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Publié sur Ziknation, un texte sur le premier album de Sara Schiralli, ou chronique d’une mort potentiellement évitée. Il ne s’agit pas vraiment là de juger un disque, au demeurant agréable mais sans génie. Plutôt de souligner un enchaînement d’erreurs vu du bout de ma lorgnette.

Auteur non identifié

Il y a un an et demi, je tombais amoureuse d’une jolie comptine aux vagues relents ska, « Paranoid » de Sara Schiralli, qui passait en boucle sur radio Nova. Je ne fus pas la seule. Nous chantions tous en choeur « I feeeel something like butterflies ». C’était le début d’une belle histoire, nous attendions l’album. C’est le cafouillage qui régna.

Un an et quelque plus tard, je reçois l’album. C’est le choc aux deux premières chansons ! Où est passée l’enjouée mademoiselle ?! Elle a sombré dans la dépression ? Trois accords de guitare, une mélancolie funeste, j’ai juste envie de passer le disque par la fenêtre. Je regarde le clip, c’est une catastrophe. « Paranoid », chanson rythmée subit un immobilisme ravageur. Et je n’ai pas eu l’impression que le web se soit enthousiasmé. Le début d’un malheureux malentendu ?

Pourtant Sara Schiralli a une ravissante voix rauque. Les mélodies tiennent la route, ce n’est ni pire ni meilleur que ce qu’on peut nous infliger à longueur d’année. Alors quel est le problème ?

Si ça n’était pas disproportionné, j’entamerais un « J’accuse » en bonne et due forme. Je me demande quel est le producteur ou le responsable de ce massacre en règle. Je vais donc opérer quelques changements, si personne n’y voit d’inconvénients. De toute manière, au point où nous en sommes, je ne peux pas faire pire que l’équipe qui a géré cette pauvre Sara.

Premier point : on évite de faire deux sorties d’album. Voire trois. En général, c’est mieux, hein, l’arlésienne, ça va deux secondes. On profite de l’appel d’air « Paranoid », pour enchaîner. Pour x raisons, cela n’a pas été possible, il va donc falloir repartir de zéro, parce qu’entre temps, tout le monde s’est lassé de cette chanson, c’est ballot.

Second point : quand on a une ritournelle et une jolie chanteuse, on en profite. On fait un clip simple, mais où elle bouge. Pas une succession de quatre plans où elle hoche la tête plus ou moins en rythme à moins de vouloir remporter la palme de la plus mauvaise vidéo de toute l’année.

Troisième point : on classe les chansons dans l’album de façon attractive. Si je me permets ce genre de critique, c’est que l’ordre a été modifié au moins deux fois. Pendant un an et demi, Sara Schiralli s’est installée dans la tête des gens comme plutôt gaie. Donc démarrer l’album avec deux chansons qui donneraient envie de se suicider à un chihuahua enragé, stratégiquement, c’est on ne peut plus discutable.

Installer « le tube » en troisième position, c’est griller ses cartouches d’entrée de jeu. D’autant que musicalement, ça ne s’enchaîne absolument pas du tout de manière fluide. Tu es au bord d’enfiler la corde pour te pendre et d’un coup on te dit « Stooop ! Tu as envie de vivre et de danser nu dans la rue», ce que tu fais pour mieux retomber dans un trip pas spécialement funky, le morceau suivant. C’est mââââl de faire ça. Limite légal.

L’album est composé de chansons à tendance folk et des ritournelles un peu plus rapides. Arrangements à dose homéopathiques, juste ce qu’il faut pour enrober la mélodie. Il y a moyen de créer une dynamique, d’amener le public à écouter ce truc jusqu’au bout, ce qui n’est objectivement pas le cas en l’état. Et ne nous leurrons pas, les Français entravent que dalle à l’anglais pour les ¾, alors on va miser sur la musique, hein ?

Donc, armée d’un culot monstre, je vais refaire la track list. Oui. Je commence par mettre en premier une des chansons que je trouve vraiment sympa, avec un petit truc en plus. Pas trop fun, non plus, ce serait mentir sur la suite. Ce sera « Roll the dice ». Je sais que je vais installer « Paranoid » au milieu pour faire tenir celui qui écoute jusqu’au bout. Après normalement, il va laisser dérouler. Donc, je tâche de rester dans une ambiance pas trop mélancolique jusqu’à « Paranoid ». Ensuite, je glisse un ou deux morceaux dépressifs quand même. Je réveille en insérant un ou deux morceaux un peu plus rapides et je termine avec les chansons intimistes purement folk.

Sara Schiralli méritait mieux que cet album et cette sortie. Je vous suggère d’écouter l’album dans l’ordre qui va suivre. Oui, un peu de stratégie, ce n’est pas honteux. Seuls des génies peuvent se permettrent de faire dans le quasi indigeste dès le départ. Ce n’est pas de la manipulation, c’est créer le désir. Remarquez, ces deux notions ne sont jamais très loin l’une de l’autre. Ce n’est pas le disque de l’année mais il a incontestablement du charme et j’espère sincèrement qu’il trouvera sa place dans vos cœurs because « I feeeeeeeel something inside like butterflies » !

Track liste

1/Roll the dice

2/ So raw

3/ Don’t miss what you never had

4/ Incomplete

5/ Tufnell Park

6/ Paranoid

7/Need some feeding

8/ Absolutely

9/ My bleeding heart

10/ This moment

11/ Stolen

12/ Bang bang

13/ Where definite lives

http://www.myspace.com/saraschiralli


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