Au revoir Jérôme

Jérôme est mort hier soir.

 

Jérôme est mort hier soir dans un accident de voiture. Son corps a brûlé. Est-il mort avant ou après, je n’en sais rien. Il est mort sur le coup m’a dit Yvan. Jérôme est mort hier soir et ça a fait quatre lignes dans un journal régional.

 

Depuis la semaine dernière, des photos des années 90 circulaient. Un groupe d’amis de vingt ans sur facebook, pour certains fâchés, pour d’autres pas très intimes, pour d’autres encore très liés ; la vie. Adri et moi avions ri en se souvenant que Jérôme sautait dans la flotte dès qu’il en voyait une : mer, océan, piscine, au printemps, en été, à l’automne et surtout en plein hiver, c’était bien plus marrant. Ce matin quand j’ai vu la photo de Jérôme postée avec un « In mémoriam », j’ai cru à une blague de mauvais goût, quelque chose que je n’avais pas suivi. Mais Jérôme était vraiment mort.

 

Jérôme, c’est un pote de vingt ans. Jérôme c’est ma jeunesse. Jérôme c’est l’avenue Niel. Jérôme était le plus brillant d’entre nous, celui qui avait le mode de pensée le plus sophistiqué, Jérôme était un intellectuel. Jérôme n’a rempli aucun contrat social ou si, à sa manière, loin de ce qu’on avait imaginé.

 

-« Et c’est même pas de sa faute… »

 

C’est ce qu’on s’est dit un peu bêtement. Yvan au téléphone, bouleversé ; Adri retournée. Jérôme a fait tant de conneries. Jérôme l’a échappé belle tant de fois et Jérôme a fait tant d’échappées belles… On n’arrivait plus à suivre ses choix. Je n’ai jamais vraiment été intime avec lui, dans une bande aussi tentaculaire, c’est compliqué de construire des liens forts avec tout le monde, mais Jérôme était là : son rire envahissant, sa voix de stentor, son corps qui prenait tant de place parfois. Jérôme se baigne un premier janvier. Jérôme part vivre au Sénégal. En Bretagne. Ici ; ailleurs. Jérôme revient, s’en va, repart, jamais en place.

 

Comme un petit miracle, j’avais échangé la semaine dernière avec lui alors que ça devait faire deux ans que c’était plus le cas. Je le vois encore maintenant sur un réseau social ; son commentaire. Je l’avais remercié :

 

« Merci Jérôme pour ton soutien ! »
« Depuis toujours Nat »

 

Mais Jérôme est mort hier soir. Je le répète encore et encore parce que son absence, il va d’abord falloir que je l’apprenne par coeur avant de la réaliser. Toute la tendresse que j’éprouve à son égard flottait loin du quotidien.

 

Et me voilà en train de chialer comme une conne. Et me voilà en train d’écrire juste pour dire mon chagrin. Juste pour dire qu’il a existé. Juste pour dire que je pense à sa famille.

 

Il ne sera plus jamais là et le temps et le monde n’ont même pas cessé de tourner ne serait-ce qu’une seconde.

 

Jérôme est mort hier soir.

 


Je ne sais même pas pourquoi je mets ce morceau. J’en sais rien, j’aurais pu trouver plus adapté, j’imagine. C’est le seul qui me soit venu. Un vieux revival des années 90, un morceau qui compte. Un souvenir.

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