Ma colère, Madonna

Portrait de Dorian Gray

 

En 1984 ou 85 (le temps que cela arrive en France), j’avais 13, 14 ans et je t’ai instantanément adoré, Madonna. J’étais folle de « Borderline » et évidemment, j’avais ton 33 tours « Like a virgin » chez moi. J’imagine que mes parents étaient moyennement ravis, mais confusément, je savais qu’aimer ton travail était loin d’être contradictoire avec mon féminisme enraciné (Thanks Mum !)

 

Les années ont passé, tu étais l’icône libre par excellence. Je te suivais de plus ou moins près, mais le tour de force que tu jouais te valait mon admiration. Pas fan de base, mais supporter d’une façon de vivre, indépendante et provocante. Pas forcément de la provocation vestimentaire d’ailleurs ; je trouvais que tu appuyais là où ça faisait mal avec une régularité confondante, ce qui n’était pas le cas de Michael Jackson ou de Prince (où sont les femmes ?).

 

Ton livre de nus, tes histoires d’amour et avec des hommes et avec des femmes, tes enfants, ta chanson soi-disant pro avortement (autant dire un suicide social aux US), ta culotte à la tête du Président (Qu’est ce que j’ai rigolé), un clip soi disant satanique, la masturbation, l’Amérique, l’opposition politique… Ton parcours, loin d’être parfait – ce n’est pas le propos ici – est jonché de combats sociaux. Musique et contestation ; une icône pop, pop comme populaire, comme peuple. Peuple certes féminin dans la plupart de tes interpellations.

 

Si musicalement, tu as eu quelques errances, « Ray of light » et surtout « Music » sont, pour moi, des albums indispensables. Je t’ai souri en me disant : « Madonna, ma chère Madonna, tu vieillis en même temps que moi, certes un peu plus vieille, mais enfin, tu ne fais pas seulement dans la provoc, tu sais produire des albums de qualité ».

 

Qu’est-ce qui s’est passé ? Sans déconner, Ma, qu’est-ce qui s’est passé ? 2005, tu as 47 ans. Ta fille grandit, et on le sait toutes, c’est un moment délicat, pas simple à négocier entre une jeunesse qui s’affirme et une maturité qui se cherche. Alors « Confessions on a dance floor ». Je n’aime pas mais je me dis que c’est peut-être l’album du virage.

 

Perdu.

 

promo apparemment de MDNA

« MDNA ». Le clip « Give me your lovin ». Toi, si intelligente, reniflant l’air du temps comme peu savent le faire, tu nous sers des images d’une Madonna comme un Dorian Gray, espérant peut-être tutoyer l’éternité. (En plus réclamer, c’est mal élevé entre nous… A croire que vivre en Angleterre n’a eu aucune influence sur toi, ma parole :p )

 

Je ne comprends pas. J’aurais aimé que tu aies la classe d’une Charlotte Rampling. J’aurais aimé que tu incarnes, comme tu as symbolisé la jeune fille libre, la jeune femme triomphante, la femme de 50 ans, sexy mais pas vulgaire, suggérant plutôt que déballant. La femme qui ne se met pas sur le même pied que des gamines, mais se joue des codes. J’aurais aimé que tu nous démontres, comme tu l’as toujours fait, qu’une femme, quel que soit son âge, peut déjouer les pièges qu’une société dirigée par des hommes lui tend. Hélas, tu es tombée à pieds joints dans la chirurgie esthétique grossière, l’exhibition ridicule, la course contre le temps perdue d’avance.

 

Tu as perdu.

 

Madonna, je t’aime depuis bientôt 30 ans, serions-nous au bord de la rupture ? Ca compte tant que ça que les jeunes générations te voient frétiller sur des tubes de plus en plus tapageurs ?

 

« Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu’il en soit ainsi. Il n’est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

 

« « En perdant la beauté, petite ou grande, on perd tout. La jeunesse est le seul bien qui vaille. »

 

(Oscar Wilde, « Dorian Gray »)

 

Es-tu tellement dans une tour de verre que personne n’est capable de te dire que le sommet après lequel tu cours, c’est celui d’une jeunesse enfuie ? Es-tu assez con pour poursuivre une chimère ? Tu me déçois, Madonna. Oh, je sais bien que tu t’en fous, mais tu n’es plus un « modèle ». Tu es une star vieillissante, un peu ridicule, un peu pathétique. Les mots sont durs mais ils sont proportionnels au degré de mascarade que tu nous infliges.

 

Pire ! Ce que je t’attribuais de profondeur… Etait-elle feinte ? Parce que la question qui se pose au stade de notre relation, c’est : Est-ce qu’on s’est tous planté sur ton compte ? Peut-être n’as-tu toujours été qu’une exhibitionniste soucieuse de nous montrer ta culotte le plus régulièrement possible ? Point barre. Pas une guerrière, pas une femme de tête, juste une petite ambitieuse qui sait que le cul fait tourner le monde. Pas de combat de société ;  pas de liberté, surtout pas, juste un asservissement bien dissimulé aux codes machistes.

 

Quelle déception !

 

Ma colère, Madonna.

