Parentalité pour tous

 

Je ne regarde jamais #onpc mais j’ai pris le temps de regarder le replay d’hier soir sur le débat à propos du #mariagepourtous et ma foi (!!), il était fort intéressant. Voir ici.

 

Pour ce que j’en ai vu, mise à part une part (certes, peut-être importante) d’hystériques, le mariage pour tous et donc pour les homosexuels ne pose pas tant de problèmes que ça. Le point central, ce sont les enfants. Pour Frigide Barjot, si j’ai bien compris, la question essentielle, c’est que sur le livret de famille, il y soit indiqué un père et une mère.

 

Je veux bien admettre qu’il soit important que cela y figure parce qu’on peut retourner le problème dans tous les sens, effectivement, un enfant ne naît pas par l’opération du saint esprit (quoique… ^^) mais bel et bien d’un spermatozoïde et d’un ovule, a fortiori d’un homme et d’une femme. Pour autant, il n’est plus question de relations sexuelles dans cette histoire, il est question de deux éléments qui se rencontrent naturellement ou « technologiquement ».

 

La filiation donc.

 

Ce qui me gêne un peu, c’est que si la filiation est essentielle à ce point-là pour Frigide Barjot, elle met le curseur là où elle veut et pas jusqu’au bout.

 

Je suis sensible à l’argument de la filiation… naturelle. Et à mon sens, il y a un paxon de trucs qui devrait être réformé si on suit la logique jusqu’au bout.

 

D’abord, premier point, ce n’est pas parce qu’on est marié que la reconnaissance par le mari devrait être automatique. L’on sait qu’en France à peu près 10% des enfants ne sont pas du père officiel. L’Etat a mis en place un système de reconnaissance de l’enfant à priori, ce me semble et précisément à cause de ça. Ca devrait être le contraire. A notre époque, le mariage ne devrait pas inclure automatiquement la filiation parce que c’est dans certains cas un mensonge et que si le bien-être et la filiation naturelle de l’enfant sont importants à ce point-là, l’on devrait tenir compte de ces mensonges, non ?

 

Ensuite, quid de l’adoption plénière ? Le livret de famille gomme la filiation naturelle. Et ça effectivement, c’est un problème mais qui ne concerne pas que les familles homosexuelles et c’est plus vers une réforme concernant ce point à laquelle il faut s’attacher. Il faudrait que quoi qu’il arrive, cela soit mentionné dans le livret de famille. Si la filiation « naturelle » doit exister, elle doit exister partout. De facto, le danger évoqué par les anti mariage pour tous tombe. L’enfant aura bel et bien des géniteurs de chaque sexe qu’ils soient connus ou inconnus. Cela éviterait par la même occasion le mensonge trop souvent pratiqué dans certaines familles hein…Parce que si pour les anti, dire qu’une enfant a un père et un père ou une mère et une mère est une fable, j’aimerais qu’on fasse le ménage jusqu’au bout vu que certains livrets de famille sont purement et simplement des escroqueries… C’est ça qu’il faut réformer dans son ensemble. Mais las, ce n’est pas tellement le problème des anti, en fait ils s’en foutent, ce qu’ils veulent c’est un homme et une femme à n’importe quel prix, ce n’est pas fatalement le père ou la mère biologique, comprenez- vous ? Que je sache Frigide Barjot ne s’est pas prononcée contre l’adoption plénière dans son ensemble, non c’est exclusivement réservé aux homosexuels. Alors question de principe ou genre d’homophobie latente ?

 

La PMA ne fait plus partie du projet et c’est logique. De toute manière, c’était discriminatoire envers les homosexuels. Les homosexuelles pouvaient l’utiliser et pas eux si j’ai bien tout compris. Mais au delà, c’était aussi discriminatoire envers les hétérosexuels et éventuellement source de dérives (eugénisme ?). Pour l’instant, il faut mettre les choses à plat, y réfléchir et créer une loi pour tous et toutes et ce quelle que soit la sexualité. A mon sens, le livret de famille devrait être réformé pour que cela soit mentionné aussi. L’enfant a droit à son histoire et ce jusqu’au bout. Cela éviterait, encore une fois, bien des mensonges. Accessoirement, l’histoire biologique d’un enfant est essentielle, ne serait-ce que pour une question de santé. Et qu’est-ce donc un livret de famille que simplement la trace d’une histoire, quelle qu’elle soit ?

 

C’est curieux comme Frigide Barjot et ses comparses s’arrêtent en plein chemin.

 

Enfin, on peut discuter du postulat qui tendrait à dire qu’un enfant ne peut s’épanouir qu’avec un père et une mère. C’est un vœu pieux, ça n’est pas la réalité. J’ai la faiblesse de croire que mes enfants s’épanouissent sans leur père. C’est pas la panacée mais c’est comme ça. Je connais des gosses pas du tout épanouis entre leur père et leur mère ; on en connaît tous. On peut même remettre en cause l’autorité parentale qui est en pilote automatique grâce au livret de famille. Pour moi, je ne vois pas du tout au nom de quoi le père de mes enfants pourrait se réclamer d’une quelconque autorité sur ses enfants vu qu’il ne les a pas vus depuis cinq ans. Il ne les appelle ni pour leur anniversaire ni pour Noël autant dire que le service minimum n’est pas assuré. Il n’est pas question de nier la paternité de mon ex-mari, il est question de la non-assistance, du non-soin, de la non-présence. Il n’aurait pas le droit de les adopter si on devait s’en tenir à son comportement et pourtant, il a des droits sur eux.

