Blog : s’adapter ou mourir.

Anefo / Noske, J.D.

 

 

« Beaucoup trop long pour lire sur un portable ».

 

« Oh c’est chiant les articles longs, j’en lis plus ! « .

 

Le blog change, ce n’est pas sale. Ca fait un moment que ça me travaille ces histoires de format. En cinq années de bloguing, le « métier » a bien changé. Plusieurs choses m’ont amenée à tenter de modifier le tir : ces deux réflexions citées au-dessus, qu’entre nous je trouve plutôt complètement cons. Et puis la désinvolture de certaines promos qui, avant, nous poursuivaient pour proposer-quelque-chose-de différent-à-leurs-artistes. Accessoirement, préparer une interview c’est du taf et j’ai autre chose à faire que de perdre mon temps en travaillant une interview pour rien. En fait, globalement, les promos (il y a évidemment des exceptions) veulent bien de nous pour leurs « petits artistes » ou les petits nouveaux mais pour le reste, on oublie, le bruit de fond de facebook et de twitter leur convient largement. Ou le rapport « de force » a changé. Il y a des milliers de blogs, la plupart se contente de reprendre tout ou partie du communiqué de presse ou crache quatre lignes et une vidéo et hop en avant Simone. On est revenu quasiment au point de départ. Les magazines fournissent une analyse un peu plus poussée, 53 tweets, 40 partages facebook et c’est bon. Le blogueur qui servait de corps intermédiaire entre l’artiste et les journalistes a été remplacé par le consommateur. Qu’importe la qualité pourvu qu’on ait la quantité. Les lecteurs suivent. M’est avis qu’on en reviendra de ça aussi mais pour l’instant, il faut s’adapter ou mourir.

 

Première chose : déterminer quels sont mes points forts et mes points faibles : malgré quelques esprits chagrins, je crois que j’écris bien. Par ailleurs, je crois que j’ai un bon sens de l’observation et que parfois, j’arrive à faire des ponts entre deux idées. Je suis plutôt fine psychologue, je le vois bien sur les interviews, j’arrive à attraper des sensations et des émotions. Mais je sais aussi que je ne suis spécialiste de rien. Seuls les experts, à mon sens, peuvent continuer à écrire de longs articles. Je suis incapable d’écrire une chronique de disque : manque de compétence technique, de culture musicale. Par ailleurs, ce qui était un de mes angles,  à savoir moi et mes névroses, s’essouffle. Je n’ai plus grand chose à dire, le processus d’élimination est provisoirement suspendu.

 

Second point : déterminer de quoi j’ai envie de parler : après mûre réflexion, je n’ai pas envie de changer de sujet. C’est pas maintenant que je vais me transformer en blogueuse beauté ou mode ou me lancer dans l’économie. Je resterai donc dans le champ de la société/politique, la musique et la fiction. Mais parler de tout ça autrement en créant des cadres précis et déterminés. Quelque chose de quasi rigide. Et puis, revenir au rire aussi. Oui, vous ne le savez pas mais ceux qui me suivent depuis 5 ans, eux le savent, il fut un temps où je faisais rire. Si, si…

 

Troisième point :  m’affranchir des corps intermédiaires et des contraintes physiques. Je pars sur des formats où une rencontre n’est pas nécessaire. Un simple envoi par mail et libre aux artistes de répondre ou pas. Un format d’interview tel que je peux aussi le faire traduire en anglais. Je ne serai donc plus limitée aux artistes francophones bien que j’ai adoré cette spécialisation, forcée au début, totalement revendiquée ensuite. Pourquoi pas en espagnol ! Du court et du percutant. Du digeste avec peut-être des points de suspension pour amener la réflexion après. Après le texte.

 

Donc cela m’amène à trois formats de texte : une interview à proposer aux artistes. C’est terminé de me cantonner à la musique. J’ai envie de voir plus large, c’est devenu trop compliqué de bosser avec les promos. Et puis aussi, un format de fiction rigolo, sous forme d’interview aussi. Un détournement…

 

Par ailleurs, il faut que je propose quelque chose plus régulièrement à Playlist Society. Je tiens vraiment à cette ligne directrice qu’a choisi Benjamin Fogel : essayer d’être un peu littéraire en parlant de culture. N’étant pas capable d’écrire une chronique de disque, je vais m’orienter sur de la fiction courte basée sur un morceau de musique. Quelque chose de cinématographique de préférence. Reprendre le format des Danaïdes mais peut-être sur des thèmes plus légers : un morceau de musique comme base, une scène très chorégraphiée et un tableau pour illustrer. PlaylistSociety est un blog culturel. Ce format me permettrait de faire des ponts entre plusieurs disciplines ; en somme, créer un instant culturel. En tout cas, c’est ce que je vais proposer à Benjamin qui est plutôt de bon conseil.

 

Il m’arrivera toujours d’écrire des billets gueulantes, j’imagine. Mais ce sera accidentel. Mais ce qui a été ma « spécialité pendant longtemps à savoir des textes longs, psychologisant, émotionnels ne rencontre plus trop les lecteurs. Peut-être que c’est ce climat de crise qui fait que les gens sont impatients, n’ont plus trop envie de fond (en tout cas sur le web). Ou alors je ne parle pas assez d’eux. Il n’y a qu’à voir le succès surprise de « Le paradis des kit-kats » ou « Les Danaïdes : les chiens perdus« . Il s’est passé quelque chose sur ces billets. Quand je regarde ce qui a le plus marché, ce sont les billets réactifs et au milieu « l’arche d’alliance ou de l’amour à mon âge » qui était plutôt fun. Il y a des leçons à tirer de tout ça. Surtout j’aime bien me remettre en question et apprendre à écrire autrement m’attire.