(Bon courage à Lourdes, ça doit pas être facile tous les jours…)

 

 

 

14 commentaires sur “Ma colère, Madonna

  1. elle a déjà eu des pertes de mojo dans sa carrière,

    elle a su rebondir plus d’une fois, mais je doute qu’elle s’éloigne vraiment de la veine dancefloor, parce que c’est une femme d’affaire et que c’est ce qui rapporte le plus.

  2. Ca me rappelle quand je pensais que fred durst était un rebelle. Je me suis amèrement trompé. Madonna a toujours été une ambitieuse (remarque quand tu as été la danseuse de patrick hernandez, tu es obligé), une working girl ( et la n’est pas le féminisme ?).

  3. @Mathieu c’est bien dommage parce que là on est pas loin de Cher « Do you believe in love » machin

    @Anotherwhisky

    Non. Ce n’est pas là le féminisme. Il ne se résume pas à un plan de carrière, c’est une façon aussi d’envisager la femme de manière globale. Et là en l’espèce, elle nous dit, sans jeunisme, point d’avenir

  4. C’est exactement ce que je pense à la virgule près. Elle a pourtant assez de notoriété et de pouvoir pour casser les codes et proposer une autre voie. Hélas, elle préfère depuis quelques années la facilité et refuse de composer avec son âge de manière intelligente.
    Je compatis car la suite sera d’autant plus difficile à gérer pour elle. Quand on rate certains virages on se retrouve logiquement à foncer droit dans un mur. Elle est déjà entrain de perdre ses fans de toujours sans pouvoir vraiment compter sur les nouvelles générations et ce n’est pas Lourdes qui va pouvoir l’aider à conquérir l’écoute des ados. Si seulement elle voulait bien se donner la peine de devenir productrice et découvreuse de talents à plein temps, je suis sûre qu’elle ferait merveille et pourrait gagner tout autant de cash. Il faut donc chercher ailleurs que dans l’argent les raisons de son incapacité à tourner une page de sa vie.
    Ceux qui connaissent son enfance et son parcours ont sans doute quelques pistes à proposer pour mieux comprendre ses choix et ses aveuglements. Pour ma part la seule question qui me vient en tête en analysant l’animal Madonna est celle-ci : et si l’ex petite orpheline de mère n’avait jamais été suffisamment aimée ?

  5. toscaal,
    le pire c’est qu’elle avait ouvert cette piste de production, sur son label Maverick elle a hébergé notamment un album de MeShell d’une beauté et d’une élégance rares,
    c’était quand même autre chose que ses tentatives au cinéma o_O

  6. Au risque de faire venir le troll, il me semble qu’on n’a pas été beaucoup à critiquer Bowie de la même sorte quand il a eu 50 ans, quand il s’est mis à la techno, au drum & bass, à trouver l’inspiration chez Trent Reznor. Féminisme ? Je doute, tout d’un coup …

    Qu’il y ait du jeunisme dans la pop-music c’est une évidence, et que le jeunisme de Madonna soit ridicule c’est une chose, mais j’ai du mal à voir ce qu’il y a de féministe à critiquer le rajeunissement de Madonna …

    Et puis de toute façon, j’ai toujours préféré Ciccone Youth 😉

  7. Heu ^^

    Alors faudra m’expliquer les combats sociaux de David Bowie parce que jusque là, ça m’a totalement échappé. Entendons nous bien, je ne critique pas l’artiste mais jusqu’à présent, les prises de position de David Bowie sont restées très confidentielles pour moi.

    Quant au fait de critiquer ou pas ses choix technos, mais quel est le rapport ?!

    C’est pas la musique en l’espèce que j’ai critiquée, même si je suis pas du tout fan mais bel et bien l’attitude. Et que je sache, Bowie ne s’est pas exhibé en mini short sur ses clips à 60 piges. Ou alors encore une fois, c’est resté très confidentiel.

    Quant au féminisme…. Là je sais pas quoi dire.

    Sur ce coup-là Mathieu, je ne te suis pas, mais alors pas du tout

    1. Madonna, reprend, à mon sens, la même stratégie musicale que Bowie, (c’est pour cela que je t’en parle.) Il s’agit pour ces deux-là de reprendre la part la plus jeune et la plus underground de la pop et de l’adapter pour leur musique.

      Que tu reproches cela à Madonna (une femme) sous des airs féministes (« Pas de combat de société ; pas de liberté, surtout pas, juste un asservissement bien dissimulé aux codes machistes »,) je trouve cela un peu déplacé. J’interprète, en te lisant, que selon toi une femme comme Madonna n’a pas droit au jeunisme comme l’ont fait par le passé certains hommes (ex: Bowie), même si ce jeunisme est totalement ridicule, comme tu le soulignes si bien dans ton post …

      J’en reste là car je sens venir le troll …

  8. De ta part ou de la mienne » le troll » ?

    Je crois qu’on parle carrément pas de la même chose pour le coup. Je comprends carrément pas ton premier paragraphe, encore une fois je ne parle pas de la musique mais de ce qu’il y autour : clip, photo.

    exemple pour Heathen

    http://image.lyricspond.com/image/d/artist-david-bowie/album-heathen/cd-cover.jpg

    ou reality

    ou « http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/7/7b/David_Bowie_-_Reality.jpg/220px-David_Bowie_-_Reality.jpg »

    Remarque, il est en costume, ce qui correspond à un style plus de son âge mettons. Alors que Bowie ait voulu faire de la musique de djeunes, grand bien lui fasse. Et pourquoi pas pour Madonna. Ce qui ne va pas c’est tout le message qui est véhiculé.

