Quand les féministes se trompent de combat. #DSK

Gen. Jones' "FORWARD"--suffragettes

J’ai refusé de signer la pétition de « Osons le féminisme » et ce pour plusieurs raisons.

 

Sur le texte, en lui-même, j’étais d’accord, les propos qui ont été tenus cette semaine, dans un contexte d’hystérie quasi générale, révèlent une certaine misogynie.

 

Mais j’ai quand même refusé.

A cause du titre : « Quand les élites se lâchent, les femmes trinquent ». Les femmes ont subi cette semaine des propos d’un machisme confondant. Caricatural. Le titre de cette pétition est du même niveau. C’est caricatural. Tout le monde est dans le même panier. J’ai refusé de la signer pour une seconde raison. Cette pétition ne fait, à aucun moment, allusion au fait qu’il est important de porter plainte. Elle envoie encore et encore le même signal : « nous, les femmes nous avons raison d’avoir peur, regardez ce que les hommes disent. » . Il n’y a pas le début d ‘un commencement de pédagogie.

 

Ce n’est pas le fait que quatre crétins aient sorti des âneries qui est important. On s’en fout, c’est de la connerie jetée au vent. Ce qui compte, c’est que la voix des femmes qui ont été violées ou agressées n’est pas entendue. Et elle n’est pas entendue, parce qu’elles ne parlent pas. Croyez-moi que si nous étions dans la réalité en France, par l’existence de plaintes quasi-systématiques, il n’y aurait quasi plus de dérapages sans déclencher l’opprobre.

 

Je ne sais pas les phrases malheureuses que l’entourage peut sortir après un viol. Je ne sais pas la maladresse des policiers. Je ne sais pas leurs éventuels préjugés machistes. Je ne sais pas ce que c’est de répéter 4 fois le même témoignage pour que, enfin, on vous prenne en considération. Je ne sais pas ce que c’est que de se faire traiter de mythomane. Je ne sais pas ce que c’est d’être rejetée alors qu’on est victime. Je ne sais pas la honte, l’humiliation que cela engendre d’être examinée médicalement, psychologiquement. Je ne sais pas la terreur qui peut s’emparer de vous quand vous êtes face à votre violeur ou votre agresseur lors d’un procès. Je ne sais rien de tout cela. La seule chose que je sais, c’est que seule la plainte a un impact ; la douleur, la souffrance percute enfin la société.

 

Une femme de chambre a eu le courage de porter plainte. En France, à l’heure actuelle, alors que tout le monde se répand en anecdotes, et des « J’ai lu », « J’ai vu », « J’ai entendu », il n’y a aucune plainte. Il y a quelque chose qui s’appelle un commissariat de police et sans qu’il y ait plainte, il y a un autre truc qui s’appelle « la main courante ». Ce n’est pas comme si la loi n’était pas du côté des femmes en France, c’est qu’elle n’est pas utilisée.

 

Pourquoi n’est-elle pas utilisée ? Parce que les femmes ont peur. J’entends. Peur de ne pas être crue, peur de ne pas être entendue, peur de subir des représailles. Sauf, que moi on peut m’expliquer jusqu’à demain que le comportement des hommes doit changer de lui-même, je reste convaincue que ça n’est pas possible, sans que la loi s’en mêle.

 

Ca n’avancera que si les femmes cessent d’avoir peur. Tristane Banon ne portera pas plainte parce qu’elle A PEUR d’être instrumentalisée par la justice américaine soi-disant. On ne s’en sort pas.

 

Même les féministes y vont de leur discours communément admis sur le sujet. Qui dit peur, dit victime potentielle. C’est mathématique. Tenir ces propos est anti-constructif au possible. Tant que ce sera l’argument principal, la conséquence sera immédiate : il y a frayeur, donc il y a moyen d’obtenir ce que l’on veut par la violence, qu’elle soit de l’ordre du harcèlement ou du viol, voire du meurtre, et certains hommes continueront d’agir en tout impunité. Quelque part, aussi dérangeant que cela puisse paraître, il y a une forme de cautionnement par un discours qui se saborde lui-même vis à vis de ce qu’il cherche à combattre.

 

Il y aurait 75 000 viols par an en France d’après la pétition qui circule en ce moment. Seuls 8000 sont officiels. Imaginez une France où les policiers auraient à traiter 75 000 plaintes pour viols. Ne croyez-vous pas que les choses bougeraient vraiment cette fois-ci ? A chaque fois que j’ai eu vent autour de moi de ce genre d’affaires, ma réponse a été la même. On porte plainte. C’est difficile d’en parler, je le comprends, mais c’est le seul moyen. La loi est là pour faire avancer les choses. Parce que même si cela n’aboutit pas, le chiffre est rentré dans les statistiques. Cela créera débat fatalement.

 

Il va falloir que les femmes se responsabilisent elles-mêmes, envisagent le problème de manière globale, et agissent en fonction d’une seule chose : ça m’est arrivé, je dois le faire exister pour qu’aucune autre femme n’en soit victime. En ne bougeant pas, nous contribuons à maintenir un climat propice à ces actes, nous nous maintenons dans un genre d’infantilisation. Nous sommes en France. Pas dans un pays où la police serait corrompue au dernier degré. Nous sommes à l’ère d’internet. Nous sommes dans un pays où vous pouvez vous présenter dans un commissariat et vous faire prendre en charge par l’institut médico-légal. Nous ne sommes pas des femmes vivants dans une contrée où il n’y a aucun recours. Faut se réveiller là !

 

Vous savez ce que j’aurais préféré moi comme appel ? Au lieu de faire du sensationnel avec des titres provocateurs dans des médias, ce qui ne fera rien avancer, puisque c’est précisément ces sphères-là avec les politiques qui sont mises aussi sur le ban des accusés accessoirement ; J’aurais largement préféré que nous demandions cette semaine à toutes les femmes qui ont été violées, ou ont subi des violences sexuelles (en tenant compte, hélas du délai de prescription) de se présenter dans un commissariat de police. 75 000 par an ? Imaginez les milliers de femmes débarquer pour porter plainte ? Toutes ensemble. Solidaires. Des visages, des histoires, des victimes de violence incarnées ?

 

Je suis convaincue que cette démarche aurait eu bien plus d’impact. Parce que, in fine, au même titre que par absence de photos, de vidéos, de propos, Ophelia reste malheureusement un concept, avec cette pétition, toutes ces femmes violentées vont aussi rester un concept. Une idée.

