Chroniques des enchantements #100DaysOfHapiness part 3

C’est @bacicoline qui m’en a parlé : un hashtag #100DaysOfHapiness et toi, pendant cent jours, tu prends en photo ce qui t’a rendu heureux. J’aimais beaucoup l’idée. Je l’ai même proposé comme exercice à une dame un peu perdue, comme une discipline pour reprendre pied dans la vie et puis, dimanche dernier, une coïncidence m’a décidée à participer, mais comme je suis une quiche absolue en photo, je me permets une variante.

 

 Dimanche.

 

Je suis bien ; juste bien. J’aime être chez moi, c’est un endroit perché dans le ciel et je m’y sens à l’abri. Je fais du bricolage, j’aime de plus en plus ça même si le résultat reste plus ou moins aléatoire : faire de l’enduit, peindre. Des joies simples, trip Herta.

 

 Lundi.

 

Je marche vers l’Opéra Comique pour une soirée organisée par Arte et RSF en soutien au peuple syrien. Je n’avais jamais été dans cet endroit.

 

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Une jeune réalisatrice syrienne nous parle. « Hier un bébé qui venait de naître a été tué aussi sec et je me suis dit qu’en France, au même moment, un bébé naissait et pouvait vivre ». Elle finit par pleurer ; un peu. Des lettres de syriens sont lues : certaines empreintes d’ironie, d’autres de grande détresse, petits témoignages d’une vie livrée au chaos.

 

Il y a quelque chose d’absurde dans cette soirée. Nous sommes confortablement installés en train d’écouter la violence d’une guerre, mais je suis tout de même contente d’être là. J’aimerais faire plus, plus que de tweeter régulièrement des liens dont tout le monde se tape, plus que d’être là, ma présence comme un soutien.
 
J’achète un livre en sortant et je commence à le lire. Au moins savoir à défaut de pouvoir.

 

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Je rentre et cette soirée m’a fait prendre conscience, brièvement, que j’ai de la chance de vivre en France. Je marche dans la rue sans être menacée, je peux brailler que François Hollande est un baltringue, je ne finirai pas torturée dans une prison. C’est ça aussi le bonheur : vivre dans un pays où la liberté existe. En tout cas, sa déclinaison la plus importante existe.

 

 Mardi.

 

J’ai l’impression d’être la belle au bois dormant. J’attends le plombier. Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent, j’ai un rapport très particulier à tout ce qui s’approche de près ou de loin de la plomberie. C’est absolument fascinant. Toutes les galères possibles et imaginables en matière de flotte me sont arrivées et j’arrive encore à faire preuve d’innovation en la matière.

 
Au bout de quatre heures, c’est fini. Le moment est grave.
 


Lancer la musique pour être dans le mood.

 

Je m’élance dans le couloir, une serviette à la main. Je pénètre dans la salle de bain. Je pousse d’un geste énergique le rideau de douche (roulement de tambours). Elle est là. La brand new douche. Je rentre dans la douche. (trompettes). Je respire un bon coup (tambours bis). Je lève les bras en l’air en signe de victoire, j’appuie fermement sur le bouzin, je suis le maître du monde : je prends une douche. Sans pince. Sans tournevis.

 
J’ai l’impression de vivre la première démonstration d’électricité, d’assister au lancement d’Apollo, la naissance du feu ou le premier décollage d’un avion. Le progrès !
 

Vous pouvez arrêter la musique maintenant.

 

Soirée Virginie. « Dirty Dancing » prévu. Je déteste ce film, il me laisse de marbre, mais il m’offre quelques barres de rigolade tout de même. Virginie me montre des photos d’Evie et de Roxane, deux charmantes gamines en bas-âge. Je les regarde et je trouve qu’elles ont un vrai truc en commun. Virginie me dira « oui, toutes les deux ont cette certitude absolue que tout va bien ». Le privilège de certains bébés nés dans une atmosphère aimante, calme et joyeuse…

 

 Mercredi.

 

J’écoute « L’aventura » de Sébastien Tellier et le fou-rire monte. Vraiment ce type n’a peur de rien, on est toujours avec lui au bord du précipice kitch et pourtant, ça fonctionne.
 
