DSK, l’overdose du système


May Day '13, strikers in Union Square
Ca devient une manie chez moi, mais ce billet est une gueulante, sans recul. Avec fatalement, ce que cela comporte comme écueils et comme limites à l'exercice.

Finalement, ce n’était pas seulement l’intervention de DSK sur TF1 qui était intéressante, c’était surtout les réactions que cela générait, au moins dans le tout petit monde de twitter, soit environ 2,5 millions de personnes (chiffres été 2011).

 

Je ne vais pas me lancer dans une grande analyse de la prestation de DSK, d’autres le feront bien mieux que moi. Je ne l’ai pas trouvé très bon et cela m’a mise très mal à l’aise. Je n‘arrêtais pas de passer d’un angle de vue à l’autre : Innocent ? Coupable ? Et je dois bien avouer que je n’en sais foutrement rien.

 

Du coup, j’ai lu de tout sur twitter et surtout de la hargne, voire de la haine. Je pourrais tout à fait comprendre les proches de Mme Diallo ou ceux de Tristane Banon, mais il ne s’agissait pas d’eux. Il était question du quidam moyen qui n’a la plupart du temps pas lu le rapport du procureur, mais qui par contre, on ne sait comment, a une opinion ferme et définitive sur le sujet. Ca m’a sidérée. Je me demande vraiment comment on peut balancer des tweets pareils. Les faits, pour l’instant, c’est que DSK est un chaud lapin. Grand bien lui fasse tant que c’est entre adultes consentants. Mais trop d’affaires en cours pour que ça n’ait pas de conséquences et qu’il paye pour ça par un retrait (définitif ou provisoire) de la vie politique me semble de bonne guerre. Pour le reste, une enquête est en cours et une autre abandonnée. Je ne prends pas la défense de DSK, je n’ai pas d’opinion sur le fait qu’il soit innocent ou coupable de viol, tout simplement parce que nous n’en savons rien. Tout de même, avec le merdier que cela a pu être, vous ne pensez pas que s’il y avait eu la moindre chance que le procureur coince DSK, il n’y serait pas allé ? Il jouait sa carrière là-dessus.

 

La hargne et la haine… Nous avons donc pu lire :

 

#sloganpublicitaire « Vous souhaitez violer en tout impunité ? Pas de souci ! Faites comme #dsk, ARGENT, POUVOIR ET TF1. »


#manquaitplusquelapédophilie « Guy Georges et Emile Louis demandent à passer sur TF1 pour parler de leur vie de fauteurs morales en série. #DSK »


#dramaqueen « ce soir je pleure car j’ai honte d’être français … à cause de vous #DSK »


#etlesidatantquafaire « Anne Sinclair est une femme exceptionnelle … » voilà pourquoi il la trompe sans utiliser des condoms. » #DSK #TF1


(on se demande comment ils savent que DSK ne se protège pas ^^)

 

Mention spéciale à  Pierre Salviac : « @FlashPolitique Alerte enlèvement dans la Sarthe? Poutant le queutard n’y est pas il est chez #Chazal ;-(« 


Bien, bien, bien…

 

Puisque tout ce petit monde est bien au chaud au sein de ses fortes convictions, je vais me lancer dans un raisonnement par l’absurde. Au point où nous en sommes dans le délire, ça ne mange pas de pain. Puisque DSK a bel et bien violé Nafissatou Diallo, logiquement, ces gens qui sont très surs d’eux devraient le condamner à 75 ans de prison. C’était la peine encourue aux Etats-Unis. Condamner une personne de 62 ans à 75 ans de prison ferme, c’est au bas mot le priver de sa vie quelque part. Il mourra en prison. Alors, je pousse un peu plus loin (et oui, c’est complètement démago, je fais volontairement dans la provoc, mais je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour arriver à frapper les esprits). Si le viol était puni de la peine de mort, est-ce que vous condamneriez DSK à la chaise électrique ? En ce qui me concerne, la réponse est non parce qu’il est impossible de se faire une opinion nette et claire, je n’arrive pas à trancher.  Si l’on est un tant soit peu rationnel, on est bien obligé de s’incliner et d’agir comme le procureur Vance, abandonner car il existe un doute raisonnable ; abandonner que cela nous plaise ou non, car avant d’enfermer quelqu’un entre 4 murs, il faut être bien sur de soi…