 

Une idée à laquelle on pense beaucoup cette semaine, mais qui d’ici un mois, sera mise en arrière-plan. Le 8 mars dernier, beaucoup de ceux et celles que je vois s’énerver après le machisme aujourd’hui, ont expliqué que la journée des droits de la femme les ennuyait. Rue 89 en avait même fait via twitter un argument de visite sur leur site. « Nous n’avons pas traité ce sujet, venez ! ». S’il existe une journée des droits de la femme, c’est que ceux-ci ne sont toujours pas respectés et je vais faire bondir tout le monde, mais y compris par les femmes, car elles ne les utilisent pas !! Du moins rarement.

 

Je comprends les difficultés psychologiques, je comprends le traumatisme, je comprends tout ce que l’on veut mais je n’arriverais jamais à me faire à l’idée que la large majorité, 90%, reste cachée, morte de trouille. Je trouve ça révoltant. J’aimerais que les femmes se révoltent !

La loi a été un premier garde-fou et a contribué à faire peur aux hommes violents. La plainte sera un autre moyen et il ne faut pas hésiter à s’en servir. Faire bouger les lignes. La peur est le principal ennemi de la femme en définitive.

 

Mais comme me le faisait très justement remarquer M. Wyler, une copine : « j’entends bien tes critiques sur les femmes et leur silence, mais l’interrogation au delà est l’absence de moyens des politiques publiques et des associations à qui elles sont déléguées. Les directives d’accueil en milieu hospitalier et par les forces de police existent mais leur application est aléatoire, le plan de lutte contre les violences débuté en 2005 c’est achevé en 2010, pas de trace sur le site du ministère d’un renouvellement. ou d’une évaluation de ce plan. Le rôle de la société civile en cette année de campagne serait d’interpeller les candidats et de leur demander ce qu’ils comptent mettre en place comme politique publique et avec quels moyens. Quand les femmes victimes de violences se sentiront en sécurité elles parleront. Ce n’est pas le cas. »(Voir ici)

 

Deux évènements se pulvérisent l’un contre l’autre. La seule qui aurait pu éventuellement porter plainte, Tristane Banon ne le fait pas, et les féministes se rassemblent au nom de la peur et du machisme. C’est ceci qui est devenu important, pas le fait d’inciter à porter plainte ou interpeller le gouvernement sur les chiffres de la violence faite aux femmes. Je suis sidérée qu’elles ne se rendent même pas compte de ça.

 

Avec cette pétition, elles se sont trompées de combat. Le machisme s’arrêtera quand les femmes n’auront plus peur et auront les moyens de ne plus avoir peur.

 

(J’ai enfilé mon gilet pare-balles, allez-y 😉 )


MAJ de 10:53 On m’a fait justement remarquer que j’avais mis moi aussi toutes les féministes dans le même panier. C’est vrai. Je n’ai pas rectifié le texte dans un souci d’honnêteté mais Celina a raison.

 

MAJ de 13h34 Je réfléchis. Je réflechis surtout aux commentaires de Arbobo. J’aurais peut-être du signer cette pétition. Je peux toujours le faire, remarquez. Mais il y a tout de même quelque chose qui me dérange profondément. En fait Arbobo a raison, je la trouve insuffisante. Je n’ai rien contre, et surtout pas contre son contenu, juste que ça ne va pas assez loin. Après deux écoles  s’affrontent en fait, et non l’une  ne doit pas se plier à l’autre, elles sont complémentaires. Il y a ceux qui pensent qu’attaquer les propos machistes des gens médiatisés peut libérer la parole des femmes et si, de telles phrases ne sont plus prononcées, les femmes auraient moins peur. Et il y en d’autres, comme moi, qui pensent qu’il faut affronter, en dépit de réactions machistes. Aller au carton, en fait. Si les deux pouvaient arriver en même temps.

Je reconnais que j’ai peut-être été trop rentre-dedans.

 

MAJ du 25/05/11  13h38 Menilmuche m’a fait part de cet article dans le Parisien concernant Tristane Banon. http://you.leparisien.fr/actu/2011/05/24/pourquoi-tristane-banon-ne-portera-jamais-plainte-contre-dsk-8547.html

 

82 commentaires sur “Quand les féministes se trompent de combat. #DSK

  1. Bonjour,
    Bravo pour ce bel article que je trouve extrèmement pertinent. Bravo parce qu’il se situe hors de la guerre des sexes. Bravo parce qu’il est avant tout pro victime. Pour les femmes. Je suis un homme, je reconnais ce climat mysogine. je voudrais dire aussi que les choses évoluent, sans doute trop lentement mais les nouvelles générations changent leurs regards sur les femmes. La majorité des hommes respectent les femmes, j’en suis persuadé. Il faut briser certains carcans mais bon nombre d’hommes y sont prêts. Il existe des lois, il faut les faire prévaloir. Ensemble. Ne tombons pas je vous en prie dans une systemisation, et une victimisation qui me semble desservir la cause des femmes. Bonne journée

  2. Je suis tout à fait d’accord avec toi.
    Ce n’est pas les imprécations morales qui changeront les choses.
    C’est bien en agissant qu’on peut transformer la réalité.
    Porter plainte est une des façons d’agir.
    Transformer l’éducation des filles et des garçons en sera une autre, alors qu’on assiste dans ce domaine à un recul épouvantable.
    Faire reculer le machisme ne peut pas se faire sans lutter contre le sexisme.
    Et pas par la morale… Par la politique !

  3. Ouep. D’anccord ET pas d’accord. Il faut les deux. Pour la majorité elles ne sont PAS des victimes. La première étape pour que la plainte soit un automatisme est de se reconnaître comme victime et que la société le reconnaisse. Si cette femme de ménage a osé porter plainte c’est justement parce que les féministes sont plus puissantes la bas, plus prises au sérieux et pas traitées de mal baisées victimisantes. Justement 🙂
    De plus, ce ne sont pas LES féministes, ce serait réducteur et malhonnête. C’est UN groupe féministe parmi d’autres, tous ne sont pas d’accord sur tout! C’est tellement habituel et facile de toutes les mettre dans UN panier…

    Après : OUI faut porter plainte mais crois moi si c’était aussi simple « les féministes », comme tu dis, tiendraient un autre discours. Faut pas les prendre pour des débiles misandres non plus, facile aussi.

    J’attends donc le jour où comme tu dis on arrêtera TOUS, pas que les féministes, de faire passer le message qu’il faut avoir « peur » des hommes. Quand j’entends des potes dire de leur fille qu’ils flippent du jour où elle sera en âge d’avoir des petits copains… Mais dire de leur fils qu’il sera un charmeur, je me dis que les féministes ont encore du taff.