Les hostilités pour les inscriptions de mon fils en sixième et de ma fille en seconde ont commencé. Petit conseil, évitez de faire des enfants avec quatre ans d’écart, ça vous évitera de vous retrouver dans cette configuration épique. Le truc avec l’Education Nationale, c’est que tu penses que ça va rouler, mais en fait pas du tout. C’est le principe de base. Depuis le 16 juin, j’essaye de vérifier que Baptiste est bien au collège prévu, mais 1/ la date était pas la bonne, 2/ arrivée au moment fatidique, le logiciel AFFLENET a décidé qu’il avait très envie de me faire chier. Ce qui m’amène à écrire à l’Académie (après avoir été aidé par son compte sur twitter. Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas, le CM est très efficace).

 

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Le soir, je rentre et à un moment donné, je vais dans ma salle de bain (je sais, c’est fascinant). J’attrape un truc et soudain… L’étagère à l’intérieur d’un de mes placards s’écroule. Perplexe, je la ramasse et je dois bien constater qu’elle s’est auto-détruite de l’intérieur. Des termites ? Je lève les yeux au ciel en me disant que c’est pas possible une scoumoune pareille. Le bois s’est tellement effrité qu’elle a des trous. Paniquée, je vérifie le placard. Que dalle. Il n’y a que l’étagère qui a été attaquée, ce qui constitue un non-sens. Pourquoi à l’intérieur, bordel ?! Le fou-rire me gagne.

 

 Jeudi.

 

Avec Bertrand, mon concierge, on regarde l’étagère. Plongés dans un abime de perplexité, nous observons un silence religieux. « C’est pas des termites, c’est de l’eau ».

 

Vous savez quoi ? Je m’en doutais…

 

« -Ok, Bertrand, mais pourquoi l’eau a attaqué l’étagère MAIS PAS LE PLACARD qui est en bois lui aussi ?
-Ha ça…
-Que l’eau, elle rentrerait dans le placard, mais qu’elle se dirait « Oh je vais encore la faire chier celle-là, je vais uniquement attaquer l’étagère question qu’elle s’arrache les cheveux ?
-… »

 

À leroy-Merlin, ce sera la même perplexité. Avec le vendeur, nous nous inclinons devant un des plus grands mystères restants de l’univers…
 
-« Vous lui avez donné un bain ?
-À qui ?
-L’étagère.
-…
-Non mais chais pas, parfois les gens…
-Ils s’attachent à leurs étagères, leur donnent un ptit nom et un bain ?
-J’ai vu de tout, vous savez.
-Certes… »

 

L’après-midi, je reçois un coup de fil de ma copine Victoria psychanalyste-guide-touristique-mannequin-senior. Je l’adore, ma Victoria ! J’aime les gens multiples. « J’ai fait une formation pour faire de l’hypnose, tu voudrais pas être mon cobaye ? ». Mais grave ! En matière de cerveau, je teste tout. Pour les choses légales, j’ai fait une séance d’une après-midi de déblocage perdue en pleine pampa de la Dordogne, suivie pendant quatre ou cinq ans par un psychiatre, me suis penchée sur les neuro-droitiers, fait six mois de PBA (génial !) et maintenant de l’hypnose. Mind Games. Rendez-vous pris pour le lundi. Je suis toute excitée.

 

 Vendredi.

 

Avec une inconnue, on s’apprêtait à faire la même connerie. On se sourit franchement : la solidarité des gens dans la lune lorsqu’ils marchent dans la rue. J’aime les sourires échangés juste comme ça. Les connexions brèves. J’essaye de faire en sorte que ça m’arrive une fois par jour.
 
Je me tape une barre de rigolade avec le teaser de 28 minutes : les Français et la politique.

 

 

Je tombe sur le projet d’un type,  Matt Adams : « Call someone you love ». Là, tout de suite, tu décroches le téléphone et tu dis « je t’aime ». On devrait faire ça plus souvent.
 
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Gros squatt à la maison : mon fils, ma fille et trois de ses copines. Menu Virginie : pizza, pop corn. Elles regardent « Grease ». J’adore le morceau d’intro du film, je danse dans le couloir, ma fille sort de sa chambre et se met à danser avec moi : ce couloir aura été maintes fois le lieu de toutes les chorégraphies.

