Bienvenue en nomades’s land

* Mon premier est une cascade,

* Mon deuxième est un dépôt qui se forme dans les liquides fermentés,

* Mon troisième est une interjection,

* Mon quatrième est une céréale des régions chaudes,

* Mon cinquième se boit,

* Mon tout est une dépendance mutuelle entre les hommes.*

Qui suis-je ?

 

Je cumule trois tares. La première, je suis gauchiste, ce qui sous-entend que je suis une bobo naïve, dévorée par le bon sentiment et l’angélisme. La seconde, je suis croyante, ce qui sous-entend que je suis complètement demeurée, irrationnelle et lâche. La troisième, je suis plutôt catholique (par environnement) ce qui sous-entend que je cautionne tout ce qui sort du Vatican et que ma foi prend le pas sur tout le reste. Tissu d’inepties subies ou sous-entendues, les gens découpent ce que je suis en tranches, prennent celle qui leur plaît le plus ou a contrario choisissent celle qu’ils abhorrent, charade à couplet unique, je suis, je suis, je suis ?

 

Je suis en colère quand j’ai appris les réactions obséquieuses des membres du gouvernement ou de l’UMP face aux propos du Pape. Je cite: « Les textes liturgiques de ce jour nous redisent que tous les hommes sont appelés au salut. C’est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines. » Par ces mots, prononcés en français ce dimanche, le pape Benoît XVI a envoyé un message à Nicolas Sarkozy, par ailleurs son subordonné dans l’Eglise ». Nicolas Sarkozy en acceptant la charge présidentielle, récolte de charges ecclésiastiques automatiquement. Il est Président. Il est chef des armées. Il est garant de la constitution. Il est co-prince d’Andorre. Et il est premier et unique chanoine d’honneur (voir ici)… (info trouvée ici grâce à un lecteur de Rue 89)

 

Je suis très attachée à la séparation des pouvoirs temporel et spirituel. Une des conditions sine qua non d’une société saine. J’ai envie de dire, chacun son fonds de commerce, l’un les hommes, l’autre les âmes. Je ne conçois même pas que le mélange des genres ait pu continuer ainsi. Le Président de la République n’est aucunement l’héritier des rois de France, pour cela il faudrait que ça soit le même système qui perdure et j’avais, bizarrement, cru que ça n’était pas le cas. Je viens de me rendre compte que la France reste la fille aînée de l’Eglise. Le Président de la République LAÏQUE ne saurait accepter une charge catholique car qui nous parle : le laïque ou le chanoine ? Je suis, je suis, je suis ? La gauchiste fondue de démocratie que je suis ne tolère pas les amalgames. La catholique non plus. L’histoire nous prouve que c’est un bouillon de conflit et mon mantra est « Aimez-vous les uns les autres ».

 

Le Pape s’est juste permis de jouer son premier rôle, celui qu’il devrait remplir à longueur d’année au lieu de s’égarer dans celui du juge impitoyable. Je suis l’interdiction ? Je suis la condamnation ? Je suis la compassion. Je suis le rassemblement. C’est ainsi que je me sens vraiment catholique. L’homme est mon frère quel qu’il soit, je le juge pour ce qu’il fait, non pas pour ce qu’il est, et si l’heure est au pointage du doigt des Roms, je ne peux tolérer cela. Ils sont gitans, manouches, sintis, tsiganes, ils sont errants, ils sont catholiques, ils sont français, ils sont de gauche ou de droite. Ils sont, charade à multiples couplets que l’on abat à bout portant, dévorant tout le reste sur son passage pour ne laisser en lettres capitales que roms, vous êtes des roms, juste des roms. Qui suis-je ?