    1. Ouep. Je ne suis pas d’accord sur la fin mais bon, soit. J’entend souvent ma femme à son bout de chou de petit garçon : “les filles tu vas les faire tomber toi !“ Et croyez moi elle est particulièrement sensible à l’égalité homme femme. Ne confondons pas tout svp. On vit dans un monde sexué, moi je trouve ça très bien.
      On comprend bien la difficulté de porter plainte, mais c’est pourtant bien la seule chose à faire. Ce combat là il va bien falloir le mener pour changer les comportements
      Vous parlez des Etats Unis mais vous allez voir ce que cette femme, présumée victime, va prendre dans la figure les mois qui viennent…

  4. @Celina

    Je ne suis pas du tout étonnée de ta réaction, ça reste cohérent avec ton discours et nos différents qui concernent aussi la façon dont les femmes élevent leurs fils. Tu le sais, en ce qui me concerne, elles ont une part de responsabilité alors que tu refuses d’en entendre parler

    Ok pour la nuance sur les féministes

    Pour «  »Après : OUI faut porter plainte mais crois moi si c’était aussi simple « les féministes », comme tu dis, tiendraient un autre discours. Faut pas les prendre pour des débiles misandres non plus, facile aussi. »

    Je ne me serais pas permise…. ^^ Juste que là, cette pétition n’avait finalement aucun interet. En tout cas, c’est pas là que je mettrais la priorité. C’est mon avis.

    Quant à ton dernier paragraphe, j’en dirais autant des femmes hein..

  5. je crois que ton rapport au militantisme reprend le dessus,
    finalement au nom de ton féminisme tu flingues une initiative féministe à laquelle tu ne reconnais rien d’horrible, mais juste d’être dirigée au mauvais endroit à ton avis. « se tromper de combat », rien que ça? Parler du viol, rappeler qu’on a été violée comme l’a fait Clémentine Autain, affirmer que la parole de l’agressée doit d’abord être crue avant toute chose, je ne crois pas que ce soit se tromper de combat.
    A qui t’en prends-tu, j’ai du mal à le saisir. A celles qui ont lancé l’appel, c’est à dire notamment à des femmes violées et qui le disent? A celles qui n’ont pas porté plainte et qu’il faudrait culpabiliser comme si la honte n’était pas déjà un de leurs premiers fardeaux? Ne prends pas pour adversaire celles dont tu te veux solidaire.

    j’ai signé la pétition, comme j’ai participé à d’autres initiatives, ce qui me désolé et que je constate à CHAQUE initiative féministe, c’est le refrain « c’est pas ceci qu’il fallait faire, mais ça ». L’initiative a permis de tenir des discours intéressants sur les violences faites aux femmes, c’est toujours une bonne chose. Des initiatives féministes il y en a des tas, peu sont relayées, et personne ne les met jamais mentalement bout à bout pour se dire « ça fait système et ça couvre large ». Je sais bien pourquoi mais c’est dommage.

    Quant-à inciter à porter-plainte, ce serait effectivement incroyablement puissant 75000 (estimation basse) ou 150000 plaintes déposées en quelques jours. Ca n’a rien de simple pourtant, pour quantité de raisons. Tu n’imagines pas combien de femmes sont condamnées pour « dénonciation calomnieuse » après l’acquittement faute de preuve de celui qu’elles avaient accusé, c’est une épée de Damoclès terrible. Ton idée est révolutionnaire, et c’est peut-être par là qu’il faudra passer.
    Reste que le sexisme est un système, il est partout, nous imprègne malgré nous, et ce que vise la pétition de samedi dernier, c’est de faire une brèche dans la tolérance sociale, la banalisation.

    gilet pare-balles? mais c’est toi qui tires, il me semble 😉

    1. @ Arbobo
      Cette pétition dénonçait les propos machistes tenus cette semaine.
      En aucun cas je ne faisais allusion au témoignage de Autain ou autre

      Je te demanderais de faire attention et de ne pas déplacer le terrain. Je parle uniquement de cette pétition.

      ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord que je flingue cette initiative ! Acessoirement, les féministes ont des sensibilités différentes, et je ne vois pas au nom de quoi je devrais me taire ?!!

      Ce qui est fou, c’est que s’il y a une initiative d’ordre général et que des avis contradictoires font jour, c’est le jeu démocratique mais dès qu’il s’agit des femmes, on se tape sur la gueule entre nous !

      Je trouve ca abérant et pour ne rien te cacher, un brin sexiste finalement

    2. mais je fais attention, tu titres sur « les féministes » et tu me sors ensuite la diversité du féminisme, il faudrait savoir ^^

      oui j’ai élargi le propos, mais c’est justement le but de cette pétition, et si je mentionne Autain c’est pas uniquement à cause de sa tribune dans Libé, mais aussi parce qu’elle s’est exprimé dans le cadre de cette pétition et du rassemblement de dimanche.

      je crois que les initiatives se combinent, qu’elles n’ont pas à s’exclure l’une l’autre.
      d’ailleurs lis-moi bien, je dis que c’est compliqué de mettre en oeuvre ton idée, mais qu’elle est révolutionnaire et qu’elle aurait un impact énorme.

    3. J’applaudis des 2 mains (Matthieu ?) !
      Marre que des féministes soient vilipendé(e)s par d’autres (présumé(e)s) féministes !

    4. ha j’avais pas vu le « Marre que des féministes soient vilipendé(e)s par d’autres (présumé(e)s) féministes ! »

      He bien &Bigre, soyez ravi (e)
      Je ne suis plus féministe à partir d’aujourd’hui.

  6. Quelque chose me dérange dans votre article: que vous disiez que Tristane Banon n’a pas porté plainte parce qu’elle avait peur.
    Si je m’en tiens aux paroles officielles, elle n’a pas porté plainte parce que sa mère l’a dissuadée de le faire …
    Tout le reste dans cette affaire Tristane Banon n’est pour moi que rumeurs et hypothèses, et dieu sait s’il y en a et des contradictoires !
    Justement, comme vous le dites très bien ne devenons pas caricatural et je rajouterais: abstrait, confus.
    C’est dangereux, très dangereux.. de croire autre chose que ce qui a été objectivement prouvé.

  7. @Virginie

    Tristane Banon a renoncé à porter plainte ces derniers jours par peur d’être manipulée par la justice américaine. En tout cas ce sont des propos qu’on lui prête ds la presse. Je ne parlais pas de 2002 🙂

  8. @Arbobo
    Parce qu’en l’occurence, dans la presse, c’est le terme « les féministes » qui est employé.

    ceci étant, j’ai fait une maj en fin de texte 🙂

  9. @arbobo

    Oui par exemple. Une jeune femme avec qui je discutais hier soir suggérait que le manifeste des 343 salopes soit actualisé.

    Si les chiffres sont exacts, il y a au moins 343 000 femmes qui ont été violées en France. Il y a de quoi faire un manifeste, non ?

