlleuse entre un concert et une vie. À l’échelle de l’humanité, un destin, c’est à peine une heure. Le temps d’un live en somme. Et même si nous avons parfois l’illusion d’avoir le temps devant nous pour rattraper, faire plus tard, autrement, donner plus tard, autrement, aimer plus tard, autrement… Il nous est compté. Nous donnons tous, chacun à notre manière et même celle-ci n’est pas constante. Pourtant. Donner un sens à sa vie passe par une certaine générosité. Nous ne sommes pas obligés d’être Mère Teresa. Mais l’échange, l’interactivité, c’est quand même plus gratifiant que le solo.

 

Pour autant la générosité est mère de toutes les illusions. J’ai souvent dit que si l’enfer était pavé de bonnes intentions, le paradis est truffé de mauvaises. Nous manquons tous de recul par rapport à cette notion. Donner à tort et à travers en s’exhibant jusqu’à la douleur, souffrir d’un rejet car, oui, oui, oui c’est un ouragan d’émotions qui s’est abattu sur nos congénères qui n’en demandaient pas tant. Donner comme on effleure distraitement une joue, machinalement. Remplir parfaitement les cases de l’écoute et du partage en n’étant pas vraiment là, prestation impeccable sans cœur et sans reproche. Mais aussi vivre un véritable moment de grâce, un ange qui n’en finit pas de passer au ralenti, en étant tout simplement soi, ouvert sur les autres et sur nous-mêmes, de l’humour et du recul à pleines mains.

 

C’est peut-être pour ça que les concerts sont si importants pour les fous de musique. Vérifier que les intentions que l’on a prêtées ne soient pas qu’un mirage, une projection de son égo. Parce que ce sont des minutes hors du temps, téléportés que nous sommes dans l’univers d’un artiste. Oui, aussi ridicule que cela puisse paraître, une vie c’est comme un live. Cela a bien une fin et sortir d’un concert des siens, déçus, le désagréable sentiment que l’autre était à côté de la plaque, hum, ça empoisonne. Pousser la porte, sortir comme l’on est venu, l’autre n’a rien donné au final, que cela soit surprenant ou évident, c’est toujours, un peu, un vol.

 

On peut se contenter de peu sur un disque. Sur un live ? Impossible. On en veut pour notre humanité. Ces 4 concerts ont été des variations de dons : je suis noyée dans le premier, amusée dans le second, frustrée au troisième et conquise au dernier. Cela reste subjectif, certes. On ne peut employer que le « je ». J’aurais préféré employer le « nous » au lieu de rester seule avec mes envies. Même si c’est trop tard, il y en aura d’autres. Comme une réincarnation. Des réincarnations. Et progresser à chaque nouvelle vie.

 

Jouer sa petite musique, la faire partager, nourrir celle des autres. La vie est un concert… Je vous abandonne avec Josh Rouse. Qui a rejoint de manière délicieusement spontanée le public.

 

Live and give

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