 

Ce qui me fait le plus ricaner en fait dans cette histoire, c’est les tout nouveaux ardents défenseurs de la cause féminine. Mon dieu, ce qu’il peut y avoir comme monde en ce moment… Bon, vous me direz, il n’y avait que 50 personnes à la manifestation de la Barbe devant TF1. Ben alors, messieurs, dames ? On est des agités du clavier, pas du déplacement ? Ce qui me fait aussi beaucoup rigoler (ou pleurer), c’est que les ¾ des gens que j’entends brailler ne bougeraient pas le petit doigt s’il se passait quelque chose devant eux. Il n’y a pas si longtemps que ça, une femme s’est fait frapper devant moi par un homme devant une terrasse de café. Dans cette terrasse, il y avait des hommes ET des femmes. Personne n’a bougé. Ce sont des personnes comme vous et moi, ni pire ni meilleures. Ce qui tue ce pays, c’est pas l’insécurité – in fine ça n’existe pas – c’est la lâcheté abyssale des gens.

 

Il y a encore mieux, vous allez rire, les enragés anti-dsk sont pour certains exactement les mêmes qui font circuler les photos volées de Scarlett Johansson. C’est marrant, non ? Pourtant, cela constitue bien un viol de son intimité si je ne m’abuse. Quand on brandit son appartenance à la cause de la défense des femmes, on devrait s’offusquer de ce genre de choses, non ? Mais ça ne doit pas être pareil, hein… De même, mesdames, messieurs qui réclamaient qu’Anne Sinclair lâche son mari, n’oubliez pas ça quand ce seront vos proches qui se trouveront dans la même situation. Surtout dès lors que l’on trompe (allez une fois, ça passe mais deux…), il faut quitter immédiatement son conjoint. C’est la règle ! (Je prédis à ce rythme-là, des statistiques impressionnantes)

 

Ce qui est particulièrement fascinant, c’est que finalement l’important ce n’est pas tant les viols ou tentatives de viols dont DSK est accusé. Ce n’est pas ça le fond de l’affaire, ce n’est pas ça qui agite les commentateurs. Ce dont il est question c’est des puissants. Nous vivons dans un climat de violence larvée ou déclarée. La vie est rude en ce moment. Les médias sont de plus en plus violents. La politique est de plus en plus violente. L’économie est d’une rare violence. Et les gens subissent et s’y mettent. Nous n’avons jamais autant vécu en paix ; nous n’avons jamais été aussi agressés et agressifs.

 

J’avais écrit dans « Warhol killed the revolution » que je ne pensais pas que la révolution se produirait un jour malgré le fait que l’on en parle souvent depuis quelques temps. La France biberonne au loto, à la téléréalité et est bien tenue en laisse par les Assedic (voir billet). Je rajoute à tout cela, à présent, le puissant jeté en pâture pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Peu importe le fond, il faut du bon vieux lynchage, cette recette qui défoule les foules. La masse mastique DSK, son comportement libidineux, ses moyens financiers, son réseau impressionnant, ses dents pourries, son patrimoine, tout en rêvant – n’est-ce pas ironique – d’avoir la même chose. Excepté l’aspect énervé du cul (Quoique…) et  les dents du bas pourries, parce que ça non, franchement, quel scandale, avec les moyens qu’il a, il pourrait avoir la décence d’avoir une dentition nickel !

 

J’éclate de rire tout de suite ou j’attends encore deux secondes ? D’ailleurs, mention spéciale à Daniel Schneidermann et son édito du jour… pourri ! Les politiques ont bien raison de soigner la forme et surtout pas le fond. A quoi cela servirait-il ?

