« Voter c’est tweeter », la fausse bonne idée.

Capture du Lab d'Europe 1
Capture du Lab d’Europe 1

 

Petite réflexion rapide.

 

Ca, c’est la campagne d’incitation au vote du ministère de l’intérieur, à croire que Manuel Valls a pris un décontractyl. Vous noterez en prime le hashtag cool à la Obama ; faites gaffe dans pas longtemps François Hollande reprendra « Let’s stay together »…

 

Je comprends l’idée : faire du vote un acte moderne, motiver les jeunes, s’inscrire dans l’air du temps, mais il y a tout de même un problème de fond dans la démarche : voter suppose une réflexion, voter suppose de lire les programmes, voter suppose une projection dans l’avenir et si je likais, tweetais comme je vote, les statuts concernés auraient largement le temps de disparaître dans les abysses des internets…
 

Exemple : ma nièce poste une photo de sa fille en vacances. En temps normal, j’aurais liké spontanément avec un grand sourire aux lèvres, mais dans un contexte pareil je vais prendre mon temps : vérification, ma nièce est-elle vraiment là où elle prétend être ? Qu’y-a-t-il derrière tout ça ? Partir en vacances au bord de la plage, économiquement, ça suppose quoi ? Le pays où elle est partie est-il démocratique ?  Me vend-elle un programme de vacances éthique et non polluant ou me vend-elle une opération de communication ? Deux jours après, me voilà encore en train de réfléchir en me disant que j’ai quelques mois devant moi pour prendre ma décision.
 
Exemple : Nadine Morano tweete une énième connerie. Je la retweete pour ricaner. Est-ce que j’adhère à ses sorties de route ? Non. Mes followers me connaissent (enfin, pas les nouveaux), ils savent que c’est clairement pour me foutre de sa gueule. Si je vote comme je tweete, je vais donc voter Nadine Morano pour rigoler et si elle passe, pas de souci c’est une vaste blague, les gars ! On est bien là pour déconner, nan ?! Hashtag #LOL. Pareil, si je retweete avec un commentaire mordant : j’écris une blague sur mon bulletin de vote avec un smiley, mais pas de bol il va être par conséquent nul.
 
Je caricature évidemment, mais il y a dans le rapprochement « tweeter, c’est voter », une démarche extrêmement étrange. Voter serait comme une combustion spontanée avec toutes les possibilités de second, quatrième, cinquante-sixième degré : et tiens si je votais FN pour rigoler ? Je fais ça pour la galerie, pour faire ricaner les gens, surtout je n’étudie pas les conséquences. Parce que c’est ça tout de même l’histoire avec les réseaux sociaux : on ne réfléchit pas souvent aux conséquences et tant mieux, c’est ce qui fait la force du bordel : la spontanéité et l’émotion.
 
Or le vote suppose EXACTEMENT LE CONTRAIRE ! 
 
Je trouve ça dingue d’en arriver là. Confondre les deux gestes, c’est tirer vers le bas l’action politique. Et sincèrement, chère Place Beauvau, si les Français commencent à considérer le vote comme un acte de réseau social, vous avez énormément de souci à vous faire… Je rappelle la « jurisprudence » de la page facebook du bijoutier…On ne vote pas pour le fun, on ne vote pas parce qu’on a cinq minutes à perdre, on ne vote pas pour s’occuper ou se renseigner : on vote parce que l’on prend ses responsabilités de citoyen.
 
J’ai tendance à penser que pour inciter les gens à voter, il faut des partis crédibles et des programmes appliqués. Commencez par ça, ça devrait « impacter », comme on dit, davantage hein…
 
Le lien vers l’article du Lab
http://lelab.europe1.fr/t/voter-c-est-tweeter-en-vrai-comment-le-gouvernement-utilise-les-codes-des-reseaux-sociaux-pour-inciter-a-voter-aux-municipales-13187

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