 

Quant au statut du beau-parent, je suis très dubitative. Déjà qu’il est extrêmement compliqué de gérer les relations entre ex-époux, voire les grands-parents, en rajouter une couche à ce niveau-là va provoquer des casse-têtes juridiques à n’en plus finir. Faudra-t-il rajouter dans le livret de famille leur présence ? Je ne sais pas, je pose la question. Et encore une fois, quid du bien-être de l’enfant ? C’est vrai que parfois un beau-parent s’est plus occupé d’un gosse que son parent officiel. Quid des relations affectives ?

 

Et c’est là où la clique de Frigide Barjot pose un débat qui devrait les dépasser et dont trop peu de personnes s’empare vraiment. Qu’est-ce que la famille aujourd’hui ? Quels sont les droits de chacun ? Comment être sûr de restituer l’histoire d’un enfant ? Et si on débat vraiment de ces choses-là, nul doute que les opposants au mariage pour tous vont se retrouver dos au mur car ce qu’ils défendent s’effondrera au premier coup de marteau de la réalité.

 

Pour moi, les choses sont simples, le mariage entre personnes du même sexe doit être adopté car c’est le cours de l’histoire. Mais on ne pourra pas passer outre un débat sur la famille. Trop de mensonges dans les familles traditionnelles et  si « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient », il est évident que ce que défendent les opposants tombe à l’eau parce qu’ils s’arrêtent en plein milieu. Où l’on se rend compte que leur combat date des années 50. Ils combattent pour la « filiation naturelle » mais restent dans le monde merveilleux des petits poneys violets où parfois, la véritable histoire des enfants est gommée. C’est un combat d’un autre âge. Papa et Maman se sont mariés, ont eu des enfants et les ont aimés. Nous sommes en 2012, les enfants naissent hors ou dans le mariage, sont adoptés, naissent par procréation assistée, de père inconnu ou pas du bon, grâce à une mère porteuse à l’étranger, les couples se disloquent, les beaux-parents existent, les enfants sont élevés par deux femmes, deux hommes : les situations sont complexes et le modèle de famille défendu par les anti est en perdition. En France, 17,5 millions de familles dont 2,4 millions monoparentales. En 2011, 44,7% des mariages finissent en divorce. 1200 enfants sont nés en 2008 grâce à un don de sperme d’un inconnu. Combien sont au courant ? Frigide Barjot les défend-elle ? En 2007, 3964 enfants ont été concernés par une adoption plénière. Combien sont au courant ?

 

Il serait temps d’effectivement restituer l’histoire d’un enfant sur le livret de famille quelle qu’elle soit et de faire le distinguo entre la filiation naturelle et les droits des parents sur un enfant. On peut même inclure dans ce débat les familles dysfonctionnelles. Pourquoi des parents conservent l’autorité parentale en dépit du bon sens ? Je fais référence à cette histoire par exemple. Combien de familles maltraitantes vont-elles défiler cette après-midi ? En 2008, 650 000 enfants étaient en état de maltraitance… Le gamin dont nous nous sommes occupés avec mon ex-mari n’était pas adoptable alors que sa mère avait fui en Espagne et que le père était un forcené. Au nom de quoi ? Du modèle de cellule familiale défendu par les anti ?

 

En définitive, ce qui compte, ce n’est pas la sexualité des parents mais comment l’enfant a été conçu (filiation naturelle) et qui a des devoirs envers lui et qui s’en occupe (filiation affective). Les deux coïncident souvent mais pas systématiquement et c’est bien ça qu’il faut régler. Au delà du mariage pour tous, c’est la parentalité pour tous qui est en question. Et si on pose vraiment les choses, je ne suis pas sûre que ça va plaire à tous ceux qui vont brailler aujourd’hui. Ca risque même et je l’espère, de leur exploser en pleine figure…

 

(je ne suis pas juriste, il y a peut-être des erreurs dans ce billet. N’hésitez pas à m’en parler pour que je rectifie. C’est un plus un billet de citoyenne lambda qu’autre chose. J’ai bien conscience de ne pas rajouter grand-chose au débat mais j’avais envie de faire entendre ma petite voix )

 

4 commentaires sur “Parentalité pour tous

  1. Des études sur 25 ont été réalisées aux USA et au Canada, avec des résultats assez étonnants. Conclusion (en français) d’une de ces études : Les mères lesbiennes seraient de meilleurs parents http://yagg.com/2010/06/10/les-meres-lesbiennes-seraient-de-meilleurs-parents/

    L’étude complète US : http://pediatrics.aappublications.org/content/early/2010/06/07/peds.2009-3153.full.pdf+html

    La canadienne est plus complète mais je ne la retrouve plus…

  2. Je veux bien le croire mais le truc pour moi, c’est pas de se tirer la bourre sur quel type de sexualité élève mieux ses gosses.

    Ce qui me semble fondamental, c’est que nous cessions de raisonner à l’envers à savoir les parents ont des droits sur leurs gosses. Les enfants ont des droits et entre autre d’être élevé par des parents aimants et à peu près responsables. Qu’ils soient biologiques ou pas.

    C’est comme ça que ça devrait marcher et non le contraire 🙂

    1. Justement, c’est pour cela que je voulais te parler de l’étude canadienne. Celle-ci démontre que les enfants de parents homos sont aussi équilibré que les enfants de parents hétéros.

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