  10. Je ne parlerai pas de la pétition que je connais assez mal, mais de ta proposition sur le fait de porter plainte.

    Comme toi, je ne connais pas ce qu’on subit quand on est victime de viol et qu’on veut porter plainte. En tant qu’amie de plusieurs femmes ayant subi des viols, certaines ayant porté plainte, d’autres non, je suis partagée :

    _entre l’envie de leur dire de faire ce qui est le mieux pour elles, de se protéger, de se reconstruire, et selon elles et selon moi, je ne crois pas que ce soit systématiquement de porter plainte (mais je crois que nos avis divergent sur ce point).

    – et celle de les « pousser » à porter plainte pour que globalement les choses puissent changer.

    (J’arrive pas à conclure, je reste le cul entre deux chaises)

  11. @Zelda

    Je comprends; Ceci étant il faut regarder la réalité en face, pour que les lignes bougent, il faudrait envisager que ce n’est pas seulement soi qui a été violée. C’est potentiellement d’autres.

    C’est très délicat ce que je dis. Je comprends encore une fois, les réticences, l’envie de se protéger. Mais toi, c’est moi. Ce que je veux dire, c’est que chacune d’entre nous est potentiellement une victime, une femme violée. Il faut porter plainte pour les autres. Pour soi mais aussi pour toutes les autres qui vont être sur le chemin d’hommes violents.

    Une solidarité féminine.

  12. « et auront les moyens de ne plus avoir peur. »
    Bein voilà : t’as tout compris.
    Pourquoi demander aux femmes de faire tout le boulot ?

  13. gilles, les victimes de viol, et souvent celles d’agressions sexuelles, ressentent une immense honte,
    alors que ce serait aux auteurs des actes d’avoir honte.

    c’est le sens de ce slogan, qui je crois a été utilisé dans différents contextes, pas forcément dans un cadre féministe.

    / ton premier comm, au contraire parler de « système » c’est indispensable, parce que c’est un fonctionnement social et culturel qui est en jeu et pas un donné biologique, comme tu le rappelles la plupart des hommes n’ont jamais commis d’agression.
    mais je me suis expliqué plus longuement sur la question ici, mais là on s’éloigne franchement du sujet de l’article
    http://www.chiennesdegarde.com/article.php3?id_article=136

  14. Je suis surpris qu’on reproche systématiquement aux féministes de victimiser les femmes alors qu’on ne le fait quasiment jamais avec les antiracistes : serait ce lié à un préjugé sexiste ?

    1. Tout simplement parce que en cas de propos racistes, il me semble qu’une association peut éventuellement se substituer. Je ne suis pas sure que ca soit possible en cas de viol.

  15. @Bigre
    Parce que jusqu’à présent, s’en remettre au gouvernement (les gouvernements) et les hommes n’a pas éradiqué le problème. Du moins dans un très grande partie.

    On continue d’attendre ?

    1. il y a par exeple des marches de nuit, sur le modèle « women take back the nigh » (les femmes se réapproprient la nuit), non mixte car ça a plus de signification,
      des cours de self-défense féministe aussi, pas mal de trucs dont on n’entend pas forcément parler, peut-être aussi parce que ça ne concerne pas des millions de femmes non plus

      c’est mon refrain à moi mais je crois à la multiplication des actions et des approches.

    2. Non : on dénonce la parole machiste, libre renard dans un poulailler libre et on ne demande pas aux femmes de « se prendre en mains » comme si elles ne pensaient qu’à geindre.

  16. @arbobo
    Concernant cette marche de nuit, je n’ai pas compris qu’elle soit fermée aux hommes. C’est là que je diverge avec beaucoup de courants féministes.

    Rien ne se fera sans les hommes. Je me demande d’ailleurs si je suis encore féministe car plus ça va, plus je me sens surtout humaniste…

    1. Je ne vois pas comment on peut être humaniste sans être féministe c’est à dire demander la même liberté de vivre pour la moitié de l’humanité que pour l’autre.

    2. ça va pourtant dans ton sens cattnat,
      le but de ces marches c’est pas seulement envers les autres, c’est aussi par rapport à soi-même, combattre la crainte de sortir le soir,
      et se dire aussi que pour se défendre on peut compter sur soi, on peut compter sur d’autres femmes, qu’il n’y a pas qu’en étant accompagnée d’un homme qu’on est (ou se sent) en sécurité

      Je trouve ça assez en phase avec ce que tu disais plus haut.

      la non-mixité n’est pas nécessairement dirigée « contre » les hommes, je t’assure, c’est parfois le cas mais de mon expérience de 15 ans de militantisme c’est minoritaire.
      des marches de ce type sont très compatibles avec le fait que des hommes participent à des actions contre les violences et pour l’égalité.

      toutes les actions n’ont pas le même but ni la même signification, et ne s’excluent pas l’une l’autre

    3. Oui mais moi, ce qui m’intéresse c’est pas de marcher !! C’est que la loi soit utilisée.
      Je crois essentiel de marteler ce message. Parce qu’on peut marcher tant qu’on veut, si en définitive, il n’y a pas une vraie prise de conscience en terme juridique, c’est une goutte d’eau dans l’ocean.

      J’aimerais que les commissariats de police soient envahis. Que ces milliers de femmes que l’on a violées, violentées, agressées deviennent une putain de réalité !!

      😉

    4. ben là on revient pile à la fameuse pétition 🙂

      les féministes sont une minorité,
      une femme qui porte plainte, elle est d’abord au contact de policiers, ni plus ni moins féministes que la moyenne de la population (soit rarement beaucoup), puis faut trouver un avocat, il y a les juges (pas nécessairement plus féministes que la moy…, etc.), et si c’est un viol donc un crime un jury de 12 citoyens tirés au sort prendra la décision.
      Pas évident. Surtout que les preuves indiscutables sont rares, et que beaucoup de viols étant commis par une connaissance voire un proche voire le conjoint, à la maigreur des preuves s’ajoute le regard des proches dont vous venez d’ébranler l’unité familiale.

      Souvent même s’il y a des éléments matériels ils ne suffiront pas, il faudra tenir compte des témoignages, de la crédibilité qu’on leur accorde et la manière dont on les comprend, les interprète.
      C’est pour ça que la manière dont les personnalités publiques et les médias parlent des viols et des agressions, et du sexisme en général, est importante, et c’est le sujet de la pétition de samedi dernier.

      Les policiers, les juges, les avocats, les jurés, plus ça les fera marrer d’entendre « y’a pas mort d’homme » ou « c’est un troussage de domestique », plus ils baigneront dans une ambiance où sans forcément en rire on trouve ça normal, pas choquant, plus les victimes auront du mal à se faire entendre.
      Quand je parle de sexisme c’est aussi ça.