 

DSK, c’est un symbole, c’est le capitalisme, le libéralisme sauvage, le sexe et le pognon, pas un peu, beaucoup de sexe, beaucoup d’argent, trop de sexe, trop de pognon. DSK, c’est l’overdose du système, celui-ci dégueule ce qu’il n’arrive plus à digérer ou recycler, il est devenu boulimique, alors il met les doigts dans sa gorge et vomit brutalement. DSK, c’est l’indécence qui explose à la figure de tout le monde. Il n’y aura pas d’avant-après DSK, c’est juste une indigestion. Alors on lui tape sur la gueule sans trop savoir pourquoi finalement. Parce qu’on ne peut pas coller une droite au type qui vous fait des remarques salaces tous les jours. Parce qu’on ne peut pas dire son mépris à son boss qui vous paye au lance-pierre. Parce qu’on ne plastiquera jamais le bureau de son banquier qui vous refuse un découvert supplémentaire alors que cette saloperie de banque a vu son propre découvert renfloué. Parce qu’on ne pourra jamais crier sa haine au comité d’actionnaires qui a décidé pour s’engraisser un peu plus une petite délocalisation de derrière les fagots. Parce qu’on ne parle pas au bon moment à la bonne personne, on tape à côté pour ne pas risquer quoi que ce soit. Je finis par me dire qu’il vaut mieux pour lui qu’il soit coupable. Ca doit être nettement plus vivable, au moins avoir la sensation de s’en prendre plein la gueule parce qu’on l’a mérité. Sinon, c’est juste à se flinguer.

 

Alors, tout ça pour dire quoi ? L’oligarchie en France a de belles années devant elle et ne devrait pas s’inquiéter des soubresauts révolutionnaires (de salon) sur le web. Bien au contraire, c’est une zone de défouloir. Ce qui s’est passé dans les révolutions arabes, ce qui s’y passe actuellement, n’est pas prêt d’arriver en France. Nous vivons déjà en oligarchie démocratie. Du coup, nous nous acharnons, comme nous pouvons,  à maintenir à tout prix notre niveau de vie, ou pour certains leur niveau de survie. Nous sommes en colère, certes mais personne ne bougera.

 

Vous comprenez, on est tous bien trop occupés et pour certains à mater frénétiquement des conneries à la télé, pour d’autres à cracher leur venin sur le web ;  les jeux du cirque revisités ont de beaux jours devant eux.

 

Et pendant ce temps-là, la France est bien gardée…

 

11 commentaires sur “DSK, l’overdose du système

  1. J’aime cette comparaison aux jeux du cirque …
    La technologie … le soit disant progrès nous rappelle toujours à nos origines animales … rien ne change finalement … nous sommes des loups depuis toujours … et c’est tellement plus facile dans l’anonymat d’internet … je préférais nettement les conversations de « cafés » que l’on a en fait presque interdites en interdisant de fumer …

  2. J’aime bien la saine colère de ce billet.
    Cependant il faut savoir que Twitter, hélas, pour la majorité, ça se résume à ça : exister en 140 caractères. Pour exister, pas de demi mesure, il faut choquer et pour choquer il faut être violent.
    On peut écrire n’importe quelle saloperie, il se trouvera toujours des « abonnés » satisfaits »; c’est la loi du genre.

  3. « DSK, c’est le capitalisme, le libéralisme sauvage, le sexe et le pognon, pas un peu, beaucoup de sexe, beaucoup d’argent, trop de sexe, trop de pognon. »

    Quelle analyse subtile ! Ca doit être les « écueils » dont vous parliez…

    DSK c’est pas Alain Madelin ! Et encore moins Hugh Hefner…

    Vous participez à ce que vous dénoncez.

  4. Au temps pour moi wonkapi, j’ai rajouté « DSK est un symbole », car c’était mon propos. Tellement évident que j’ai oublié de le préciser.Je voulais dire que les critiques violentes n’avaient plus grand chose à voir avec l’individu, mais bon, c’est pas grave, je me suis loupée

    Quant à ma subtilité, que voulez-vous que je vous dise, vous devez l’être tellement plus que moi

  5. Vous voulez me faire participer au grand concours « qui a l’analyse la plus subtile sur l’affaire DSK ? ». Non merci !

    Il est très bien votre article. Je me suis permis une petite critique. Voila.

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