Parfois, souvent, once a week

 

Auteur inconnu

 

 

L’inconnu fait toujours peur. Le net fait peur. On soupçonne le web de superficialité, d’inconsistance. C’est pourtant le même monde. On y croise des créatures effrayantes, des grands sages, des gnomes, des héros et des femmes formidables.

 

Je l’ai rencontrée au détour d’un blog. J’aimais son humour pince sans rires, sa subtilité et sa chaleur humaine. Un billet sur Barth, elle aime. « Tu viens au concert avec moi ? ». C’était spontané, c’était humain.

 

Elle était en retard, mon Italienne. Nous avons assisté au concert. Nous nous sommes souvent souri. Elle hochait la tête en rythme. Elle hoche toujours la tête quand elle aime la musique. Je poussais mes cris habituels, j’aime applaudir la première avec la sensation d’emmener une salle avec moi. Ça l’amusait. Ça l’amuse.

 

Nous avons dîné ensemble et nous sommes rentrés dans l’intimité immédiatement. Elle s’est racontée, je l’ai écoutée. Je me suis racontée. Je lui ai dit « Tu es une femme… » Je ne sais plus après. Elle me dira après qu’elle avait été très déstabilisée par le mot. C’était pourtant une femme.

 

C’est pourtant une femme.

 

Elle est venue avec moi voir l’expo de Sophie Calle « Prenez soin de vous » quand j’étais en plein marasme d’amour. Elle a acheté l’impressionnant bouquin d’expo et me l’a laissé quand je lui ai expliqué mon projet. Je l’ai toujours. Je lui ai proposé de lui rendre plusieurs fois mais elle n’est pas pressée, comme un symbole, quelque chose qui nous unit déposé à la maison. Elle m’a vu reprendre le flambeau et disséquer semaine après semaine mes sentiments jusqu’à ce que la paix revienne en moi sans jamais me juger ; la bienveillance posée sur moi.

 

Elle est venue chez moi. Parfois. Souvent. Once a week.

 

Le temps qui se suspend quand je lui demande de devenir la marraine de mon fils. Je lui fais promettre que même si un jour l’on doit se fâcher, elle sera toujours là pour lui. Elle a promis. Elle promet. Je sais qu’elle tiendra sa promesse parce que je sais ce qu’elle vaut en mode conflit.

 

Nous avons deux mondes : Le monde réel, Virginie et Nathalie. Le monde virtuel, Baci et Catnatt. Et si la vie a été douce ou presque, en réalité, la vie a été violente en parallèle et elle reste toujours digne. C’est un adversaire loyal. Au final, c’est bel et bien une amitié particulière, justement à cause de nos deux vies. Nous abordons des sujets que sûrement dans un cadre normal, on laisserait sur le côté.

 

De billets en billets, de blog en blog, de clash en coup de foudre qui ne dure pas, elle a été là, pas toujours d’accord.

 

Nous avons déjeuné ensemble. Parfois. Souvent. Once a week.

 

Elle est rationnelle, émotionnelle, masquant ses sentiments. Elle est comme moi, perdue parfois en soirée, ne sachant plus où est sa place. Elle, tellement adulte, dans sa façon d’apprécier une situation, a parfois, très naturellement, des attitudes physiques d’enfant. Je la pousse dans ses retranchements et elle me fait sortir des miens.

 

Elle a passé une soirée avec moi. Parfois. Souvent. Once a week.

 

Le hasard a fait qu’elle vit dans la même rue que moi à présent. Il n’y a pas de hasard. C’est une compagne de vie merveilleuse, et nos moments ensemble sont toujours apaisants. Nous sommes assises sur le canapé, chacune avec son ordi. nous discutons ou pas. Nous trouvons le moyen de nous lancer des tweets, assises à 1m l’une de l’autre et ça nous fait rire.

 

Je ne l’aurais jamais rencontré sans le web. C’est évident. Non, le net, ce ne sont pas que des amitiés superficielles, du m’as-tu-vu, ou des sentiments vides de sens. C’est un formidable outil pour rencontrer des gens naturellement par affinités. Il faut, par contre, passer très vite du virtuel au réel pour ne pas projeter dans le vide.

 

Je lui ai demandé quelque chose de très important si je devais mourir. Il n’y a qu’à elle que je pouvais demander ça, c’était évident que c’était elle. Elle a accepté naturellement parce que c’est elle et que c’est moi. Et je finis par me demander si mon chemin dans le web 2.0 n’était pas, en partie, aussi pour me conduire à elle.

 

À l’endroit du monde, où tout est instantané, volatile, j’ai un passé, un présent et un futur avec elle. Même si je ne suis plus là, un jour.

 

C’est mon amie, mon amie de l’âge adulte. Le choix de deux femmes opposées sur beaucoup de sujets mais qui se rejoignent sur l’essentiel : inconditionnalité, intimité, partage.

 

Oui. Essentiel.

 

MAJ du 21 mars 2013. Aujourd’hui, ça fait cinq ans, cinq ans d’amitié indéfectible. Baci a publié chez elle.

 

Et elle a mis cette chanson. Elle sait pertinemment à quel point cette chanson est importante pour moi et je suis contente qu’elle le soit devenue pour elle aussi. Reste à déterminer qui de nous deux est Jason Schwartzman  ou Mark Wahlberg 😉

 

 


Crédit photo Flickr

7 commentaires sur “Parfois, souvent, once a week

  1. Ah, comme j’aime ce billet ! Vous avez raison de « dédiaboliser » les rencontres qu’on peut faire via le web. Si elles restent un temps virtuelles, parce que la dimension de chair n’y est pas encore, il n’est pas rare que la mise en présence physique ne démente pas les élans virtuels. Je me suis souvent fait la réflexion qu’un blog agit bien plus efficacement que n’importe quel filtre et que la sélection s’y fait naturellement, au fil du temps, sans urgence, et que les affinités se trouvent et se prouvent. Longue vie.

  2. C’est gentil! D’autant que tu « vois » qui c’est Baci 🙂

    Je crois pas qu’un blog agit plus efficacement, mais c’est un lieu comme un autre, c’est certain

  3. Pffiou faut pas faire des déclarations d’amour comme ça alors que je suis une éponge à hormones!
    C’est beau en tout cas, vous faites un beau « couple » au sens premier du terme.

  4. dans ce texte que j’ai déjà lu plusieurs fois, je crois que la phrase qui me tue chaque fois c’est « même si je ne suis plus là »
    parce que ce n’est pas imaginable, pas conceptualisable, quelle que soit la raison, que tu ne sois plus dans ma vie tout le temps.

    merci. encore.

  5. Je vous kiffe toutes les deux pour des raisons différentes, et vous êtes différentes, ce qui vous réunis, je crois, c’est la sincérité, l’honnêteté, l’apanage des gens biens.
    Bravo Catnatt pour ton texte touchant. J’espère un jour avoir un(e) tel(le) ami(e).

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