Flavio, le métronome au ralenti…

Je n’ai jamais recroisé mes ex par hasard. Sauf un.

 

1984 ou 1985 ? J’avais 14 ans ou 13, je ne sais plus, j’étais encombrée par le corps, les hormones et la révolte, paralysée par la timidité ; Fabrice était le premier garçon que j’embrassais sérieusement. Il était très beau, minet de province qui sait parfaitement qu’il l’est. Je n’en revenais pas. J’étais sortie avec Fabrice ! Ca ne s’oublie pas même si ça n’a duré que le temps d’une boum.

 

Je suis partie en courant de la petite ville de province où j’habitais, à exactement 18 ans et 3 jours, en plein milieu de l’année du bac. Quelques temps plus tard, j’ai négocié mon installation à Paris. J’ai tout reconstruit là-bas et quand mon amie Véronique a voulu me présenter son nouveau boyfriend, Flavio, j’étais ravie pour elle. Elle était amoureuse, il était mannequin. Nous sommes en 1990, 1991 ? Je ne sais plus quelle réaction nous avons eu, Flavio et moi, quand nous nous sommes reconnus : mâchoire qui se décroche, éclat de rire ? C’était Fabrice qui avait laissé son prénom en province. Quelles étaient nos chances de nous croiser à nouveau ? Presque nulles.

 

1994. J’ai 23 ans, je pars vivre quelques mois à New-York. Je suis comme un poisson dans l’eau là-bas. C’est peut-être la période la plus heureuse de ma vie quand j’y pense. Ce bien-être… Fred a craqué et est venue me rejoindre, Véro aussi. Une bande de copines à cet âge-là dans cette ville, c’était un truc de dingues ! A quel moment je suis tombée sur Flavio ? Je ne m’en souviens pas. Je sais juste que ça a commencé à m’intriguer. C’était quand même fou de se retrouver à des milliers de kilomètres, des années après la première rencontre. Quelles étaient les chances ? On a fait la fête ensemble à Manhattan. Pas de longues discussions, juste le sourire des gens qui assistent à un clin d’oeil du destin. Nous étions peut-être un peu arrogants ; surtout nous étions jeunes, nous étions beaux, nous sentions bon le bitume chaud. 😉

 

2003. Je viens de débarquer à Paris, trois valises à la main et mes deux enfants. Je me mets en mode machine de guerre : gérer la séparation, trouver du boulot vite, retomber sur mes pieds, sur mes pattes comme les chats. Ca ne loupe pas, je tombe sur Flavio dans la rue. Bref échange, il a vieilli et moi aussi. L’insolence de la jeunesse nous a quittés.

 

Décembre 2012. Je sors du boulot, je suis chargée, maudit shopping de Noël. Je traverse la rue, je lève la tête, il me regarde, il est en pleine conversation téléphonique. J’éclate de rire : Flavio. On se tape la bise, il est toujours au téléphone : « Tu vas bien ? ». « Oui, et toi ? » « Oui » « Ne raccroche pas, je dois y aller, joyeuses fêtes, hein ?! ». On n’a pas le temps alors on continue nos chemins, le sourire aux lèvres. On repart avec nos paquets, notre embourgeoisement et nos vies empêtrées.

 

J’ai encore rencontré Flavio et je me demande ce qui va se passer…

 

Je ne croise jamais d’ex par hasard. Jamais. J’y ai bien réfléchi. Je n’ai pas le souvenir d’être tombée sur l’un d’entre eux au détour d’une rue. J’ai remonté le fil du temps et les hommes qui ont compté et non, cela n’est jamais arrivé. Il n’y en a qu’un seul : lui. Flavio est comme un métronome tranquille dans ma vie. Un métronome qui rythme les oscillations de mon destin, un métronome au ralenti. Mon premier vrai baiser ressurgit du passé à intervalles réguliers ; des intervalles qui correspondent grosso modo à des changements de vie chez moi. J’y cherche un sens, je ne le trouve pas mais j’y suis attentive. Je ne comprends pas à quoi ça correspond – pas question d’y voir que Flavio pourrait être un homme pour moi, ça n’est pas du tout ça l’histoire, je le sais – je ne comprends pas pourquoi la vie persiste à me jouer ce tour : rencontrer encore et encore le premier garçon et ressusciter deux adolescents qui pensaient qu’un jour, le monde leur appartiendrait…

 

 

 

 


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