      Demain, Jack Lang ou JF Kahn, ou quelqu’un qu’ils auront faire rire, seront tirés au sort pour juger une affaire de viol. Savoir ça n’incite pas forcément à porter plainte.

      Les victimes d’hier et de demain aussi sont dans la même société, la notre, on la partage, on lit les mêmes journaux, on regarde la même télé. Tu dis « allez-y, portez plainte! », mais ce sera d’autant plus facile de porter plainte dans une société où on ne laisse pas dire n’importe quelles atrocités sur le viol et les agressions sexuelles. D’où l’utilité, aussi, d’actions comme cette pétition, et d’autres actions passées ou à venir.
      C’est dans cet esprit que je l’ai signée. Plus on sera à la signer et plus ton appel à toi pourra être entendu, il me semble (en résumé).

  17. hé bien @Bigre nous ne sommes fondamentalement pas d’accord. 🙂

    et sur le commentaire à arbobo et à celui qui m’est adressé. Je réclame la même chose pour les deux sexes.

    Non, les femmes ne pensent pas qu’à geindre mais comme dit dans mon précédent commentaire auquel vous n’avez pas répondu

    « @Bigre
    Parce que jusqu’à présent, s’en remettre au gouvernement (les gouvernements) et les hommes n’a pas éradiqué le problème. Du moins dans un très grande partie.

    On continue d’attendre ? »

    1. J’ai répondu ceci il me semble, non ?
      Non : on dénonce la parole machiste, libre renard dans un poulailler libre et on ne demande pas aux femmes de « se prendre en mains » comme si elles ne pensaient qu’à geindre.

    1. Un combat n’en exclut pas un autre.
      Je suis d’ailleurs le premier à vouloir que les femmes soient fortes (au sens physique du terme) et fasse valoir leurs droits plus virilement.
      Mais il ne faut pas reprocher à des féministes d’utiliser une méthode plutôt qu’une autre alors que le camp d’en face (celui du machisme tranquille ou virulent) profite de ces divisions.

  18. Pendant qu’on discute le bout de gras, il y a ,selon les statistiques, une vingtaine de femmes qui se sont fait violées

    Seulement 2 porteront plainte.

    et ça…

    CA ME REND DINGUE !

    Si jamais elles tombent sur ce que j’ai écrit tout ce que j’espère c’est qu’il y en aura au moins une, ou plus qui osera pousser la porte d’un commissariat.
    Je suis focalisée sur cet objectif.

  19. J’ai fait une maj à la fin du texte, la deuxième depuis ce matin. Le premier qui me sort que je me remets jamais en question, je le pulvérise :p

    (je plaisante hein)

    1. ben au moins cette pétition t’aura donné l’occasion d’écrire ce texte 🙂
      si t’avais pas envie de signer tu n’as pas à t’en justifier (expliquer si tu veux, mais y’a rien à justifier), mais effectivement je pense qu’il y a de la place pour plus d’une action et plus d’un discours à la fois.

      (et merci pour le mot en màj ^^)

  20. Je te trouve bien sévère et un peu dans le yaka faukon.
    Je crois que seule une victime sait ce qu’est réellement la peur.
    Ceci dit dans la théorie je suis totalement d’accord avec toi mais nous ne vivons pas en théorie
    et ce n’est pas toi qui me diras le contraire.
    Pour ma part j’ai signé la pétition même si mon premier réflexe de socialiste à cette annonce a été de croire
    à la théorie du complot et de ne pas accepter que cet homme puisse juste avoir un vrai problème avec sa queue.

  21. @LMTARA
    tu confonds un peu tout là. Signer cette pétition et avoir du mal à croire que DSK soit coupable n’a strictement rien à voir. On peut parfaitement avoir des doutes et pour autant ne pas tolérer de dérapages machistes. parce qu’en l’espèce cette pétition ne concerne que ça.

    Yaka faucon.

    Oui et j’assume. Maintenant, si le truc est de se résigner au chiffre abbérant de 10% de plaintes, ben je veux bien être dans le yaka faucon.Parce que pr l’instant, les chiffres sont là et n’évoluent pas ou trop lentement.

    A mon sens, c’est finalement vachement plus simple de dire « Tu fais comme tu le sens ». C’est sans responsabilité quand on y réfléchit bien. Mais c’est bien joli tout ça, le respect, la neutralité toussa toussa mais tu lui dis quoi à ta copine victime de viol quand 10 ans après, ça lui bouffe encore la vie ? Tu lui dis quoi quand elle n’est plus capable d’avoir une sexualité normale ? Tu lui dis quoi quand tu vois bien qu’elle a peur le soir de rentrer seule chez elle ? T’inquiete pas ma belle, rien ne t’arrivera alors qu’il y a une ordure encore en liberté ? Ya pas de souci ? Je respecte ton choix même si t’en crèves chaque jour un peu plus ?

    Un mec viole rarement une fois. Alors ta copine, que tu as soutenu dans son choix de ne pas porter plainte, tu lui dis quoi quand elle s’aperçoit au détour d’une news que son violeur a récidivé et qu’elle s’effondre ?

    Je crois que mon rôle en tant qu’amie, c’est bien évidemment d’écouter, de soutenir mais aussi de faire envisager le problème dans sa globalité. Et inciter à porter plainte. Arriver à faire dépasser la peur, et surtout accompagner. Je l’ai déjà fait. Et ça, je n’en démordrais pas. Si il y avait plus de gens pour inciter les victimes à porter plainte, les pousser, oui, les pousser, les encourager car elles sont dans leur bon droit, peut-être que ça changerait.

    tu me connais dans la vie privée. Je ne mâche pas mes mots et je suis parfois brutale avec les gens que j’aime. Mais je ne me suis jamais défilée. Je suis là. Présente. Fiable. Et s’il faut dégager un mec, je sais faire 😉

    Si quelqu’un arrivait à me prouver que ne pas porter plainte comprenait plus d’avantages que de le faire, pas de souci, j’arrête le yaka faucon.
    En attendant, pour ce que j’en lis, on n’a pas encore trouvé mieux tant pour la victime que pour notre société.

    Donc…
    Yaka faucon. Et peut être un jour au même titre que les femmes osent quitter des mecs qui les battent (et j’espère de plus en plus) il y aura une majorité de plaintes 🙂

    1. Non ce que je voulais juste dire c’est que même si bien sûr il FAUT porter plainte, je conçois que la trouille ôte tout bon sens. Et je suis intimement persuadée que cette sensation là on ne pas l’imaginer. On peut juste l’avoir vécue ou non. Cela ne nous exonère en aucun cas de la révolte et du soutien.
      Pour ce qui est de mon commentaire sur le personnage en question, j’avouais seulement n’avoir dans un premier temps absolument pas pensé à la VICTIME.
      Comme tu l’écris, je te connais dans la vie, et je sais que tu es une vraie « couillue » (clin d’oeil machiste) , je souhaitais seulement modérer ton jugement sur celles qui le sont moins.

