L’abstentionniste, ce soumis, ce nouveau riche

Voting in Brisbane, 1937

« Si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupera de toi ». Cette phrase croisée au coin d’une vidéo me trotte dans la tête. Elle est tellement vraie. Je ne comprends décidément pas qu’on n’utilise pas son droit de vote.

 

Nous sommes quasi à un an de la présidentielle, et les enjeux sont les mêmes concernant les abstentionnistes. Beaucoup d’entre eux, déçus de la classe politique, ont baissé ou baissent déjà les bras : « tous les mêmes », « ça ne sert à rien ». Je trouve ça aberrant. N’est-il pas absurde que ceux qui reprochent une absence de changement soient les mêmes qui fassent preuve d’un cynisme absolu, ce compagnon de route d’un certain type d’immobilisme ? Pourtant, à mon sens, les élections 2012 sont majeures, car elles entérineront ou pas un certain type de politique.

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu.

 

Pour rappel (chiffres arrondis et cessons d’utiliser les pourcentages, cela devient trop abstrait), pour rappel donc, nous étions 44 millions d’inscrits pour l’élection présidentielle de 2007. Au premier tour, seuls 37 millions se sont déplacés (soit 7 millions en moins), dont environ 500 000 qui ne se sont pas exprimés d’une manière ou d’une autre (bulletin rayé ou blanc). Au second tour, ce sont 37 millions qui se présentent aux urnes à nouveau, dont 36 qui vont réellement s’exprimer (- 1 million). La différence entre Sarkozy et Royal est de 2 millions environ. Les 7 millions qui sont restés chez eux et le million qui s’est planté ou a voté sciemment blanc auraient pu faire basculer l’élection. (1)

 

Ces quelques millions, c’est qui ? « L’abstentionnisme systématique peut être divisé en deux faces : l’abstentionnisme de l’indifférence, de la méfiance, et l’abstentionnisme contestataire. Autrement dit, l’abstentionnisme « passif » et l’abstentionnisme « actif », à un niveau d’idées politiques, ou pour adopter encore une fois d’autres termes, on peut parler d’abstentionnistes « par incompétence » et « par conviction », selon la distinction mise en relief par Dominique Reynie. On pourra par la suite associer cette distinction principale avec des distinctions d’ordre social, le premier abstentionnisme pouvant être mis en relation avec une classe sociale basse, d’exclus, de marginaux, contrairement au second qui est celui d’une classe sociale plutôt élevée, de privilégiés, d’intellectuels, etc ». (2)

 

Pourquoi voter ? Je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, refuser de se prononcer, pour moi, équivaut à une démission de son droit d’expression politique. Trop facile. On ne peut laisser les autres décider pour soi et après, se révolter contre ce choix. Personne n’imagine laisser les clés de sa vie à de parfaits inconnus, c’est pourtant ce que les abstentionnistes font : « Je te donne les clés de ma maison, de ma voiture, de mon coffre-fort, fais-toi plaisir ! ».

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu.

 

Le brouillage entre le programme de gauche et le programme de droite, autrement dit « tous les mêmes », amène certaines personnes à faire ce non-choix. En discutant avec une amie à qui j’expliquais qu’il était inconcevable pour moi de ne pas aller voter même si aucun des candidats ne m’a convaincue, celle-ci m’expliquait « En somme, ça revient à préférer être mal accompagné que seul ». Sur le moment, je n’ai su que lui opposer. Mais la réponse s’est imposé d’elle-même, s’abstenir revient à nier un état de fait : en l’occurrence qu’on ne sera jamais seul, notre système ne peut fonctionner sans gouvernement donc c’est sans espoir, nous serons accompagnés et il s’agit parfois d’être effectivement mal accompagné. Un choix par dépit. Les abstentionnistes, eux préfèrent se voir imposer un compagnon ou une compagne pendant des années dans leur cuisine. Voilà, soudain, quelqu’un débarque chez vous et s’il, elle fait du bruit et casse la vaisselle, alors, tant pis pour vous. Vous ne pourrez pas vous en déresponsabiliser.

