Remember Mary

 

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Je me demande comment ma culture ciné a commencé. Certainement pas à la maison, pas le genre. C’était vraiment mes goûts personnels, mes penchants naturels. Je crois que c’est lié à cette fabuleuse ouverture sur le monde qu’était l’encyclopédie « Tout l’univers » qui traînait dans ma chambre et que j’ai lue plusieurs fois. Je suis loin d’être une bête en cinéma mais j’ai très tôt su des trucs bizarres. Ou plutôt, j’étais raide dingue, enfant, des années 20, 30, voire 40. Je connaissais l’histoire de William Randolph Hearst et de Marion Davies, et bien sûr la version d’Orson Welles : « Citizen Cane ». J’étais total fan de Louise Brooks, de sa farouche indépendance et de son inégalable sens du style. Et surtout, et je ne sais vraiment pas comment, je connaissais Douglas Fairbanks, Mary Pickford, United Artist et la débâcle de Cimino avec « La porte du paradis ».

 

J’aime Mary Pickford. Pour ce qu’elle représente. Car elle était aussi une alcoolique notoire, une mère pas très concernée et à la fin de sa vie, une excentrique probablement insupportable. Et que ce n’est pas ça, vous vous en doutez, qui me fascine.

 

Non, ce qui est formidable avec Mary, c’est qu’elle a accompli l’impensable. Enfant d’alcoolique, c’est elle qui gagnera l’argent nécessaire à la survie des siens. Sa famille était du genre saltimbanque mais c’est elle, rapidement, la star. Broadway, puis Hollywood. Elle devient la petite fiancée de l’Amérique en campant des rôles d’ingénue dans des films du cinéma muet. Le passage au parlant lui sera fatal en tant qu’actrice.

 

Mais ce n’est même pas cela qui me fascine.

 

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Là où Mary Pickford est prodigieuse, c’est en tant que productrice, femmes d’affaires. Elle est redoutable. Nous sommes dans les années 1910. Autant dire un désert en matière de présence féminine au pouvoir dans le cinéma. Ses cachets, en l’espace de cinq ans passent de 40 dollars à 10 000. Sa spécialité ? Manipuler les producteurs pour faire grimper les enchères. Elle co-écrit les scénarios rapidement. Gagnant des sommes considérables, elle achètera même un studio.

 

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Le 17 avril 1919, Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Charlie Chaplin vont fonder leur propre maison de distribution, United Artist, qui existe encore aujourd’hui (elle est aux mains de Tom Cruise et Paula Wagner), s’affranchissant de la « dictature » des studios. Ils sont puissants, talentueux et indépendants. C’est Mary Pickford qui fonde en 1927 avec Louis B Mayer, l’académie des arts et des sciences cinématographiques qui attribuent encore les oscars aujourd’hui. De plus elle et son mari vont créer ce qu’on appelle le star-system (avec comme concurrents Clark gable et Carole Lombard). Pendant quinze ans, ils vont faire la pluie et le beau temps à Hollywood, créant une mécanique qui perdure aujourd’hui. Ils possèdent une maison (que Pia Zadora n’a rien trouvé de mieux que de raser…) « Pickfair ». J’aurais tué pour assister à un de leurs dîners : « Les dîners à Pickfair resteront légendaires. Charlie Chaplin, le meilleur ami de Fairbanks, y est souvent présent, mais aussi d’autres invités tels que George Bernard Shaw, Albert Einstein, Elinor Glyn, Helen Keller, H. G. Wells, Lord Mountbatten, Fritz Kreisler, Amelia Earhart, F. Scott Fitzgerald, Noel Coward, Max Reinhardt, Sir Arthur Conan Doyle, Austen Chamberlain, et Sir Harry Lauder. Pickford et Fairbanks sont les premiers acteurs à laisser leur empreinte dans le ciment du Grauman’s Chinese Theatre (l’actrice y laissa aussi l’empreinte de ses pieds) ». Source wikipedia

 

Je ne sais pas si on se rend compte de ce que représente Mary Pickford en matière de féminisme intelligent. C’était une femme incontestablement brillante. Un modèle dans le genre. Peu, et même encore aujourd’hui, peuvent se vanter d’avoir eu un destin pareil. Un destin qu’elle a dessiné à coups de travail, d’idées, de créativité et d’entêtement (c’est elle par exemple qui fera venir Ernst Lubitsh aux Etats-Unis). Elle aura même cette suprême élégance quand on souhaitera lui décerner un Oscar d’honneur, de refuser d’aller le chercher « « Les gens ont leurs illusions, dit-elle alors, et je tiens à ce qu’ils les gardent ».

 

 

Mary Pickford fait partie des femmes que j’ai admirées, que j’ai installées dans mon panthéon personnel, juste à côté de Colette, Coco Chanel, Louise Brooks ou Alexandra David-Neel et j’en oublie. De celles dont on se dit que si elles n’ont jamais rien lâché, il n’y a pas de raisons de le faire soi-même.

 

Mais ce que je préfère chez Mary, c’est sa citation : « Ce que l’on appelle échec n’est pas la chute, mais le fait de rester à terre. »

 

Merci. Chère Mary Pickford, tu me confirmes une intuition que j’ai toujours eue. Je n’ai jamais eu d’échecs. Parce que je ne suis jamais restée à terre…

 

 

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