  22. Moi aussi, je conçois que la trouille ôte tout bon sens. Enfin, c’est pas une question de bon sens, c’est arriver à se projeter. Je ne sais pas j’imagine que quand tu as subi ça, tu as beaucoup de mal à prendre des décisions, à réfléchir au mieux pour toi.

    Et s’il était martelé qu’il faut porter plainte, comme si finalement « on n’avait pas vraiment le choix », que cela existait tellement que ce serait comme un réflexe, si la société était très claire là-dessus, sans ambiguité, peut-être que les victimes, accompagnées (ça me semble vital de ne pas être seule dans ce cas là), iraient tout de suite au commissariat.

    Parce que c’est ça qu’il faut faire. Aller voir direct les flics.

    Ce n’est pas une histoire d’être « couillue », je ne demande pas ça. Je demande juste à ce que le discours soit très clair : la meilleure chose à faire, c’est de porter plainte. Souvent la victime est désemparée (c’est un euphémisme), l’entourage doit être là pour prendre le relais à mon sens.

    1. Ce qu’il faut faire c’est faciliter l’accueil de la parole des victimes : et on a encore du boulot. Notamment à cause des mentalités et donc des représentations machistes qui ont pignon sur rue justement.
      Je pense d’ailleurs qu’il devrait être clair que c’est l’Etat qui poursuit l’accusé : la plaignante ne devrait pas être en première ligne, tenue de prouver par ses propres moyens ses accusations.
      Pour ça les States sont quand même beaucoup plus justes, je trouve.

  23. porter plainte oui, mais il reste du boulot pour que les oreilles à qui elles vont s’adresser les entendent, c’est notre affaire à tous, pas seulement celles de victimes et de leurs proches.

    en 2006, bon sang que c’est loin, j’avais fait de sordides calculs à partir des chiffres de la police et ceux de la justice :
    http://www.chiennesdegarde.com/article.php3?id_article=416

    à l’époque 17% des plaintes pour viol aboutissaient à une condamnation aux assises (il arrive que des viols soient jugés en correctionnels en tant que « agression sexuelle » et condamnés certes, mais pas en tant que viol), d’où la précision « aux assises ».

  24. @LMTARA
    En fait, ca devrait être comme le slogan de « évitez de manger TROP GRAS, TROP SALE, TROP SUCRE » ou »“Pour bien grandir, mange au moins cinq fruits et légumes par jour”; “Pour être en forme, dépense-toi bien”

    (Mes gosses sont en pilote automatique là-dessus, c’est légèrement effrayant.)
    Désolée pour la comparaison, mais finalement je crois qu’il faut matraquer ce message. Tant pour les victimes d’ailleurs, que pour les coupables. Là, avec le discours légèrement biaisé que tient « la société », il y a un espace où il est possible de passer à l’acte sans finalement être inquiété.

    @Arbobo, mais tu fais partie des chiennes de garde ? ^^
    Après, encore une fois, la vérité et la justice sont deux affaires bien différentes. Malheureusement. Il faut aussi qu’on évolue de ce côté là.

  25. Bonjour,

    Comme un miroir à l’incitation à depot de plainte des victimes d’aggressions sexuelles (qui me semble fort judicieuse), je souhaiterais poser une question aux féministes que vous êtes. N’y voyez je vous en prie aucune arrière pensée conflictuelle, j’attends juste votre regard sur la chose suivante :
    Dans l’hypothèse où M. Strauss Kahn serait coupable des faits qui lui sont reprochés, quel regard portez-vous sur l’attitude d’Anne Sinclair, qui reste son soutien le plus fort dit-on ? Eu égard aux rapports machiste et victime du machisme, eu égard à la gravité de l’affaire, eu égard au respect de la femme, l’amour doit prévaloir ou a t’elle un devoir de solidarité féminine et de vérité ?

    1. Gilles, je crois que la question se pose pour tout proche un parent, conjoint, enfant, a commis un crime,
      être aux-côté d’une personne qu’on aime je trouve ça naturel.

      ce qui serait génant du point de vue féministe c’est si elle invoquait des arguments nauséabonds pour défendre dsk. Or pour l’instant elle n’a rien fait de tel, elle est même remarquablement digne. Tant qu’elle ne fait rien pour entraver « la manifestation de la vérité », foutons lui la paix à mon avis.

      D’ailleurs, mais là je parle en toute hypothèse car ça n’est pas le cas d’AS, on pourrait comprendre des écarts de langage dus à la douleur, c’est aussi sa vie à elle qui est bouleversée, et si les faits sont avérés c’est terrible de se dire qu’on n’a pas vu, pas anticipé, etc., souvent à tord on s’en veut de beaucoup de choses alors que c’est l’autre qui a agi.

  26. Bonjour @Gilles

    A mon sens, une « idéologie » ne peut pas contraindre la vie privée. Enfin, je trouve ça dangereux, n’est-ce pas le début d’un certain totalitarisme ?

    Après on peut toujours dire qu’au nom d’une certaine cohérence, Anne Sinclair devrait se comporter d’une certaine façon.

    Par ailleurs, depuis que je sais, par exemple, qu’une celebre psy spécialisée ds la violence et les pervers narcissiques vit en dépit de ça avec un pervers narcissique…Quand je vois quelques copines féministes jusqu’au bout des ongles vivre des histoires surréalistes avec des mecs, maitriser la théorie et hélas, vivre une pratique bien différente

    j’ai envie de dire que chacune fait ce qu’elle veut avec son cul, et que ça la regarde.

    Après tout on fait ce qu’on peut hein. Et l’on sait bien que vis à vis de l’amour, la majorité des nanas s’inclinent, et parfois leur cerveau avec.

    (Moi la première, hein, j’ai parfois fait des choix pr le moins contradictoires, mais c’était lié à mes névroses que je m’efforce d’étudier à défaut de totalement les maîtriser ^^ si tant est que ça soit possible)

    1. Oui, je vois. Je me suis permis cette interrogation parce qu’on a tape beaucoup sur certains hommes politiques, journalistes (j’ai vu le malaise de Moscovici hier à FAF) leur reprochant à demi-mot leur silence et/ou leur complaisance sur son éventuel comportement avec les femmes. On dénonce le machisme ambiant (ok avec raison) et son premier soutien est une femme. L’amitié, l’amour justifierait-il qu’on passe sous silence un pogrom. Pas si sûr. N’y a t’il pas là une relativisation de la gravité de l’aggression sexuelle même chez certaines femmes ? Possible que je me triture le cerveau et que ça n’a aucun intérêt ce que je dis, je m’en excuse mais tout ça nous renvoie tellement quelque chose de négatif sur notre position d’homme aujourd’hui que je me demande si finalement ce n’est pas une société tout entière qui est responsable en en réussissant pas à se défaire d’un archaisme certain. Je m’arrête là en disant que donc faire bouger une société sur ce sujet, ça passe par la loi et rien que la loi ; porter plainte. Je vous rejoins sur ce point tout en concédant (j’ai lu les coms) que ça pouvait s’avérer extrèmement difficile.