 

« It’s got a groove, it’s got a meaning
Grease is the time, is the place, is the motion
Grease is the way we are feeling »

 

Je les entends chanter, rire, ricaner. Je trouve aux filles un super plan pour la fête de la musique (Merci Helmi !).
 
Baptiste trône au milieu des copines de sa frangine. Depuis qu’il est né, il est entouré de femmes. Je me demande ce que ça va donner tout ça, quel sera son rapport avec elles, mais j’ai la faiblesse de croire qu’il sera serein, en tout cas empreint de compréhension.

 

Je les entends chanter, rire, ricaner et je regarde la scène d’ouverture d’Incendies (enfin il me semble). Cette scène m’a poursuivie toute la semaine, cette chanson m’a poursuivie toute la semaine. Depuis lundi en fait. You and whose army ?

 

J’entends le rire de mon fils et je regarde ce petit garçon. C’aurait pu être mon fils. Ailleurs. Je sais qu’à la seconde où je regarde sur youtube cette séquence, un autre petit garçon vit la même chose. Ça me retourne l’estomac. Toute la semaine, depuis lundi, depuis la Syrie, je me dis qu’on a vraiment de la chance. C’est concon de dire ça, mais vraiment je le pense. J’insiste. J’aurais réussi ça bien malgré moi : mes enfants sont safe.

 

 

C’est une des scènes de films qui m’a le plus marquée ces dernières années. Elle est tellement ambivalente. Tout a l’air si calme et la violence est telle… Ces grosses chaussures d’adultes faites pour la guerre et les petits pieds nus de ces gosses.

 

Plus ça va, plus le Moyen-Orient me passionne. Je n’y comprends rien la plupart du temps, mais je lis beaucoup. Je ne sais même pas vraiment pourquoi ce qui se passe en Syrie me touche autant, plus que l’Ukraine, plus que le Mali. Il y a cette phrase dans le livre « Je vous écris d’Alep » :

« Comme s’ils avaient encore le choix de leur mort, plus de leur vie ».

On ne se bat pas contre une idée aussi forte que celle-ci, non ?

 

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Comprendre. Tenter de comprendre, ça enrichit. Le bonheur est fait de ça aussi, je crois : s’enrichir intellectuellement. Se coucher moins con que la veille. Lorsque l’on atteint le stade où il devient compliqué de s’enrichir d’expériences « physiques », du moins concrètes, lorsqu’il devient compliqué de changer radicalement de vie, apprendre le monde devient une alternative séduisante. Cette semaine m’aura ramenée à des fondamentaux : la joie d’habiter un continent à peu près pacifié, d’être à l’abri et par conséquent, trouver juste de s’intéresser à ce qui se passe à côté, là où on ne vit pas ainsi.

 

Savoir à défaut de pouvoir.

 

 Samedi.

 

La jubilation de la femme enceinte qui passe devant les vieilles du quartier en train de s’étriper pour savoir qui est arrivée la première à la caisse du Monop. Elle n’a pas le triomphe modeste et je ricane dans mon coin.

 

Il n’y a rien qui me fasse plus kiffer que de remporter un combat technique avec une machine. J’y aurais passé une heure, mais j’ai réussi à installer spotify sur un mac trop âgé pour supporter une mise à jour. Ca n’a l’air de rien, mais c’est une galère sans nom. Par la même occase, j’essaye de supprimer la voix à l’intérieur de l’ordi qui commente tout ce que je fais. Apparemment, je ne suis pas la seule puisqu’à la première recherche google, je tombe là-dessus :

 

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Charlotte et moi, on ricane :  » enlever la voix qui parle »… Ce que les recherches désespérées nous amènent à écrire quand même !

 

Le soir, je regarde Nymphomaniac part 1. J’ai adoré ce film. De toute manière, plus ça va, plus j’aime le cinéma de Lars Von Trier. J’aime l’artiste, pas l’individu.

 
NYMPHOMANIAC+VOLUME+1
 
Il y a cette phrase de Charlotte Gainsbourg :
 

« En gros, on attend tous la permission de mourir en fait »…

 
Elle va occuper mon cerveau pendant un certain temps, je pense.
 
Bonne semaine à tous.
 
Merci (Il sait).
 

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