 

Il faut aussi que j’adapte Heaven can wait à ces nouvelles perspectives. Aujourd’hui mais cela peut évoluer, je vois les choses comme ça : Heaven tel qu’il existe avec son look et ses billets restera mais avec un nom de domaine légèrement différent. Par exemple, Heaven can wait / les années longues. Du coup garder le nom de domaine tel quel pour une nouvelle saison (même si ce terme est fatigué) et changer radicalement de look. Quelque chose de moderne à contrario de l’aspect très 50’s actuellement. Quelque chose qui soit totalement adapté à ces maudits portables.

 

J’ai toujours conçu l’activité « blog » comme quelque chose qui ne pouvait rester figé. A moins encore une fois d’être un expert, il faut impérativement être en mouvement constant. Ca fait deux ans que Heaven existe tel qu’il est. Il est largement temps qu’il change et moi aussi….

11 commentaires sur “Blog : s’adapter ou mourir.

  1. so we are waiting for you !

    C’est marrant l’auto critique et le recul que tu prends sur tes écritures, comme s’il devait y avoir un but, ou un objectif. Ou de rechercher l’utilité.
    C’est un point de vue intéressant. J’ai toujours pensé défouloir, instant, sentiment, avis en ce qui concerne un blog, avec finalement ce je ne sais quoi de personnel que nous avons besoin d’exprimer.

  2. 5 ans de blog,ça fait long et il faut évoluer. Je regretterai tout de même ces longues pages intelligentes écrites par une femme (et certaines « séries » je les ai même imprimées pour pouvoir les lire tranquillement).
    Car les femmes/filles écrivent beaucoup sur la mode, la cuisine, leurs lectures… Et, euh, sur quoi d’autre?
    Je ne parle pas des journalistes/bloggueuses pros.
    Bonne route Sailor!

  3. Évolue certes mais reste toi même. J’aime la façon dont tu écris, spécialiste ou non. Tu as quelque chose à dire. Tu es agréable à lire. On ressent une âme et çà fait tout.
    Je suis pareille que toi, en ce moment je ressens cette espèce de brouahah blogguesque, ce flou ou peu importe ce que tu postes du moment que tu le postes. Je dis non. Je dis que nous valons mieux que çà. Restons nous même et ce pour quoi nous avons commencé en premier lieu. Le reste suivra, ou non, mais ce n’est pas le plus important à mon sens.

  4. À la lecture de votre billet, un parallèle s’est fait immédiatement dans mon cerveau entre votre sujet et l’exigence du monde professionnel. Ainsi, pour rester dans la course, pour ne pas devenir obsolète, il faudrait changer. Changer de job, parce que ça fait déjà cinq ans que j’occupe le même poste et que sur un CV ça fait ringard, même si au fond le poste que j’occupe me plaît toujours. Changer parce que ne pas changer serait régresser car changer c’est évoluer, et évoluer est souhaitable. Comme si être statique devait nous faire sentir coupable, vilaine maladie qui nous remplit de vergogne alors que nous ne sommes pour autant pas de l’eau stagnant dans laquelle tout pourrit ! Pourquoi dès lors n’y verrait-on pas de la stabilité, de l’équilibre ? Nous vivons dans une société où il faut agir, agir constamment, être dans l’action, l’action rapide, désordonnée ? Tout sauf l’inaction car dans cette nouvelle équation, inaction = végéter.
    Non, non je ne suis pas d’accord avec vous si votre volonté de changement est motivée uniquement par l’envie de rester dans le ton ! Détonner nom de dieu, détonner**, comme vous en aurait enjoint mon prof de Philo. Résistez et par votre résistance au changement forcé et forcené montrez que c’est vous qui décidez de ce qui est tendance !

    ** j’ai bien choisi « détonner » avec deux n, et en détonnant peut-être allez vous créer une sacrée détonation qui ébranlera cette fichue part des blogs conventionnels !

  5. J’ai dû mal rédiger mon billet 🙂

    Je reprends. Cette injection de changement, je ne la vois pas sur tous les plans.
    Ca fait neuf ans que je bosse au même endroit, 8 ans que j’habite au même endroit, 10 ans au minimum que je vis avec deux personnes, bon mes enfants mais ça compte :p
    Et j’en suis ravie.

    Comme je l’ai précisé dans le billet, ma conception du blog est très claire : c’est un mouvement constant. C’est comme ça que j’envisage les choses et c’est ce que j’ai toujours fait ! D’abord LadiesRoom, puis Epidemik, puis changer le look d’epidemik, créer Voldemag, partir de Voldemag, créer Heaven. Je ne subis pas ! J’en ai envie.

    Peut-être parce que justement ma vie est relativement statique par ailleurs.

    C’est marrant que vous interprétiez, enfin certains d’entre vous, ça comme quelque chose que je subirais. C’est pas du tout le cas. Et l’excitation que je ressens sur ce nouveau projet est particulièrement gratifiante : proposer autre chose, ne pas m’encroûter dans une forme d’écriture, apprendre à faire autrement.

    Je ne le vois pas comme quelque chose qui me forcerait à tout prix à rester dans le ton. J’aime observer le web, ses évolutions et m’adapter. C’est un jeu qui m’amuse. Et je ne crois pas que ça soit autre chose qu’un jeu.

    J’ai mal formuler ma phrase du début (mais j’aime les formules qui claquent) :

    Blog : s’adapter ou mourir. C’est pas que c’est fatalement ce qui va se passer. C’est ce que je ressentirai moi, en voyant le web évoluer sans en tenir compte. C’est quelque chose de positif. Quelque part c’est la vie 🙂

  6. Ping : Edito |

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