    Par ailleurs, je trouve Cher ridicule, je ne lui fais pas la leçon. Parce que précisément, Cher n’a jamais fait dans la revendication. Madonna s’est dit féministe, a jeté plusieurs pavés ds la mare et on en arrive là. Alors que tu trouves ça déplacé que je me permette ça, j’ai franchement du mal, mais pourquoi pas.

    Mais au final, au vu de tes commentaires, j’ai, encore une fois, l’impression qu’on parle pas de la même chose et que tu as décidé que de tte manière que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule.

    C’est ton droit 🙂

    Mais je vais faire comme Madonna, je vais te dire :  » Je suis forte, ambitieuse et je sais exactement ce que je veux. Si cela fait de moi une garce, alors OK, je veux bien en être une  » 😉

  9. On m’a fait passer ce post parce que moi aussi je suis ( j’étais ? ) une grande admiratrice de Madonna envers et contre tous ( surtout vers la période Dick Tracy ^^) mais là j’avoue que je ressens la même chose que décrit plus haut. Moi aussi j’ai l’impression d’avoir été flouée , qu’il n’y avait finalement rien derrière cette audace, cette liberté.
    Celle que je prenais pour une femme puissante et qui pouvait changer le cours des choses , celle que je pensais être une des femmes les plus intelligentes de son temps, s’accroche de façon aussi pathétique à ce que elle a été. ( Non même pas, elle était mieux que ça quand elle était jeune)
    Alors d’un coté cela la rend presque humaine de voir qu’elle aussi elle a peur de vieillir et donc de mourir , ça la rendrait presque touchante de voir qu’elle pense vraiment nous avoir avec ses retouches grossières et ses poses toujours lascives alors qu’on se dit les genoux doivent craquer maintenant. Seulement bon , autant « confessions » était bien produit et était de la bonne « dance » autant là… Enfin bref , bravo pour ce post qui résume et qui décrit très bien ma pensée.

  10. Excellent post! Je suis comme toi, totalement déçue, voire dégoûtée, par la nouvelle Madonna qui devient de plus en plus ridicule en star vieillissante, qui s’évertue à faire la position du lézard en rut pendant ses concerts, et au visage qui devient grimaçant par trop de chirurgie plastique…
    Mais où est donc passé Susan habillée par Maripol, impertinente mais si magique, arrogante et mythique…
    PS: J’aimais Madonna époque mariée à Sean Penn , je l’aimais aussi maniant le sanskrit époque Ray of Light, puis culte dans Evita , puis avec sa british touch, mariée à Guy Richie, dans son manoir anglais…
    L’analogie au portrait de Dorian Grey est excellente…Le temps passe, et abime les visages…de ceux qui n’ont pas saisi que l’esprit lui est eternel!

  11. hi
    i’m a year younger than madonna,always loved her music,her force and her being true to herself,
    so what happened!!!!! i really thought she would grow old with class, panach and intellegents what a deception, just another woman scared stiff of letting up and growing old with style, let the gaga’s of this world have there glory you will always be……………….THE FIRST

  12. Au départ, j’ai réagi exactement de la même manière. Son djeunisme m’exaspérait d’autant plus qu’il me semblait être le fuit d’un marketing mal pensé. Il ne faut pas se le cacher, Madonna n’est pas une militante, le marketing a toujours été un moteur essentiel de sa carrière. Même lorsque j’étais vraiment fan d’elle, j’ai toujours douté de ses intentions réelles. Mais ce qui m’importait c’était sa capacité à inspirer, à faire en sorte que nous, le public, puissions l’ériger en symbole.

    Or, là encore, il y a quelque chose à tirer de tout ça. Combien de fois a t-on pu entendre ou lire, notamment sur Twitter, des gens s’insurger que, je cite, « une vieille », « une vioque », « une mémé » ose se dandiner et exposer son sein à la face du monde ? Ce qui apparaît très clairement, c’est que dans l’esprit du public, une femme de cinquante ans, mère de surcroît, ne peut pas se permettre d’afficher son corps et encore moins revendiquer que ce corps a une sexualité. Il y a des standards, des chemins de vie, des comportements sociaux définis auxquels il faut obéir sous peine de provoquer le scandale. Une femme de cinquante ans, mère de surcroît, se doit de tout ranger, ses seins, sa sexualité, son impertinence, pour se conformer à la posture due à son âge. Une posture imposée par la société et l’image de « la femme » qu’elle veut entretenir. Eh bien, c’est finalement aussi navrant que de prétendre qu’une femme respectable est une femme qui n’est ni trop sexy ni trop libérée.

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