  27. @Gilles

    Vous touchez du doigt une problématique, ou une réalité que certaines féministes traitent assez mal, voire pas du tout.

    Le discours ambiant est que le machisme est tel, le conditionnement est tel que les femmes n’auraient d’autres choix que de se comporter ainsi.

    Pour ma part, je crois en la co-responsabilité. Encore maintenant, il y a un réel probleme d’éducation des garçons. Pas tant sur les tâches ménagères mais une espece de deresponsabilisation. Les machos d’aujourd’hui ont été des petits garçons élevés parfois par des femmes qui n’avaient rien de masculinistes hein.

    Alors qu’est ce qui s’est passé ? Je crois que les femmes doivent s’interroger sur ce sujet. En plus, de leur rapport à l’amour qui est quand même fréquemment d’ordre aliénatoire.

    Je ne dis pas que c’est de leur faute. Je dis simplement que certaines féministes ont tendance quand même à oublier qu’il faudrait que les femmes, elles aussi, se remettent en question.

    On n’avancera que si et les hommes et les femmes réfléchissent ensemble.

    1. c’est la partie la plus complexe à penser et analyser, le rôle des femmes dans la reproduction du sexisme,

      ça a longtemps été plutôt tabou ou en tout cas négligé (question de priorités, difficulté à aborder aussi un sujet sensible), mais tout de même il y a des travaux.

      désolé de plaider pour mon concept favori, mais ces travaux sont généralement dans des approches systémiques.

      Un texte à lire absolument, tout de même « quand céder n’est pas consentir », de Nicole-Claude Mathieu, un texte assez court mais d’une portée incommensurable, un bijou qu’on devrait enseigner dans tous les lycées.
      Une idée force, une parmi d’autres, dans ce texte, c’est qu’on ne peut combattre que ce dont on a conscience. Or la réalité du sexisme est un constat peu consensuel. Le texte date de 1991, et on le trouve notamment dans son ouvrage « l’anatomie politique ».
      Belle note de lecture en ligne dont le début est là :
      http://jesuisvenuemechangerenpierre.over-blog.fr/article-quand-ceder-n-est-pas-consentir-nicole-claude-mathieu-44050780.html
      et la suite là
      http://jesuisvenuemechangerenpierre.over-blog.fr/categorie-11633669.html

      Un texte d’un des plus grands sociologues, Erving Goffman, explique très bien de son côté de quelle manière, étant dans la même société, hommes et femmes partagent des idées communes, j’ai fait une note de lecture là (le texte date de 1977):
      http://www.chiennesdegarde.com/article.php3?id_article=192

      Une notion intéressante aussi c’est « l’incorporation », la manière dont notre éducation et notre socialisation s’imprègne en nous à notre insu et parfois d’une certaine manière « malgré nous », comme Jean-Claude Kauffman l’a bien montré notamment dans « la trame conjugale, analyse du couple par son linge », où il étudie de jeunes couples qui se surprennent à avoir des pratiques domestiques qui sont contraires à leurs idées.

      il y a d’autres travaux, je vous cite mes préférés parce que l’éducation n’est pas le sujet que je connais le mieux,
      ils mettent souvent le doigt sur des choses qui laissent sans voix, parce que c’est terriblement compliqué le fonctionnement humain et sa déconstruction ^^
      Ca n’en rend les études féministes que plus passionnantes :o)

      je signale pour les plus courageux ou les plus fous, deux pages de bibliographie (pas hyper à jour je le crains) :
      http://www.chiennesdegarde.com/article.php3?id_article=71
      celle-ci est plus récente, faite par des chercheuses
      http://www.efigies.org/index.php?option=com_content&task=category&sectionid=7&id=27&Itemid=47

  28. Pardon, je signale que je ne cherche pas du tout à porte une suspicion sur Anne Sinclair. Pas du tout. Je pense tout haut… je m’interroge de manière globale.

  29. Concernant l’affaire Tristane Banon. Sa mère elle-même l’aurait dissuadé de porter plainte, se serait entretenue avec Dsk en se contentant d’une réprimande (quelqu’en soit la virulance). Tristane Banon raconte son histoire à la télévision, sur un ton badin, en souriant. Qu’auraient dit les femmes si un homme l’avait raconté comme ça ? C’est un cataclysme aujourd’hui, on s’insurge tous, on réalise mais les déclarations malheureuse de jean Francois Kahn sont-elles pire que la désinvolture qui se dégage des réactions de ces femmes ? Alors oui, la responsabilité est collective. Aie je vais m’en prendre plein la figure là…

  30. @ arbobo

    Fils d’une femme qui a subit des années et en silence les violences extrèmes de son mari, je me suis longtemps interrogé sur cette “acceptation“ (le mot n’est sans doute pas le bon mais je n’en ai pas d’autres), je vais me pencher attentivement sur les textes que vous conseillez. Merci du temps que vous m’avez accordé.

    1. j’en suis très désolé pour elle et pour vous, gilles,

      c’est difficile de s’en défaire.
      Dans un couple violent/violenté, on observe très souvent un mécanisme d’ « emprise ». On entend parfois « mais pourquoi ne part-elle pas? », l’emprise l’explique malheureusement très bien, parmim les ouvrages qui décryptent le phénomène on peut citer celui de MF Hirigoyen, « Femmes sous emprise : Les ressorts de la violence dans le couple ».

      L’impact sur les enfants est incontestable, même si chacun le vit ensuite à sa manière et s’en sort plus ou moins facilement, en tout cas nul ne conteste que lorsque la mère prend des coups (c’est plus rarement le père) les enfants subissent eux-aussi une violence même lorsqu’elle n’est pas physique.

    2. Pour qu’il y ait emprise, il faut qu’il y ait un sérieux déficit de confiance en soi.

      Une femme sure d’elle-même et de ses principes (je caricature mais ya de ça) ne laissera passer aucun signe précurseur de violence.

      Celle qui doute d’elle-même laissera le travail de sape se faire. Une fois que la violence est là, elle est en général tellement démolie qu’elle est comme paralysée.