 

Souvent, j’entends : « tant que l’on ne tiendra pas compte du vote blanc, je ne me déplacerais pas ». Parfois j’ai envie de répondre vertement, ceci est vraiment un problème de « riches ». Pas « riche » en termes de revenu, riche comme quelqu’un qui peut se payer ce luxe intellectuel car la démocratie lui est garantie. Une démarche qui se rapproche de ces personnes qui pensent que grâce à un bout de papier de type mariage, leur conjoint leur est assuré à vie et n’y font plus trop attention. Non, la démocratie n’est pas garantie, pour qu’elle fonctionne, il faut jouer le jeu, il faut vous aussi soutenir son fonctionnement. « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». Tels sont les mots inscrits sur la carte électorale française, que tout citoyen pourrait ou devrait avoir en sa possession. » (2)

 

Ce droit, ce devoir est primordial. Que l’on soit de droite ou de gauche, la France entière s’accorde pour râler. Rien ne va. Côté pile : le « Mitterrandisme » (qui n’existe pas, mais soyons caricaturaux) a laissé la France exsangue. Côté face, cela fait quinze ans que nous subissons une politique capitaliste des plus violentes, surtout depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy.

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu.

 

2012, un symbole fort. Si l’UMP passe, c’est un passeport pour continuer à amener la France vers les rivages d’un capitalisme décomplexé. Si la gauche gagne (quelle qu’elle soit, PS, écologie, union), c’est tenter de donner un coup de frein et de revenir à plus de solidarité. Évoquons brièvement la possibilité du FN, je ne parlerais même pas d’immigration, mais d’économie, les conséquences sont déjà écrites : nous sortons de l’euro, avec tous les contrecoups catastrophiques que cela suppose (voir ici http://www.slate.fr/story/32565/marine-le-pen-scenario-fin-euro).

 

Je ne fais aucun mystère de mes sympathies gauchistes. Mais, l’objet de ce billet n’est pas la propagande. Il s’agit juste d’un appel, à mon tout petit niveau, pour que les Français décident vraiment de ce qu’ils veulent. Nous sommes à la croisée des chemins.

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu en 2012.

 

L’abstentionnisme n’est pas une solution, ce n’est pas un choix. C’est une démission, pire c’est l’attente d’un hypothétique messie. Un jour, mon prince viendra. Cette position qui se prétend réaliste, est précisément tout le contraire. Les abstentionnistes et ceux qui votent blanc sont des croyants d’un genre nouveau, des mystiques qui s’ignorent. : « somewhere over the rainbow », il (elle) apparaîtra et me donnera envie de voter à nouveau. La politique, c’est ici et maintenant. Les conséquences sont ici et maintenant. Redescendez sur Terre, aucun messie n’arrivera. « Si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupera de toi ». Elle pèse sur nous chaque jour que Dieu fait (!!). De droite, de centre ou de gauche, vous devez choisir. Vous prenez des décisions chaque jour que Dieu fait (!!), je crois que vous devez aussi prendre votre destin politique en main.

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu.

 

2012. Pensez-y. Lisez les programmes. Ecoutez-les. Comparez. Posez un choix sur votre vision de la France de demain. D’aujourd’hui. Quelque part, c’est votre façon de vous positionner par rapport au monde. Quelque part, ce qui se joue est fondamental : quel sens donnez-vous à votre vie ? La liberté de choisir accompagne la modernité. Le droit de désigner un humain pour nous représenter est toujours aussi révolutionnaire. Le droit de se tromper aussi. Oui, déposer un bulletin de vote noirci par le nom d’un parti dans une urne est un acte d’un modernisme absolu. Ne pas voter, voter blanc, c’est, à mon sens, une conception moyenâgeuse d’envisager son destin. Une attitude de serfs. Les abstentionnistes, ces nouveaux soumis, ces nouveaux riches de la République, qui s’offrent ce luxe sur le dos de la démocratie.

 

15-15, la balle au centre, remise en jeu en 2012.

 

(1) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/election-presidentielle-2007/resultats-scrutin.shtml

(2) http://memscpobdx.pagesperso-orange.fr/memoires/QPS/abstentionnisme%E9lectoral.html

Ce texte s’inscrit dans la rubrique € I am a Citizen €

2 commentaires sur “L’abstentionniste, ce soumis, ce nouveau riche

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