 

Le tollé qu’a suscité cette nationalité française à deux vitesses, et précisément les propos sur les roms a presque laissé le gouvernement indifférent. Pour le réveiller de son apathie, il aura fallu que le Pape secoue ses ouailles. Épatant, M. Hortefeux est épatant depuis ces dernières semaines. Si j’ai bien tout suivi, l’opinion de la gauchiste est balayée du revers de la main car je suis une bien-pensante, je ne me rends compte de rien, la réalité rom, je l’ignore. Mais la catholique que je suis serait éventuellement reçue car ma voix fut entendue. Est-ce à dire que le gouvernement n’écoute plus l’opposition mais le Vatican ? La France s’est fait taper sur les doigts par Maman ? Qui est-elle cette France ? Suis-je la patrie des droits de l’homme ? La fille aînée de l’Eglise ? Une République laïque ? Faut-il à nouveau un débat sur l’identité nationale pour identifier les couplets de la charade française ?

 

Ce qui est curieux, c’est que le gouvernement a vraisemblablement peur de se couper d’une partie de son électorat. L’électorat chrétien. Pas de panique, ce sont les mêmes qui sont pour les expulsions des Roms (ou catholiques errants selon notre aptitude à assumer, n’est-ce pas ?). Les mêmes qui se rendent le dimanche à l’Eglise écouter le sermon du prêtre à propos de la charité et se lâchent dans les forums en crachant leur haine de l’étranger. Catholiques dans une Eglise, à droite toute dans leur baraque. Voir ici

 

Le pape rappelle en français ce qui devrait être le socle de ses croyants, coup de tonnerre au milieu d’un bourbier de propos insidieux, rappel à l’ordre que l’on fait semblant d’écouter. Au moins, le gouvernement aura eu cette hypocrisie qu’il n’a pas accordée lors de la convocation du CERD (Le comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU). Se réfugiant derrière un « Ce n’est pas un algérien ou un chinois qui va me faire la leçon » assez pathétique, le gouvernement a quand même reçu une liste de 18 recommandations du CERD (voir ici)

 

Comble d’ironie, joli baiser de Judas, juste avant, il annonçait un plan national de lutte contre le racisme. Je suis, je suis, je suis la contradiction ? Étonnant choix. Christine Boutin se réveille et menace de quitter l’union pour la majorité. L’Umpiste s’en foutait, la catholique se révolte. Je vous salue Seigneur.

 

Le seul qui n’a qu’une croyance, c’est Alain Minc. À droite. Point. Une cohérence qui forcerait presque le respect, mais sa sortie sur une radio l’a ramené dans une charade d’après-guerre :

 

«Ecoutez, si vous me permettez de faire un petit hold-up d’antenne, puisque vous êtes le premier micro qui passe à ma portée depuis la déclaration du pape de dimanche dernier… J’ai envie d’exploser un peu. Ce pape allemand ? Parler comme il a parlé, en français ? Son insensibilité, qu’on a mesurée quand il a réinstallé un évêque révisionniste, son insensibilité à l’histoire dont il est comme tous les allemands un héritier, non pas un coupable, mais un héritier, et qui emploie des mots comme il les a employés, même si en langage vaticanesque c’était un peu fort, le fait de parler en français. On peut discuter ce que l’on veut sur l’affaire des Roms, mais pas un pape allemand. Jean-Paul II peut-être, pas lui. Et j’aurais bien aimé quand même entendre ce que je viens de dire depuis deux jours. Quand je vois les exégètes de la presse de gauche -pas milliardaire- lever leur chapeau en approbation aux propos du pape le plus réactionnaire qu’on ait connu, quand ça les arrange, ça me trouble un peu. Voilà. Alors pas lui, et le lui vise le pape, pas ça, pas comme ça. Un autre, oui. Mais pas lui ».


En résumant, le catholique a le droit de parler mais l’Allemand a le droit de se taire. Curieux car la gauchiste et la catholique en moi pensent la même chose : on ne juge pas un être humain sur des aspects qu’il n’a pas choisis : couleur de peau, origine, environnement culturel, physique. La gauchiste et la catholique pensent que la solution est la solidarité. Et que ce gouvernement et ses conseillers n’ont qu’une religion… L’ivresse de ceux qui croient être tout-puissants.

 

Dieu n’est pas de ce monde que l’on y croit ou pas, il serait temps qu’ils s’en souviennent.

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