Troy Davis… Et après ?

 

© Musée national des prisons

Le plus compliqué quand on est très actif sur le web, particulièrement sur twitter et qu’on est pas spécialisé dans le kikoolol, c’est d’arriver à être à peu près cohérent avec soi-même. En tout cas, moi, ça me préoccupe. Oh pas spécialement par grandeur d’âme mais on tient à sa ptite image bien propre, vous comprenez ?

 

Donc, je tente de suivre les sujets sur lesquels je braille. Là, en ce moment, c’est la Côte D’Ivoire que j’oublie. Je me le reproche quasiment tous les matins. Mais aujourd’hui, j’ai reçu un mail d’Amnesty International concernant une pétition pour protester contre la future exécution d’un certain Reggie Clemons. (voir ici)

 

La mobilisation a été belle pour Troy Davis, certes avec des débordements, mais on a senti que quelque chose se passait même si ce fut un échec cuisant. Là où c’est devenu encore plus intéressant, c’est lorsque certains, mieux informés que les autres, ont lancé un débat sur l’exécution de Lawrence R. Brewer le même jour que Troy Davis. (voir excellent billet de Ulrich sur le sujet)

 

Je comprends le fond de la discussion, effectivement on se doit de se mobiliser contre la peine de mort en général et pas un individu en particulier. Mais pour autant (No Offense Ulrich), je le trouve inutile. D’abord, sur n’importe quelle cause qui soulève les foules, je vous trouve systématiquement un cas dont personne ne parle. C’est juste très facile. Surtout, ça revient à dire (Je caricature à dessein) que ou on se mobilise pour tout, ou on ne se mobilise pour rien. Et à moins, dans le cas qui nous intéresse, de tenir un blog consacré aux exécutions de par le monde – perspective ô combien réjouissante – il est totalement impossible de tenir le défi soulevé par ceux qui reprochent qu’on ait oublié Lawrence R. Brewer. Ensuite, c’est faire fi des leviers humains. Oui, Troy Davis est une bonne histoire, celle de Lawrence R. Brewer beaucoup moins. A moins d’ignorer le principe du story telling qui a largement démontré son efficacité et la nature humaine qui nous pousse à nous attacher souvent à des symboles. En l’état, je ne crois pas qu’il ne s’agissait pas de convaincre les Etats-Unis que la peine de mort est un acte barbare, il était question de les convaincre qu’ils commettaient peut-être une erreur. Les évolutions de la société se font surtout par des symboles. La dernière jolie histoire qu’on a biberonnée dans la joie et la bonne humeur c’est celle de la révolution tunisienne avec un vendeur de fruits et légumes qui finalement n’était pas si diplômé que ça et qui, apparemment n’avait jamais reçu de gifle. (voir article de Libération) . Le syndicat tunisien à l’origine de la médiatisation de Sidi Bouzid expliquait, entre autres, qu’il y avait eu d’autres immolations auparavant, qui avaient laissées de marbre la population. C’est ainsi, l’histoire avance à coups d’archétypes.

 

On convaincra les institutions américaines d’abolir la peine de mort sur de bonnes histoires, celle d’innocents probables, pas sur le principe lui-même. Si je suis totalement franche, et au risque de faire bondir, spontanément, je ne suis pas contre la peine de mort. Oui, je sais, ça fait bizarre de lire ça, surtout pour ceux qui ont l’habitude de me lire. Je vais me servir du cas émotionnel par excellence : quelqu’un enlève ma fille ou mon fils, (la)le viole, (la)le torture et l’assassine, j’avoue que j’aurais des envies de meurtre. J’ai juste deux énormes problèmes avec ce type de condamnation, ce qui m’amène logiquement à être farouchement contre : l’erreur judiciaire de fait irrattrapable et le principe de rédemption en bonne petite catholique que je suis. Ce que je veux dire, c’est qu’une société ne peut pas prendre un tel risque d’une part et que d’autre part, si elle pratique la prison et la réinsertion, elle accepte le cheminement qui conduit éventuellement à l’expiation des crimes. Ce qui est moral n’est pas forcément ce qui est juste, et on ne peut souffrir d’exception ; ou on est contre la peine de mort ou on est pour. Le fait de choisir à la carte les éventuels motifs pour lesquels on condamnerait à mort est de l’ordre de la moralité, ce qui, tout le monde en convient, diffère selon les individus, les pays, les cultures etc.

 

Troy Davis symbolise parfaitement ce pourquoi je suis contre la peine de mort : le doute. Si sa mort doit avoir un sens, c’est de nous avoir réveillés. Le fait que certains états des Etats-Unis pratiquent la peine de mort était devenu un ronron auquel on ne prêtait plus vraiment attention. Twitter s’est démené dans tous les sens, à coups d’interpellations de comptes, de Obama au gouverneur de Georgie. Nous avons fait ce que nous pouvons. Si la mort de Troy Davis doit avoir un sens, c’est en continuant de signaler que nous ne sommes pas d’accord. Et oui, avec de bonnes histoires car, ne nous leurrons pas, jamais la population américaine, d’elle-même, n’abolira la peine de mort (Essayez un peu en France), mais les institutions peuvent reculer, en quelque sorte, en prenant conscience qu’au milieu du carnage, certains sont innocents. Je crois plus à cette méthode que celle qui consiste à défendre tous les condamnés à mort, certes plus belle, plus déontologique, que je respecte infiniment mais dont je doute de l’efficacité ; et moi ce qui m’intéresse, c’est d’être un tant soi peu efficace.

 

Beaucoup d’entre nous ont signé la pétition qui concernait Troy Davis. Pour certains, ils ont accepté de recevoir des emails d’information concernant les exécutions. Aujourd’hui Amnesty International nous raconte une bonne histoire. Celle de Reggie Clemons. Il ne s’agit pas de déclencher l’élan qui a entouré Troy Davis, je suis un peu sans illusions. Juste de poser sa pierre, une petite signature au bas d’une pétition pour que les Etats-Unis n’oublient pas qu’en tant que première démocratie du monde (Enfin, c’est ainsi qu’on en parle, ce n’est pas mon avis personnel), nous n’oublions pas qu’ils pratiquent un acte barbare sur des coupables mais surtout sur des innocents éventuels. Il est important, je crois, que les Etats-Unis et les autres aussi sachent que nous savons, que nous en parlerons à chaque fois qu’ils exécutent un être humain. Il suffit d’un abonnement à Amnesty International, de remplir un champ et de confirmer la signature de la pétition.

 

Question que la mort de Troy Davis qui nous a tant touchée ait du sens…


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