      Et c’est bien de ca dont je parle quand j’évoque une remise en question et une prise en charge psychologique. Il y a « un terrain » propice que cela soit du à une éducation, un traumatisme, ou une période difficile.

      Ce terrain doit être identifié, compris et surtout entendu.

      Je rajouterai qu’il faut en parler avec les enfants. Expliquer ce qui s’est passé. Ce sera d’autant plus facile pr un travail de résilience

      Mais on va me dire que je fais dans le Yaka Faucon :p

  31. @Gilles
    Concernant « l’acceptation » j’aurais deux mille choses à dire. Je me bornerais à celle-ci. Les femmes battues sont des victimes, il n’y a aucune ambiguité là-dessus.

    Mais

    Mais une prise en charge psychologique est nécessaire tant pour exprimer la souffrance que pour identifier les mécanismes qui ont poussés ces femmes à accepter l’inacceptable.

    Parce que c’est reproduction de schéma de maltraitance assuré sinon. (bien sur au niveau des enfants mais aussi d’une nouvelle histoire d’amour, que la violence soit d’ordre psychologique ou physique)

    La remise en question est absolument nécessaire

  32. oui la remise en question est indispensable. Pour les enfants aussi. Ayant été témoins et/ou également victimes, nous (1 frere, 1 soeur) affrontons chaque jour les conséquences (que je ne soupçonnais pas tant que je n’avais pas ma propre famille) de cette histoire. Je ne m’en suis toujours pas débarrassés aujourd’hui, malgré ce travail psychologique… Le silence est devastateur.
    Merci aussi pour les liens.

    1. @Gilles

      Soupir. Je comprends, on n’en finit jamais de régler ses comptes avec ce genre de passif. Mais la construction, et la résilience pour les enfants sont possibles 🙂

    1. Je vous remercie infiniment chez Edmond de la Brique, vous m’en voyez honorée

      J’ai évidemment lu attentivement.

  33. @ catnatt

    Je ne peux parler de manière générale mais ca me semble être le cas pour ma mère. Un peu d’auto-destruction également. Après l’avoir finalement quitté, elle s’est abandonnée à une sorte de pornographie (encore une fois je ne trouve pas d’autres mots) dont nous avons été également les spectateurs. Je voulais rajouter que le contexte social reste également prépondérant. Démarche psychologique, écoute et dialogue avec la mère et les enfants étaient/sont des notions inconnues dans ce monde là… en tout cas le monde que j’ai connu. La vie y était/est plus dure.

  34. @gilles

    Oui, je me doute. C’est pour ça d’ailleurs, que je me suis moquée de moi en faisant une allusion au « yaka faucon »

    Nous sommes dans un pays certes imparfait, mais il existe des associations, des structures. Après faut savoir que ça existe, c’est là le drame 🙁

  35. Je découvre votre blog via justement bravepatrie ;-). Votre propos me semble tout à fait pertinent : dans ma pratique de psychiatre je reste stupéfait de la difficulté à penser, et à agir face à la violence. C’est semblable pour les hommes victimes mais ils sont moins nombreux (mais n’ont pas moins honte !). La violence est interdite par la loi, donc quand il y a violence il faut faire appel aux gens que la société emploie pour faire respecter la loi. Que la violence soit sexuelle ou pas, unique ou répétée, venue d’un proche ou d’un inconnu, la solution est la même (on rappelle au passage que l’immense majorité des agressions sexuelles sont le fait de proches) : APPELEZ LA POLICE !!! D’autant que, selon les témoignages que j’entends, la psychologie policière a immensément évolué – dans le bon sens – depuis 20 ou 30 ans, où une ado abusée par son oncle se faisait raccompagner… chez son oncle et traitée de menteuse en pleine rue par les gendarmes chez qui une assistante sociale l’avait convaincue d’aller (histoire vraie) ! On est en 2011, en France, comme quelqu’un l’a dit plus haut.

    Mais prudence quand vous dites qu’il faut avoir une « sacrée perte de confiance en soi », ou renoncer à ses valeurs, pour ne pas réagir, il faut rappeler que cette confiance en soi est toujours attaquable : un mauvais casting (conjoint pervers), une conjonction d’événements déstabilisants (deuil, maladie, prob. professionnel…) et n’importe qui peut perdre pied, quel que soit le niveau social, éducatif, etc. Récemment j’ai du rappeler à une femme médecin, mère de famille de 50 ans, que face aux menaces de mort de son mari la SEULE solution était d’alerter les bien nommées « forces de l’ordre » et non pas chercher une réponse du côté de la psychologie ou de la psychiatrie (on verra cela après, avec les survivants, ce n’est pas l’urgence !). D’autres femmes violentées sont venues me consulter avec une demande de traitement psychotrope « pour supporter la situation »… et surtout pas pour la changer ! L’emprise, la paralysie psychique induite par la violence est terrible, et elle est fréquente. Bien souvent la crainte de représailles est totalement hors réalité : que peut-il se passer de pire que ce qui se passe déjà ? la situation a-t-elle une chance de changer si on n’agit pas ??? Le silence est toujours complice, merci de l’avoir rappelé.

  36. Le silence tue, et effectivement porter plainte est la meilleure sinon la seule solution. La peur des représailles ? mais cela peut-il être pire que les violences déjà commises ? Quant à la police selon les témoignages que j’ai (à travers mon métier de psychiatre), quoi qu’on en dise il y a eu de gros progrès dans ce domaine sur les deux dernières décennies.

  37. Je ne signe plus jamais de pétition sur le net, autant p^éter dans son bian, ça a autant d’effet !
    Pour Tristane Banon, sur la base de ce qu’on racontait sur France Info, je ne crois pas une seule seconde qu’elle ait subit quoique ce soit. j’en veux pour preuve que dès qu’il s’est agi de témoigner aux USA, elle a fait savoir par son avocat qu’elle ne le désirait pas…
    Pour le reste : oui, portez plainte et faites savoir chaque fois qu’il y a sortie de l’ornière bordel. Ce n’est pas acceptable, point barre !
    🙂

  38. et que dire depuis que T B ait porté plainte ? depuis que son avocat s’est déplacé à NY pour rencontrer l’autre avocat de Nafissatou ainsi que le procureur ? Sans parler de l’ex-femme de DSK qui veut porter plainte à son tour contre la mère de Tristane pour propos calomnieux…
    C’est le feuilleton de l’été : Daaalllass mon univers impitoyable … de retour en France !

  39. Oui, c’est exactement ça ! Dallaaaaaaasss

    Là, c’est Diallo qui vient de porter plainte au civil d’apres ce que j’ai compris.

    Je ne comprends pas tres bien car il paraît que c’est tres mal vu aux USA de porter plainte au civil avant le jugement au pénal.

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